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Full text of "Petit dictionnaire enerve de nos vies de cons"

Pascal Fioretto 



PETIT 

DICTIONNAIRE 




VIES DE CONS 




Pascal Fioretto 



PETIT 

DICTION bL6J RE 




lTh K 

VIES DE CONS 




• 



Pascal Fioretto 



PETIT 

DICTIONNAIRE 

m 

DE NOS VIES 

DE CONS 



Les Éditions 
de l'Opportun 
16, me Dupetk-Thouars 75003 PARIS 

http://opportun-editions.fr 
EAN : 978-2-36075-097-9 
Directeur de collection 
Stéphane Chabenat 

Suivi éditorial 

Bénédicte Gaillard 

Illustration de couverture 

Stéphane Humbert-Basset 
Dépôt légal : à parution 
« Cette œuvre est protégée par le droit d'auteur et strictement réservée à l'usage privé du client. Toute reproduction ou 
diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une 
contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L'éditeur se réserve le droit de 
poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. » 

Ce document numérique a été réalisé par Nord Conipo 



Du même auteur: 



- Chifiet & Cie 



Gay Vinci Code 

El si c'était niais ? 

La Joie du bonheur d'être heureux 

La France vue du sol (avec V. Haudkjuet et B. Léandri) 

L'Elégance du maigrichon, Prix Tortoni 2010 



Et si c'était niais ? (version scolaire) 



Et si c'était niais? 
L'Elégance du maigrichon 



Le Pacte secret (avec A. Algoud) 



Magnard 



Pocket Gay Vinci Code 



Albin Michel 



Points 



Desproges est vivant (ouvrage collectif) 



À Marco, 
ré-enchanteur du monde 



Table des matières 

Couverture 

Titre 

Copyright 

Collection 

Dédicace 

Introduction 

Avertissement : 



B 



c 



Actrice (Jeune) 
Adulescent 
Artisan 
Aû2 



Banlieue 

Batterie 

Bio 

Blo gueur 

Blues des aires d'aiirnmitfp 

Boubou (bourgeois boueux) 



Cadre 

Call center 

Carte d'anniversaire électronique 

Carte postale 



Chanteur français (nouveau) 
Chauves à col roulé 

rnraYnnmanP 

Compost 
Composteur 
Corporate (valeurs) 
Coup de cœur du libraire 

Demi-people 
Dépression 
Dpsprogps (Pjpitp) 

Développement durable 
Développement personnel 
Diariste maudit 

Dictionnaire 



E-etI 

Électrog ym 

Emo 

Estime de soi 

Ex-fan des Beatles vs ex-fan des Stones 

Exploitant agricole 

Expo événement 



J 



Fainéant 

Fête des voisins 

Fin du monde 

Fi mess 

Flash mob 

Foot 

Freeture 



Gay 

Gastronomani aque 

Geek 

Google 

Gothique 

Guides touristiques 

HanJease 

Horoscope 
Humoriste 



Tnrnistp 

Instit 
Institut 



Jeux vidéos 
Jog geur 



K 

Karaoké 
Khmers verts 
L 

Dp Dub 

Livre (Foire du) 

Tiiminnthprapip 

M 

Médiaplanning 

Métromouton 
Métrosexuel 
N 

Néo-moderne 
Noir comme couleur 

Nouveau philosophe (ancien) 

Nuit (night) 

Nuit des étoiles filantes 

Û 

Omé g as3 
p 

Paris Plag e 

Participatif (Débat citoyen et) 



Q 



R 



Peur 

Pharmacien 

Poorgeois 

Provincial 

Publivore 

Psy 

Qualité (Programmes de) 

Réalité (principe de) 
Réseau social 



Sarkoziste (anti-) 
Séminaire sur le changement 
Senior 

Slam 
SMS 
SNCF 

Soldes privés 

Tabac (arrêt du) 
Télérama ne 
Terre d'aventurier 

Usas 



Théâtreux 

Tong s 

Touriste 



Y 



Vacances communautaires 



Verres en cristal 



w 



Weltansc hauung 



Zen 



Introduction 



'Life is a bitch, and then you die" 
Proverbe anglais 



JE SUIS DE MON EPOQUE, POURQUOI PAS VOUS ? 

« Il faut être absolument moderne » a bien dit Rimbaud. 

Moi-même, depuis des années, je m'accroche de toutes mes forces à la crinière de cette modernité 
galopante que rien ni personne, à part le mur vers lequel elle fonce, ne pourra arrêter. 

En un mot, je vis avec mon temps. Je télédéclare mes impôts, je composte mes billets de train et mes 
déchets, je dématérialise mon banquier, je maile mes cybercartes de vceux, je convivialise à la Fête des 
voisins, je twitte sur mon smartphone... Mais parfois aussi, je m'égare dans la jungle de l'absolue 
modernité. 

Et ça m'agace. 

D'où l'idée de ce petit dictionnaire énervé qui non seulement répond - par ordre alphabétique - à la 
question « Quoi de neuf ? », mais qui cache aussi dans ses pages une ambition plus haute que son prix si 
bas : traiter de l'inconvénient d'être né à l'ère des TGV Zen, de la luminothérapie, des presse-citrons 
Stark, des métrosexuels, des poubelles jaunes, des omégas 3, des blogs, des Pods, des Pads, des box et 
des chats... Bref, tout ce qui fait mon époque à la con. 

Qui est aussi, je le crains, un peu la vôtre. 



Avertissement : 



Le lecteur attentif remarquera peut-être la présence de mots français 1 dans les pages qui suivent. 
L'auteur n'y a pas eu recours par snobisme, mais uniquement parce que, parfois, il n'a pas trouvé 
leur équivalent anglais. 



French wards. 



A 



Actrice (Jeune) 

Fais-moi la moue dans la cuisine 

Pétrie de cours Florent, elle espère toujours un coup de téléphone (sur son portable, 
son fixe, celui de sa mère, de sa meilleure copine ou du Mac Do dans lequel elle bosse un 
midi sur deux). Elle est toujours prête à perdre 12 kilos pour habiter une fille-mère 
anorexique dans un film exigeant, à se mettre à nu s'il faut s'enrhumer, à parler faux pour 
sonner juste et à dépasser la forme pour toucher le fond. Elle ne « tourne » pas de films, 
elle « fait des rencontres » dans des histoires de trentenaires cabossés par la vie où l'on 
se déchire devant l'évier de la cuisine. Ses spécialités incontestées sont la mise en danger, 
le claquage de porte, le cri, le gémissement et la moue. La moue lui permet d'exprimer le 
bonheur, le désir, l'énervement, l'envie, la fierté, la tendresse, l'amertume, l'écœurement, 
la révolte, la tristesse, le mépris, la joie, le découragement, l'ennui, la nostalgie, la 
terreur, l'incrédulité, l'excitation, la rage, la crainte, Ja surprise, la haine, la panique, le 
chagrin, la colère, la jouissance, l'exaspération, le désenchantement, la fureur;, le dédain, 
le désespoir, la douleur, le désœuvrement, l'amour fou, le dégoût, l'ennui, la gourmandise 
et la perplexité. Les plus douées parviennent même à crier à voix basse à l'oreille du 
corps impatient de leur amant du Pont-Neuf qui n'entend plus la guitare et s'en fout la 
mort. 

Quand la jeune actrice française réussit à épouser un producteur et que sa carrière 
décolle enfin, elle prend sa revanche au théâtre d'où on l'avait chassée dans sa jeunesse 
pour cabotinage abusif. Devant le tout Paris incrédule, elle postillonne chaque soir un 
grand rôle du répertoire classique, en costumes et alexandrins d'époque. La presse est 
unanime, le public debout, les photos sublimes et les propositions nombreuses. Devenue 
césarisable, la jeune actrice française n'accepte désormais plus que des biopics où elle 
est susceptible de crever l'écran et les yeux de la critique. 

Pe'trie de cours Florent, 

elle espère toujours un 

coup de te'le'phone 

( SU r son portable, son ftxe, 

celui de sa mère, de sa 

meilleure copine ou 

du Mac Do dans lequel elle 

bosse un midi sur deux} . 



Les moins chanceuses enregistrent un disque où elles susurrent leur désespoir de ne 
pas savoir chanter en attendant de trouver une pub pour le jambon à la hauteur de leur 
talent. 



Adulescent 

Le temps ne fait rien à l'affaire 

Alors que l'ado normal rêve de plaquer ses vieux et de refaire le monde pourri qu'ils 
lui laisseront, Padulescent (cet ancien jeune persuadé que l'immaturité empêche de 
vieillir) réclame plus d'argent de poche pour s'acheter une trottinette électrique et aller 
jouer au paintball avec ses copains. Capricieux (j'arrête de me laver tant que je n'aurai 
pas la nouvelle Nintendo), niaiseux (ça y' est, j'ai téléchargé tout Goldorak), coincé au 
stade oral (j'ai fini tous les Chamalows, j'ai mal à mon ventre) et narcissique (je suis 
hyper looké avec ma casquette Albator), Tadu s'acharne à faire durer indéfiniment le 
stade tête à claques qui caractérise l'enfant post-Dolto. 

Avec son profil de gamin gâté prêt à tuer pour posséder le dernier iPad, l'adulescent 
est un pigeon en or massif pour le communicant qui la joue copain potache avec lui. À 
condition de faire simple et fun, car l'adulescent n'aime pas les idées compliquées, surtout 
si elles sont politiques. 

La palette de ses états psychologiques est également réduite. S'il est content, il met sa 
casquette à l'envers et sort faire du skate. S'il en a gros sur la patate, il donne un coup de 
poing dans le frigo quitte à faire tomber tous ses magnets des X-men. Et si vraiment il a 
les nerfs, il met Daft Punk à fond pour réveiller ses parents. Le reste du temps, Padu fait 
du phoning sous-payé, du trading surpayé ou du glanding bénévole avec ses potes, des 
filles et des garçons comme lui qui connaissent tous les épisodes de Friends par cœur, 
mangent des Ben & Jerry's aux Smarties et boivent des yops au Red Bull. 

Côté affectif aussi, l'adu est resté bloqué au stade prépubère. Son côté « grand poupon 
avec des poils autour » n'incite d'ailleurs pas aux ébats kamasoutresques mais plutôt au 
touche-pipi furtif durant une bataille de polochons en regardant Battlestar Gaiactica. De 
toute façon, dès que la relation amoureuse devient trop « prise de tête » (la partenaire 
refuse de jouer au ballon prisonnier et veut parler d'avenir), l'adulescent la largue sans se 
retourner et s'achète une peluche Casimir pour se consoler. Ou va faire un tour chez 
Uniqloenrollers. 

Pourtant, l'univers de l'adulescent n'est pas aussi simple et autocentré qu'il pourrait 
sembler à première vue. L'adu a ses causes perdues (les dauphins et les Minimoys), ses 
combats (dans les files d'attente, le premier jour des soldes), ses ennemis héréditaires (les 
vigiles du Virgin), ses luttes collectives (les flashmobs), ses victoires aussi (la rediffusion 
sur NRJ12 deStarsky & Hutch). Sans compter qu'un jour funeste, l'adulescent prend 
50 ans à l'improviste et devient un vieux con dégarni aux dents cariées par les carambars. 



Artisan 

Pourquoi viens-tu si tard ? 

On le reconnaît à son slip Athéna qui dépasse quand ii se penche sous l'évier, à son 
carnet à spirale sur lequel il n'écrit rien, à sa salopette tachée mais propre, à ses mains 
propres mais sales et à sa casquette à carreaux qui ne tombe jamais dans le ciment. Les 
seuls artisans que j'aie vus arriver à l'heure, parfois même en avance, sont ceux des gangs 
en camionnettes qui ouvrent les portes 24 h/24 et dealent les joints de lavabo au prix du 
greffon de reia En général, avant de repartir, ils vous proposent aussi de ramoner vos 
radiateurs en vous expliquant que c'est obligatoire pour l'assurance. Mais méfiez-vous, ce 
sont des faux. Le vrai artisan, lui, n'est pas libre avant deux ans, n'a jamais la pièce « qui 
va bien » et exerce l'une des rares professions (avec les escort girls SM) où les clients 
supplient qu'on les fasse souffrir moyennant finances. À la torture physique (la radio calée 
sur Chéri FM et la trépigneuse hydraulique à mèches titane qui fait sauter les plombs), 
l'artisan ajoute volontiers la culpabilisation : « Ouh là là ! Mais ça fait combien de temps 
qu'il a pas décolmaté le réinjecteur ? » et la punition humiliante : « On a un problème pour 
aléser le rivet de sertissage de la vrïllette du chauffe-eau : vous allez rester trois semaines 
sans manger ni vous laver. » Ne surtout jamais tenter d'amadouer l'artisan Lui offrir un 
café, c'est s'embarquer pour trois heures de lamentations sur les 35 heures et la 
concurrence des Yougos qui bossent mieux, plus vite et pour moins cher. Une fois, j'ai 
tenté d'être sympa et de parler football en espérant un rabais. Il m'a compté la demi-heure 
de malédiction de Domenech au prix de l'heure de soudure à l'oxy-éthylène. 

les seuls artisans aue 
i'aie vus arriver à 1 heure, 

parfois même en avance, 

sont ceux des gangs en 
camionnettes *ui oujreflt- les 

portes 24/24 et dealent 

les joints de lavabo au prix 

du greffon de rein. 



Quand je suis obligé d'en passer par là, je maudis mes parents de ne jamais m' avoir 
appris à changer un joint dans un compteur électrique qui fuit, mais je me console en me 



disant que, dans le domaine des travaux, il y a pire que l'artisan malhonnête, en retard et 
de mauvaise foi : le vendeur-conseil chez Casto. 



Arty 

Bobo du pauvre 

Alors que la rue à bobos a ses boutiques d'huiles d'olive, son marché bio, ses 
galeries d'art vides et ses restaus repérés par Pudlowski avec menu sur l'ardoise, le 
quartier arty a son Monop', sa boucherie balai, ses poivrots PMU, ses affiches d'Anne 
Roumanoff à la boulangerie et un restau indo-libano-paki sélectionné dans Paris Pas 
Cher. Artiste contrarié, l'arty est un précaire du para-artistique : attaché(e) de presse en 
free lance, micro-éditeur en faillite, web master en stage, pigiste en fin de droits, sous- 
titreur en CDD, bédéaste en intérim, intermittent en colère, graphiste en retard... Dans sa 
version archéobaba, l'arty ordonne ses derniers cheveux gris en queue de mulet et fume 
des bidis au patchouli. Dans sa variante trentenaire after grunge, il se fait piercer un faux 
diamant dans la narine et ne quitte jamais son DJ Bag en toile de tente. 

Grand consommateur de plats du jour, de vernissages d'expos confidentielles de 
copains arty (avec mousseux et boîtes de biscuits Delacre) et de récup (ses fringues en 
velours moisi ne se trouvent qu'aux puces), l'arty écoute FIP et Nova au bureau, lit Libé 
au café et a mauvaise mine en terrasse. C'est sur son travail, humble et mal payé, de 
prolétaire de la culture que prospèrent bon nombre de grandes maisons, d'édition et 
autres, humanistes et sérieuses. Sur l'autre rive de la Seine. 



Grand consommateur de plats 
du jour, de vernissages 
d'expos confidentielles de 
copains arty (avec mousseux 
et boîtes de biscuits 
Delacre) et de recup 
(ses i'ringues en velours 
m0 isi ne se trouvent *u aux 
puces), l'arty écoute FIP 

et Nova au bureau, IX* 

Libe au caié et a mauvaise 

mine en terrasse. 



B 



Banlieue 



Le ça des villes et le ça des champs 

Chic ou merdique, à ISF ou à problèmes, la banlieue est nulle part Mais comme il est 
difficile de refuser cinq fois de suite une invitation en grande couronne sans passer pour 
un Parisien snob, j'ai fait un tour sur Google Earth et j 'ai pris le RER. En lisant un gratuit 
et en tirant la gueule comme tout le monde. Direction : le duplex de standing avec balcon 
de mes amis d/f/c- 1 -, au Plessis-Robinson. Dès l'arrivée dans la non-ville, j'ai senti que 
j'étais en périphérie de quelque chose mais impossible de dire de quoi. Rien à voir 
cependant avec la ZUP Youri Gagarine de Villeneuve-la- Vieille ou la cité radieuse Le 
Corbusier de Craigny II. Ici, tout n'était que luxe, calme et UMP. Ronds-points paysagers 
croulant sous les fleurs jetables, immeubles de style néo-disneyen, horloge géante sur la 
fausse place du village, mobilier urbain Decaux en simili ferronnerie d'art, médiathèque 
Pierre Messmer... et plein d'espaces bien rangés : espaces verts, espace culture, espace 
shopping, espace santé, Espaces Renault TDI en leasing... Très vite, j'ai compris qu'en 
posant le pied dans ce non-lieu si fonctionnel, j'étais devenu la petite figurine en plastique 
qui donne l'échelle sur les maquettes géantes des urbanistes désinhibés, des promoteurs 
véreux et des architectes décomplexés. En déambulant à l'ombre des fausses arcades 
romaines jouxtant la fontaine Renaissance, j'ai songé furtivement que les élus du coin 
avaient dû faire beaucoup de voyages d'étude à Las Vegas (où on imite si bien la vieille 
Europe). 

J'ai traversé « l'agora », déserte, contourné les luminaires moyenâgeux, et j'ai acheté 
le dessert dans la boulangerie « Au pétrin d'antan » flambant neuve, au centre de la rue 
piétonne dallée de frais. En serrant mon ticket de retour dans ma poche, j'ai cherché à 
retrouver qui a dit un jour que la laideur engendre la barbarie. Et réciproquement. 






Ici, tout B était 

que luxe, calme 

et UMP. 



Batterie 



Il faut qu'une batterie soit vide ou pleine 

Entre deux rechargements, l'homme et la femme modernes vivent sur batteries ion- 
lithium Téléphone, baladeur, ordinateur, vélo, scooter, sex toy, appareil photo et bientôt 
voiture.. . : le nomade communicant garde en permanence un œil vigilant sur le niveau de 
charge de ses auxiliaires de vie. Dès les 30 % de réserve franchis, le connecté se met en 
quête d'une prise secteur, quitte à boire un café dont il n'a pas envie pour pouvoir se 
brancher discrètement sous la table. En dessous de 10 % de charge restante, il transpire et 
se met à éteindre et rallumer compulsivement son appareil dans l'espoir de prolonger au 
maximum les précieux watts résiduels qui le rattachent encore au cybermonde, celui dans 
lequel il ne se passe rien mais où tout peut arriver. Il suffit d'avoir connu une panne sèche 
sur un smartphone exsangue (ça m'est arrivé en plein Portugal^) pour ressentir dans sa 
chair ce que fracture numérique veut dire : disparition d'amis sur Facebook, chute brutale 
des Followers sur Twitter, ratage d'alertes Google sur le web.. . Sans compter les longues 
heures qui seront nécessaires à la réparation des dommages collatéraux : SMS en retard, 
mails de relance, pokes inquiets... C'est dans ces moments de solitude extrême, quand 
plus rien ne nous relie au réseau global, quand nos fonds d'écran pâlissent, quand nos 
amis virtuels s'estompent, quand nos plannings électroniques à 6 mois commencent à 
sombrer dans le néant digital, que nous réalisons à quel point nos existences de battriotes 
ne tiennent qu'à une absence de fil. 



Le nomade communicant 

garde en permanence un œil 

vigilant sur le niveau 

de charge de ses 

auxiliaires de vie. 



Bio 

Grosses légumes 

Pour m'amuser à faire baisser les cours en bourse de BASF, Monsanto, Bayer, Dow 
Chemicals... et énerver l'UIPP^, j'ai décidé d'arrêter de manger des pesticides (je sais 
que si je tiens absolument à être malade, les résidus présents dans l'air et dans l'eau 
suffisent largement à une famille de 4 personnes). Mais une fois ma décision prise de 
ruiner les grands méchants pulvérisateurs, il m'a bien fallu trouver à manger. 



Heureusement, plusieurs solutions existent 



L'AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) 

Un simple abonnement en début d'année donne droit à un « panier » hebdomadaire (en 
rotin, si possible) débordant de topinambours, rutabagas, salsifis, navets, radis noir, 
crosnes... et plein d'autres « légumes oubliés » (notamment depuis l'occupation 
allemande). 

Le plus : les légumes sont couverts de vraie terre (à faire toucher aux enfants ébahis) 
et les salades pleines de petits vers vivants (à ne pas tuer, c'est mauvais pour le karma). 

Le moins : un hiver entier de soupes maronnasses donne envie de cerises du Pérou en 
janvier. Les enfants ne mangent les légumes oubliés que quand ils sont planqués sous des 
tonnes de béchamel et de gruyère râpé. 



La boutique Naturalia (et la supérette Biocoop) 

Dans une ambiance néo-roumaine sous Ceausescu (hangar éclairé au néon, odeur de 
lentilles en décomposition, sacs en papier marron...), des femmes tristes et des hommes 
seuls avec enfant dans la poche kangourou remplissent des sacs de graines, palpent des 
carottes difformes ou hésitent, devant la vitrine des suppléments alimentaires, entre les 
comprimés Zinc-Manganèse (anémie et cheveux fourchus) et les ampoules Cadmium- 
Nickel (stress et vésicule). 

Le plus : le tofu existe en 43 parfums et les prix extravagants aident à réaliser à quel 
point on a de la chance de manger sainement (à la différence de la voisine qui doit se 
contenter d'un gratin dauphinois, d'une escalope à la crème et d'un bordeaux même pas 
biodynamique). 

Le moins : les vendeurs et vendeuses en blouse sont toujours inexplicablement 
déprimés voire agressifs. Une bonne cure de jus de sureau ? 

Les enfants ne mangent 

les le'gu meS ou blieS qu , e 

quand ils sont planques 

sous des tonnes de béchamel 

et de gruyère râpe. 



Le marché bio 

Dans toute rue piétonne où les Verts dépassent 15 % aux municipales et les 
appartements 7 000 € au mètre carré, s'installe un petit marché bio. 



Le plus : ambiance villageoise le dimanche au marché. Tout le monde se connaît 
(association vigilance, crèche parentale, comité citoyen, section Ras l'Front locale...) et 
on appelle les vendeurs par leurs prénoms. 

Le moins : faire ses courses prend 3 h 30 minimum (sans compter l'apéro jus de 
poireaux convivial). 



Le jardin partagé 

Nouvelle version du jardin ouvrier, le jardin partagé (à New York et Tokyo, on dit 
city garden) permet de faire pousser ses propres légumes, voire d'élever ses poules 
persos en leur donnant des prénoms. Il peut s'agir de terrains périphériques pas encore 
transformés en ronds-points par la DDE ou d'enclaves urbaines minuscules pas encore 
reconverties en parking- Là, F homme penché vers la terre et la femme courbée sous le sac 
de rattes redécouvrent les joies du « fait maison » et du lumbago naturel. 

Le plus : les enfants découvrent que les légumes verts sont meilleurs quand on les 
arrose soi-même et qu'ils ne poussent pas dans les camions qui arrivent de Hollande. 

Le moins : il est quasi impossible de faire rôtir une poule qui vous a confié ses œufs 
pendant tant d'années. 

Là, l'homme penche vers la 
terre et la femme courbée 

sous le sac de rattes 

redécouvrent les Joies du 

«fait maison» et du lumhago 

naturel. 



Blogueur 

MDL± 

Contrairement au journal intime qui contient des fleurs aplaties, des larmes séchées, 
des coquillages écrasés et n'est lu que par les parents de l'auteur et la psychologue 
scolaire, le blog est extra-plat (dans le fond et dans la forme) et « visité », au minimum, 
par douze internautes abonnés d'office en RSS^. Le blogueur y expose des photos de sa 
famille, de son chien, de sa bistouquette et partage ses hobbies, ses lectures, ses plans fist- 
fucking... Bref, son ennui mortel d'être au monde qu'il invite les « visiteurs » à 



commenter sans tabous ni censure à l'aide de messages du genre : « Moi, je remplace la 
farine par la levure dans mon cake au Nesquick. » De temps en temps, le blogueur se saisit 
de sa souris pour communiquer au monde entier des trucs hyper importants : il a lu un 
livre, Sarkozy est petit, Caria est brune, on nous prend pour des cons, les tours du World 
Trade Center n'ont jamais existé, si ça continue il faudra que ça cesse... Certains posts 
sont repris dans les revues de presse pour faire moderne, d'autres font le tour de la 
blogosphère et finissent chez Ardisson, les plus mauvais se retrouvent compilés en 
librairie. Mais le stade ultime de la blog attitude consiste à créer un blog pour y expliquer 
à quel point les blogs sont narcissiques, moutonniers, égocentrés, dangereux, inutiles, 
post-modernes, désespérants de vacuité, nuisibles... C'est ce que je me tue à répéter sur 
Twitter. 



De temps en temps, 

le blogueur se saisit de sa 

souris pour communiquer au 

m0 *de e„?ier des truc, «*•> 

importants : il a lu un 

livre, Sarkozy est petit, 

Caria est brune, on nous 

prend pour des cons, 
les tours du World Trade 
Center n'ont jamais existe, 
si ça continue il iaudra 
que 9a cesse. •• 



Blues des aires d'autoroute 

L 'existence précède l 'essence (sans plomb) 

Des Emma Bovary boudinées dans des blouses rouges de chez Total, regards gris 
bitume, encaissent des pleins d'essence en surveillant du coin de l'oeil un mur de robots 
distributeurs de mauvais café. Des voyageurs de commerce font craquer leurs 
articulations, des routiers lituaniens sans sommeil depuis Vilnius s'offrent une bière et Big 
Tiis Magazine. Des enfants de divorcés en transit font semblant de s'amuser sur des aires 



de jeux en goudron rouge et vert La dame pipi tire la chasse et passe une serpillère de 
routine. Les Emma en blouses savent qu'elles retrouveront ce soir leur époux chômeur à 
Romorantin. Parfois, un chien abandonné ou une grand-mère perdue sans collier leur tient 
compagnie. 



Boubou (bourgeois boueux) 

Corps de ferme 

Ils ont plaqué leur vie citadine étriquée pour s'acheter une immense maison à la 
campagne où on respire. Dans les 330 m 2 de leur nouvelle demeure (sans compter 
l'ancienne mégisserie à retaper pour faire chambre d'hôtes), les boubous ont installé un 
bureau-atelier avec vue sur le torrent et une connexion ADSL Orange à 500 kBit (il n'y a 
que ça qui passe dans le hameau). 

Loin des métros bondés, des bureaux paysagers et des files d'attente du lundi soir au 
Monoprix, 3es boubous télé-travaillent en anorak devant le feu, dans un silence absolu, à 
peine troublé par le mugissement lancinant de la ferme d'éoliennes toute proche et les 
aboiements du chien devenu fou du paysan d'à côté. 

Grands consommateurs de TGV Paris-Province (en première, on les repère à leur teint 
rosacé, à leurs mains gercées et à leur odeur de jambon fumé), les boubous cultivent eux- 
mêmes leurs oignons, leurs patates et leurs antidépresseurs végétaux (il n'y a que ça qui 
pousse dans le potager biodynamique). En attendant de divorcer pour incompatibilité 
d'humeur avec leur conjoint qui déprime en secret, les boubous réinventent une vie 
familiale rude mais solidaire où les enfants prennent le bus à 5 h 30 pour aller se faire 
traiter de Parigots têtes de veaux à l'école du village, où l'on guette la camionnette Codée 
qui ravitaille le hameau, où l'on s'engueule avec les voisins hollandais qui n'ont pas 
rentré leur poubelle, où l'on se surprend à commencer l'apéro à 4 heures de l'après-midi. 
Parfois, en triant les épluchures du compost ou en rentrant le bois pour chauffer l'eau des 
douches, le boubou songe avec un mélange de compassion et de nostalgie à ses collègues 
qui doivent être en train de glander à la machine à café. Mais très vite, une rafale de vent 
glacé le ramène à lui, à sa brouette, à ses doigts gercés et à son « choix de vie ». 

Dans moins de six mois, l'hiver sera fini. Il installera son Mac sur le toit de la 
chèvrerie (si son allergie aux pollens lui permet de respirer) et on verra bien qui a eu 
raison de tout larguer. 



1 



Double Income Two Kids (en franc a is : « double revenu, deux enfanis •>). 



Cène année-là, j'avais annulé un voyage aux States, car mon téléphone n'était que bi-bande. 

3. 

Union des ndustries de la protection des plantes (authentique). 



Mort de LOL. 

5- 

Une histoire de flux de métadonnées en syndication. M'en demandez pas plus, je suis vieux et bientôt chauve. 



Cadre 

Fusible en costume 

Individualiste et grégaire, gonflé mais crevé, le cadre vit en liberté vidéosurveillée 
dans un bureau vitré ou dans un open space qui semble avoir été conçu par Endemol. Au 
travail comme à la maison, il encadre : son équipe, ses enfants, son diplôme de manager 
du mois. Inversement, sa secrétaire ne peut souvent pas l'encadrer. Après de longues 
études, durant lesquelles il bride provisoirement son imagination et sa fantaisie, le cadre 
intègre le monde du travail par le haut pour donner enfin libre cours à sa créativité dans 
les assurances, le hard discount ou la gestion des palettes en flux tendu. 

La sagesse populaire oppose couramment le cadre du privé, payé avec notre argent, et 
le cadre du public, payé avec nos impôts. Mieux rémunéré, le cadre du privé peut s'offrir 
une maîtresse à talons hauts et un infarctus foudroyant tandis que le cadre du public doit se 
contenter d'une secrétaire en arrêt maladie et d'une dermite chronique. Dans l'Eurozone, 
les espèces les plus courantes sont le cadre exploité, le cadre surbooké, le cadre stressé, 
le cadre pressuré, le cadre harassé, le cadre séquestré, le cadre suicidé et le jeune cadre. 
Car il arrive au cadre d'être jeune. On le repère à sa cravate fantaisie, à son gel coiffant 
wet look et à son abonnement au Gymnase Club. Mais très vite, tout rentre dans l'ordre et, 
dès 26 ans, le vieux cadre se reconnaît à son crédit immobilier, son Blackberry corporate, 
son avenir et ses artères bouchés. 

Dans des conditions normales de température et de pression psychologique, un cadre 
du tertiaire correctement stressé par sa hiérarchie peut fonctionner de 10 à 15 ans sans 
interruption ni états d'âme. Quand les ennuis commencent (résistance au changement, 
crises d'angoisse dans les avions, baisse des performances...), on l'envoie se faire 
remotiver à la campagne dans des séminaires de team building où il fait du rafting et de la 
poterie pour développer sa procréacuvité® (ou réactivité créativo-anticipative, un 
nouveau concept qui cartonne aux States). 



Après de longues e'tudes, 

durant lesquelles il brxde 

provisoirement son 

imagination et sa f™*»* 8 "' 
le cadre intègre le monde du 

travail par le haut 

pour donner enfin libre cours 

à sa créativité dans les 

la tiard discount 
assurances, le nara u ^ 

ou la gestion des palettes 
en flux tendu. 



Entre deux projets de dématérialisauon de ses collègues de la compta, le cadre 
consomme beaucoup de nouvelles technologies : on-line shopping, speed dating, fast 
divorcing... Avec un sens du dévouement qui échappera toujours à l'employé de base, il 
n'hésite d'ailleurs jamais à sacrifier ses week-ends pour faire avancer un projet visant à 
remplacer son job par un système-expert moins cher et psychologiquement plus stable. 

Lors de ses rares moments de détente, le friday soir à l'apéro, le cadre déboutonne 
parfois le col de son polo, quitte ses docksides à glands (le vendredi, c'est casual), 
regarde sa femme dépressive, ses enfants sacrifiés et son home cinéma pas fini de 
déballer. Saisi de vertige, il se sent prêt à tout plaquer, même son abonnement à Canal Sat 
Mais il reste les vacances au ski et la Cheyenne Pick-Up à payer. Il avale un Tranxène et 
regarde CNBC pour oublier. 



Callcenter 

Le retour de l 'appel masqué 

- Allô, Monsieur Foretti ? 

- Fioretto... 

- Excusez-moi, monsieur Firetto. Je suis Guilaine Sanchez de Cuisinella. 

- Je vous arrête tout de suite, je suis en liste rouge. Je ne devrais pas recevoir votre 
appel. 

- Tout â fait Je vous appelle, monsieur Fiorento, parce que nous organisons une vente 
« coup de fusil » dans notre show room de Gragny-en-Brie, le week-end prochain, et vous 



avez été sélectionné pour gagner une hotte aspirante à flux laminaire avec lampe 
d'appoint Quand pensez-vous venir la chercher avec madame Firetti ? 

- Il n'y a pas de madame Fioretto et je n'ai pas besoin de cuisine. Ni de fenêtres en 
alu, ni de chaudière à condensation, ni de conseiller Bleu Ciel d'EDF, ni de thermicien 
Dolce Vita, ni de pompe à chaleur, ni de crédit revolving, ni de. . . 

- Très bien, Monsieur Feritti, dans ce cas puis-je vous proposer une autre date pour 
rencontrer à domicile l'un de nos cuisinistes-conseils sans aucuns frais de déplacement ni 
de main d' œuvre de votre part ? 

- Ecoutez, je suis de gauche humaniste et donc je sais que vous êtes précaire et 
exploitée mais je vous jure que je n'ai absolument pas besoin de cuisine. 

- Très bien. Monsieur Furtos. Excusez-moi un instant... // a déjà une cuisine et y veut 
pas recevoir le technicien, je fais quoi ? ...B7 ? J'ai pas de B7... ah, si, au temps pour 
moi. . . 

- Très bien Monsieur Firty, saviez-vous que Cuisinella est aussi le spécialiste de la 
salle de bains sur mesure et que jusqu'au 25 mai, nous vous offrons un radiateur sèche- 
serviettes ? 



Carte d'anniversaire électronique 

Nos vœux les plus virtuels 

Cher Pascal, 

votre ami(e) fran 75. Hub97gtgmail.com vous a envoyé une cybercarte 
personnalisée pour votre anniversaire ! 

Pour découvrir votre carte personnalisée et le message de fran_75.Hub97, 
recopiez cette adresse dans votre navigateur 

http://retraitl.cybercartes.eom/retraity41abab443debl09ddd9f/0/pascal 

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keywords=anniversaire/pascal 

Pour Firefox Mozilla (version 6 et suivante et 7 en béta 2), si le contenu situé à 

http://g oo gleads.g.doubleclick.net=pascal/ ne permet pas de charger de données à 

partir de hltp://www.cybercartes.corrv'apercu/anniversaire/12/atvp/3/2 . repérez 

l'erreur d'analyse de filtre dans le menu répertoire ou supprimez l'historique récent 

Bon anniversaire Pascal ! 



Votre a*i(e) fiSOS^ 
fimail.com vous a envoyé une 
^"^Tc^rte personnalisée. 



Carte postale 

Bons baisers de partout 

D'abord, face au tourniquet qui grince, hésiter entre la version humour (« Sors de ton 
trou, viens lécher les moules à Oléron »), la version tradi, en soldes, aux couleurs 
délavées (Place René-Coty — Vue de la fontaine) et la version rectangulaire artistique 
signée par l'auteur (VGE au crépuscule sur Vulcania)... Ensuite, demander sans y croire à 
la vendeuse si sa Maison de la presse ne vendrait pas aussi, par miracle, des timbres. 
S'entendre répondre d'un air las que non, mais qu'à La Poste, demain matin, si l'on 
n'arrive pas trop tard vu que c'est jour de marché, ils devraient en avoir reçus. 

Sacrifier une sieste pour « faire les cartes » en se concentrant sur la liste multi- 
paramétrée des gens à ne pas oublier, des gens qui risquent de comparer leurs cartes, de 
ceux qui vous écrivent toujours à charge de revanche, des personnes isolées à qui ça fera 
sûrement plaisir si elles ont survécu à la canicule... 

Etablir une série de textes standards, à calligraphier le plus gros possible pour 
remplir la carte « En cure à Dax, le temps passe trop vite mais nous pensons bien à toi. En 
t'espérant d'attaque pour (la rentrée, ton opération du genou, ton licenciement, ton 
mariage...). On t'embrasse. » 

Signer, imiter la signature du conjoint (qui vous laisse faire toutes les corvées, cette 
feignasse), réaliser qu'on a oublié Tatie Jacqueline ou qu'il manque un timbre. Retourner 
à la maison de la presse et au début de ce texte. 



Chanteur français (nouveau) 

Maniéré de la glotte 

II suffit d'arpenter les couloirs des Victoires de la Musique, pour distinguer 



facilement trois catégories d'individus à cordes vocales proéminentes : le chanteur 
« Label Rouge », élevé sous Brassens et nourri au Brel, le chanteur « né à la télé » - et 
bientôt mort au Papagallo de Palavas — et le « chanteur de l'année » des hebdos culturels 
exigeants. 

Dans la première catégorie, celle des honnêtes bardes qui ont besoin de l'ouvrir pour 
exister et qui ont même parfois des choses à dire, on porte un paletot de marin breton, une 
boucle d'oreille de Corto Maltese et un pull à rayures qui gratte. Complexés par une 
langue française qui n'est pas la plus rock'n roll du monde, les nouveaux Ferré roulent les 
« r » pour faire « Butte Rouge » et noient les paroles dans le manouche Rive-Gauche, le 
hard-musette de fête de la musique, ou le fanfareux balkanique façon Kusturica de mes 
deux palmes d'or. Le résultat peut valoir la moyenne à l'écrit mais se plante régulièrement 
à l'oral. Retenons que les auteurs-compos-interprètes sont peu nombreux sur la jeune 
scène française et que personne ne va voir leurs show cases, sauf moi si c'est open bar. 

Plus rigolotes sont les « nouvelles stars » élues par SMS qui, chaque année, mettent 
les poils à Manoukian, collent une claque à Lio et embarquent Manœuvre dans leur 
univers. Rebaptisées « stars jetables » par ceux qui ne respectent que la branchitude 
anglo-saxonne - mais se déhanchent volontiers sur du Franck Alamo parce que ça leur 
rappelle l'époque où ils avaient encore leurs vrais cheveux -, les étoiles filantes des 
télés-crochets sont attendrissantes comme des putes débutantes qui rêvent de se donner à 
fond pour des producteurs proxénètes. On peut avoir envie de rire ou de cogner à l'écoute 
des trémolos R'n'B (en plastique) plaqués sur du Obispo (en croûte de skaï). Mais on est 
obligés de reconnaître qu'il n'y a que là que les grosses, les Arabes et les Noirs ont leur 
chance en prime time. 

La troisième catégorie de jeunes chanteurs est celle de l'artiste obligatoire. Il s'agit 
forcément d'un simili-gainsbarre trentenaire qui chante d'une petite voix aigrelette (les 
étrangers appellent ça le french fart) et qui vouvoie sa copine parisienne (« Il se pourrait 
bien que je vous aime, madame »). Le souffle est court, le phrasé déglingué et la phrase 
ampoulée. L'artiste obligatoire n'enregistre pas de CD mais des albums concepts écrits 
dans l'urgence. Il est fragile et ténébreux et, au fil d'infinies ballades intimes^, il susurre 
ses dérives urbaines post-debordiennes autour du Café de l'Homme, ainsi que ses 
hallucinations au Cet 27. L'ensemble est programmé 12 fois par jour minimum, pour 
soutenir l'insoutenable et répondre aux quotas de création française. 



L'artiste obligatoire 

«'enregistre pas de 0D«» 

des albums concepts écrits 

dans l'urgence. 



Chauves à col roulé 

Apprenons à les reconnaître 

Ils sont partout À l'Education nationale, au cinéma, dans l'armée, à la charcuterie, 
dans la BD, au Sénat, à l'hôpital, dans les médias, chez Ladurée, dans les files d'attente à 
la pharmacie, dans les miroirs chinois, dans le bleu des photos, dans le regard d'un chat, 
dans les ailes d'un oiseau, dans la force d'un arbre, dans la couleur de l'eau, dans l'hiver 
et le vent, dans le froid des maisons, dans les sables mouvants où j'écrirai ton nom, dans 
la fièvre et le sang, dans les murs des prisons^. 

Certains ont l'air presque sympas. Ils vous tiennent la porte avec un sourire 
obséquieux pour éviter qu'on devine ce qu'ils mijotent derrière leur front brillant 
D'autres dissimulent leur vraie nature sous un chapeau ou un béret et arborent, jusque dans 
le métro, la mine revêche du conspirateur plongé en pleine machination diabolique. Les 
plus arrogants se montrent au 20 heures de TF1, tandis que les plus sournois se cachent 
dans les spectacles de danse d'Arte. 

Même s'ils alimentent les fantasmes depuis la nuit des temps, on sait finalement très 
peu de choses sur eux, preuve supplémentaire qu'ils s'ingénient à brouiller les pistes. Les 
spécialistes de la question sont formels : ils sont à la fois cosmopolites et racistes, 
suppôts de la finance mondiale et à jour de cotisations au NPA, arrogants et honteux, gros 
et maigres, bourreaux d'enfants et pédopsychiatres, errants et sédentaires, empoisonneurs 
de puits et vendeurs de cartouches Brita.. . J'en connais même un qui est statisticien dans 
l'industrie pharmaceutique, ce qui fait frémir quand on songe aux dégâts qu' il pourra faire 
dès que le signal lui en sera donné. 

Pourtant, s'ils se cachent dans le monde entier pour y tirer les ficelles, les chauves à 
col roulé sont néanmoins surreprésentés dans les secteurs stratégiques de la société : 
théâtre expérimental, cinéma d'auteur, pompes funèbres, fac de socio, gogo-dancing au 
Banana Café. . . Seuls les naïfs verront là un pur hasard. 

D'où cette question, forcément tabou depuis la liberticide loi Gayssotë : existe-t-il un 
complot des chauves à col roulé ? Sans tomber dans la paranoïa, force m'est de constater 
qu'avec le temps, ils sont de plus en plus nombreux, notamment parmi mes proches. Moi- 
même, d'ailleurs... 



Cocaïnomane 

Cuit à la coke 

Contrairement à une idée répandue chez les débutants en anglais de la night, on dit 
toujours cocaïnomane et jamais cocaïnowomane même si l'on parle d'une attachée de 
presse. Injustement décriée par les commissaires divisionnaires, la cocaïne permet de 
danser jusqu'au bout de la nuit en se foutant du reste : les narcotrafiquants, le blanchiment 



de l'argent, les paysans cultivateurs exploités, les dealers à Mercedes, les flics qui vont 
avec, et même les boulettes dans le rectum des « mules ». Mais la coke ne fait pas que 
rendre plus performants les pubards en brainstorming, les traders en salle des marchés, les 
sportifs en décompensation, les modeux au bord du défilé, les écrivains impeccablement 
décoiffés, les animateurs-producteurs harceleurs de stagiaires... elle met aussi un peu 
d'ambiance dans la vie de pas mal de CSP+ qui s'ennuient même en after work. 

On croise le cocaïnomane dans deux états différents : high (quelques minutes après le 
rail) ou down (quelques années après plein de rails). L'état high est le plus facile à 
repérer : persuadé qu'il est irrésistible, le cocaïnomane se comporte comme s'il venait de 
garer son jet ski ou, si c'est une fille en petite robe noire, comme si elle présentait la 
météo à Canal. 

Dans l'état down, les cocaïnomanes réalisent que les cures de désintox ne sont pas 
toutes aussi glamour que celles de Kate Moss & Pete Doherty. Pendant leur réhab à la 
clinique Montsouris, les plus médiatiques d'entre eux pondent un témoignage édifiant ou 
un roman trash, histoire de se convaincre qu'il n'y a pas que Bret Easton Ellis que la dope 
rend intéressant 



On croise le cocaïnomane 

dans deux états différents 

higH (quelques minutes 

après le rail) ou down 

(quelques années après 

plein de rails). 



Compost 

Rien ne se perd, sauf le temps 

Suite à l'acquisition de mon composteur d'appartement — en réalité, je l'ai installé sur 
le balcon (rapport au jus brunâtre qui suinte et aux vers qui attirent les moustiques) -, je 
me suis longtemps demandé si tel déchet pouvait se décomposer pour devenir du terreau 
de rempotage et si tel autre pouvait être mis à la poubelle et incinéré (en banlieue, si 
possible) afin de donner de la dioxine bien pure. Après des mois de tâtonnement, j'ai fini 
par découvrir qu'il existe une règle de tri simplissime : tout ce qui est produit par la 
nature peut être composté. Par exemple : les épluchures de fruits et de légumes brossées 



au savon de Marseille (pour éliminer les pesticides) et coupées en lamelles de 5 à 10 mm 
d'épaisseur, le gras du jambon et les croûtes de fromage à pâte molle en cubes de 1 cm de 
côté (les autres croûtes de fromage peuvent être râpées en copeaux), le marc de café (il 
suffit de l'incorporer à ]a matière en décomposition à une température de 32 °C maximum 
de façon à ne pas perturber la reproduction des lombrics), les coquilles d'œufs 
concassées et saupoudrées à la volée, les graisses de cuisson tamisées au chinois puis 
mélangées à de la farine de thuyas ou d'avoine entière, la litière du chat et les couches- 
culottes (préalablement nettoyées, désinfectées et hachées). En revanche, les vieux 
papiers, les essuie-tout, les Post-It aux deux faces écrites, les mouchoirs en ouate de 
cellulose utilisés des deux côtés et le dernier Katherine Pancol peuvent être incorporés à 
la biomasse en formation sans préparation préalable. 

Pour tous les autres déchets, en cas de doutes, les déposer nuitamment dans la 
poubelle jaune des voisins. 



Composteur 

Machine à faire rater le train 

Une étude récente a démontré que les chances de valider son billet de train dès la 
première introduction dans le composteur sont de 1 sur 200 000 et qu'en moyenne, un 
billet doit être retourné au moins 3 fois avant de déclencher le compostage. 

Les composteurs orange du siècle dernier découpaient une encoche dans le billet et y 
inscrivaient une mention illisible que le contrôleur faisait semblant de décoder. Devenus 
jaunes, les nouveaux composteurs gravent un hiéroglyphe secret et impriment en clair le 
nom de la gare, le jour et l'heure afin qu'il soit impossible à un voyageur unique de 
prendre deux fois le même train à la même heure. 



Une étude récente 

a démontré que les chances 

de valider son ballet 

de train dès la première 

introduction dans le 

composteur sont de 

1 sur 200 000. 



Bien sûr, c'est toujours 

un peu facile de rire avec 

ces grands benêts 

d'Américains qui ravalent 

la philosophie au rang du 

marketing pour le Coca 

light. Soyons sports et 

ietons un coup d œil 

aux "valeurs" de notre 

leader mondial en 

télécommunications, Orange, 

où l'esprit des lumières 

souffle à la DRH. 



Corporate (valeurs) 

Éthique en stock 

Le point commun entre un moteur de missile et une pizza cheezy crispy crust ? Tous 
deux sont produits avec integrity, l'une des valeurs corporate communes à General 
Electric (armement, frigos, plastiques...) et à Pizza Hut (groupe Pepsi Co). Seule légère 
différence entre les deux groupes, chez General Electric, l'intégrité est une valeur 
« centrale, énergisante et incorruptible » tandis que chez Pizza Hut, elle provoque une 
« customer mania » (un genre de fièvre acheteuse irrépressible). 

Mais il y a encore plus rigolo comme « valeurs » de groupe. Notamment chez Coca- 
Cola, où il est carrément question de Corporate Philosophy. 

Tout part d'une vision du PDG, soudain traversé d'une fulgurante évidence : « Nous 
comprenons que, pratiquement, notre univers est infini et que nous, nous seuls, sommes 
la variable principale en ce qui concerne combien nous pouvons saisir de cet 
univers- ». 

Ça semble abscons à la première lecture mais l'explication suit aussitôt : 

1° Nous vendons un produit universellement attirant qui répond à un besoin humain 



fondamental. 

2° Nos employés savent trouver les opportunités que d'autres ne peuvent pas voir. 
3° Coca-Cola fournit de fa valeur à quiconque le touche. 

Bien sûr, c'est toujours un peu facile de rire avec ces grands benêts d'Américains qui 
ravalent la philosophie au rang du marketing pour le Coca lighL Soyons sports et jetons un 
coup d'oeil aux « valeurs » de notre leader mondial en télécommunications, Orange, où 
l'esprit des Lumières souffle à la DRH : « Nos valeurs s'inscrivent dans le cadre de 
principes fondamentaux tels ceux de la Déclaration universelle des droits de 
l 'homme ». Valeurs qui se déclinent^ comme suit (authentique) : 

- Nous donnons de la couleur à nos façons de faire. 

- Notre enthousiasme et notre optimisme sont cornmumcatifs. 

- Nous dégageons l 'essentiel et nous y tenons. 

- Nous partageons spontanément. 

- Nos paroles et nos actes sont cohérents. 

- Nous développons des actions et des comportements éthiques. 

Devant tant d'ambition et d'exigence morale, le cadre de base se sent coupable de 
penser au suicide et le client moyen se trouve mesquin de vouloir juste téléphoner. Du 
coup, il va voir chez les concurrents, si c'est plus cool. Las, chez SFR, « Les valeurs sont 
attachées à l'unique vision de l'entreprise à un réel engagement pour contenter un 
client et une société plus mobile et plus active, dans fa perspective où le progrès est 
pfus important au fil du temps » (sic, y compris les fautes d'accord). 

Au siècle dernier, Frédéric Dard remarquait déjà « L'échetle des valeurs est en train 
de perdre ses barreaux », et Dalida chantait Paroles paroles. 



Coup de cœur du libraire 

La fureur de lire 

Pendant que l'animateur de l'émission littéraire présente la livraison hebdomadaire de 
best-sellers obligatoires, éequick books jetables, de romans de femmes françaises, de 
témoignages bouleversants, d'essais définitifs et, bien sûr, d'ouvrages signés par des 
confrères, le libraire piaffe dans sa veste pieds-de-poule. Invité en tant que passionné 
professionnel, il a pris le train pour témoigner et rien ni personne ne l'empêchera de 
parler. Dès que c'est à lui, il chausse ses lunettes d'immense lecteur aux yeux fatigués et 
sort de sa poche un « vrai livre » qu'il a choisi de défendre face à la surproduction, au 
marketing, aux prix littéraires truqués, aux éditeurs frileux et à la critique aveugle. Et 
aussitôt, il s'enflamme, s'emporte, vitupère, proteste, s'embrouille, s'enthousiasme, 
balbutie, conjure. Il est sous l'effet de ce qu'on appelle couramment un « coup de cœur » 
carabiné. L'idée, c'est qu'il existe des livres formidables car méconnus. 11 en connaît, il 
en a plein dans sa boutique. Il les dévore des nuits entières, les fait lire d'urgence, les 
offre même, s'il le faut, afin que ça se sache. Et il continuera sa croisade tant que son 



chouchou n'aura pas atteint le public qu'il mérite (1,5 million d'exemplaires pour 
L'Elégance du maigrichon). 



X 

Ne pas dire « chiamissimes », dire « hypnotiques ». 

2 

Jean-Pierre François, si lu nous fis, qu'est-ce que tu deviens ? 

a 

Au fait, Gayssot, il était pas un peu chauve lui-même du côté de son père ? 

We understand that, as a pracdcal maner, our univeree is infiniie, and Uiat we, ouxselves, are the key variable in just tiow much of a 
we can capture. 

Morceaux choisis, l'intégrale des « valeurs » est sur orange.com. 



D 



Demi-people 



Mon nom est presque personne 

Dans une pétition pour Marie NDiaye, on détecte le demi-people grâce au test du 
« Qui ça ? ». 

— T'as vu ? Y'a François Pipou qui a signé la pétition pour Marie Ndiaye. 

- Qui ça ? 

Le demi-people peut être un « fils de » (Richard Anthony, Sheila, Bertrand 
Delanoë...) ou avoir un air de « vu à la télé » (gagnant au maillon faible, incroyable 
talent, survivant sur une île sans douche, cocu sur une île enstring...). 

Une fois son CV dûment validé par la HAN-î-, le demi-people se met à recevoir des 
kilos d'invitations à des fêtes de folie (Nouvel An russe, nouvel iPhone, nouvelle hanche 
de Nicoietta, soirée raclette chez Philippe Lavil...) auxquelles il est tenu de répondre 
positivement (au bout de trois refus, il sort des listes). Récompense de ses efforts, le 
demi-people apparaîtra peut-être au bras d'une demi-star dans les pages « Ma Nuit avec 
des Gens » des magazines de dentistes. Sinon, à part attendre que sa carrière décolle, le 
demi-people n'a pas grand-chose à faire. Quand on lui demande où en sont ses projets, il 
est forcément en train de peaufiner un one man show, de tourner un pilote, de lancer une 
ligne de strings, de cartonner au Japon, de mijoter un suicide, de mettre à jour son profil 
sur Facebook... \fers 35 ans, le demi-people ouvre une boutique de téléphones portables 
ou de lingerie. Rares sont ceux qui, vingt ans plus tard, auront le droit de passer dans le 
bêtisier des enfants de la télé. 



Dépression 

La semaine dès 7 lundis 

Ça ne prévient pas, ça arrive. Ça vient de loin. Aujourd'hui, le ciel, forcément bas et 
lourd, a l'air de m'en vouloir personnellement. La boulangère m'a refilé toute sa petite 
monnaie et un pain au lait rassis. La concierge me fait la gueule alors que j'ai pris soin 
d'indexer ses étrennes sur le cours du yuan. Dans les journaux, les horreurs se bousculent 
à la pelle et à la une : attentats à Bagdad, épidémies au Salvador, Michel Sardou à 
Bercy... Devant un café froid, je découvre mon horoscope : « Manque d'énergie. 
Reposez-vous ». Je vais me recoucher devant M6 Boutique. J'achèterais bien un Vaporetto 
pour tout nettoyer à la vapeur comme le recommande le fils de Pierre Bellemare mais, 
ainsi que Ta prédit l'astrologue du Parisien, je n'ai pas la force de téléphoner. Je laisse 
passer l'offre spéciale réservée aux 200 premiers appels. Encore un rendez-vous manqué. 
De toute façon, je ne nettoie que quand des gens viennent. Et je n'ai envie de voir 



personne... Introspection devant le miroir de la salle de bains. Extérieurement, un Francis 
Bacon mal rasé. Intérieurement, une installation rouillée de Tinguely qui grince sur un 
parking de maison de la Culture. En regardant Les Maternelles, je ressens soudain 
cruellement l'absence d'enfants dans ma vie. Je me dis que si j'avais trouvé les bonnes 
mères porteuses, j'en aurais aujourd'hui cinq ou six qui gambaderaient autour de moi en 
me demandant comment je vais, si je n'ai besoin de rien, s'ils peuvent me lire le poème 
qu'ils m'ont écrit... La psy des Maternelles rappelle maintenant que « vivre c'est 
choisir ». Je passe devant la cuisinière et, soudain, je choisirais volontiers d'arrêter de 
choisir. Mais ce serait encore un choix. Et c'est une cuisinière électrique. Coup d'œil aux 
e-mails. Depuis qu'on m'a installé un antispam, je ne reçois plus rien. Ou alors des 
messages québécois rappelant qu'on ne sait pas où on sera demain, que chaque jour est 
une fête et qu'il faut utiliser tous les jours ses verres en cristal. Je finis les raviolis avec 
un fond de rouge à la bouteille. Je n'ai pas de verres en cristal. Grosse sieste devant 
Derrick. Je ne saurai jamais qui a tué Birgitt Khôlersnighen. Toujours ces rendez-vous 
manques. 

Dans les journaux, les 

horreurs se bousculent a 

la pelle et à la une : 

attentats à Bagdad, 

e'pidémies au Salvador, 

Michel Sardou à Bercy... 



Je dois avoir du sommeil en retard, je dors dix-sept heures par jour en ce moment Je 
découvre quelques raviolis écrasés sur la moquette. Et j'ai raté les prix sacrifiés sur le 
Vaporetto. 

Quoi faire en attendant rien ? Gratter un VEGAS ? Calculer ma retraite ? Regarder 
MEDEF TV Là au moins, il n'y a que des gagnants-gagnants qui font du jogging et du 
benchmarking. Envie d'aller me coucher, mais il n'est que 18 heures. Enfin, le téléphone. 
Une vendeuse de fenêtres à double vitrage qui veut savoir si je suis bien isolé. Je réponds 
que oui, que je ne peux pas l'être plus. Elle dit qu'elle peut quand même envoyer un 
technicien pour un devis gratuit. J'explique que ce n'est pas possible, rapport aux raviolis 
sur la moquette et qu'en plus je n'ai pas de Vaporetto. Elle dit que ça n'a pas l'air d'aller. 
Je réponds que si, que ça va super, pourquoi ? Elle veut savoir si je connais les pompes à 
chaleur réversibles. Je lui demande si c'est efficace quand la terre est changée en un 
cachot humide, où l'espérance comme une chauve-souris, s'en va battant les murs de son 
aile timide, et se cognant la tête à des plafonds pourris-. Elle me suggère d'essayer le 



millepertuis en gélules. 



Desproges (Pierre) 

Dieu le tripote ! 

« Desproges est vivant » proclame une récente anthologie à laquelle j'ai eu l'honneur 
de participer. Le pire, c'est que c'est vrai. Je le vois, là, sur l'étagère face à mon bureau, 
avec son sourire de vrai-faux timide, son bouton au milieu du front et ses œuvres 
complètes où il n'y a rien à jeter, à part les deux pages de garde où je n'ai pas trouvé le 
moindre gag. J'espère qu'il est assis à la droite du Père et à côté de Sim et Topaloff, ça 
lui fera les pieds. 



C'est à cause de lui 

aue l'humoriste honnête 

passe son temps à se dire 

au 'il est, en ce moment 
JL, en train de faire du 

sous-Desproges. Alors 

qu'Arthur croit sincèrement 

qu'il est le nouveau 

Desproges et que Patrick 

Bosso ne voit pas 

qui c est. 



Pourquoi tant de haine ? Mais parce qu'il nous nargue, le salaud ! Du haut de son 
Olympe des « grands du rire » dont on fait des compils, il nous met en permanence, nous 
les besogneux de l'humour, dans la peau d'un Bénabar qui connaîtrait Brassens ou d'un 
Grand Corps Malade qui aurait entendu parler de Léo Ferré. Impossible de faire un bon 
mot ou l'intéressant, sans l'entendre se gausser par derrière et devant tant d'indigence 
dans le zeugme. C'est à cause de lui que l'humoriste honnête passe son temps à se dire 
qu'il est, en ce moment même, en train de faire du sous-Desproges. Alors qu'Arthur croit 
sincèrement qu'il est le nouveau Desproges et que Patrick Bosso ne voit pas qui c'est. 



Développement durable 

Apocalypse light 

L'espèce humaine, à qui le Créateur a eu la mauvaise idée de confier les clés du 
jardin terrestre, est la seule espèce vivante à avoir presque achevé la destruction de sa 
propre niche écologique. Toutefois, grâce aux lobes frontaux du néocortex associatif 
propres à Vhomo deux fois sapiens, elle est aussi la seule à s'être dotée d'outils 
conceptuels sophistiqués qui rendent son extinction programmée « riche d'opportunités 
dans le green business ». 

Depuis le début de la modernité, n'en déplaise aux anti-humanistes, chaque fois que 
l'homme a généré un problème, il a toujours su créer simultanément un marché porteur. 
Sans nouvelles substances cancérigènes dans l'air, qui donnerait un euro à la Ligue ? Sans 
empoisonnement des nappes phréatiques, qui achèterait des cartouches Brita ? Sans 
épuisement des énergies fossiles, qui accepterait les centrales nucléaires ? Sans extinction 
de la biodiversité, qui irait voir les films de Yan Arthus Bertrand ? Faut-il multiplier les 
exemples qui démontrent que la modernité trouve toujours une réponse aux problèmes 
qu'elle invente ? 

Si l'homme oublie parfois de trier les déchets sous lesquels il est en train de 
s'ensevelir, c'est parce qu'il se trouve devant un dilemme avec du choix cornélien dedans. 
D'une part, il sait qu'on ne fait pas de croissance du PIB sans casser des œufs et des 
espèces. D'autre part, il vient de réaliser qu'il est impossible de croître indéfiniment dans 
un système fermé comme le globe terrestre. Il a donc décidé d'y croître durablement. Car, 
comme l'a bien démontré le Grenelle de l'environnement, en réduisant doucement la 
biodiversité, on peut faire durer dix ans de plus les baleines. En génocidant délicatement 
les peuples qui vivent à poil dans la forêt, on prolonge leur folklore. En détruisant 
insensiblement les forêts, on en laisse un peu à couper à nos enfants. 



Développement personnel 

Vivons coachés 

Dans un récent bestseller^, j'ai recensé une petite dizaine de méthodes, toutes en vente 
libre et en librairie, pour devenir enfin soi-même en mieux. Cela peut passer par des 
jeûnes holistiques grâce auxquels on devient enfin « artisan de son miracle » tant ils 
permettent « l'ouverture du champ de conscience et l'exploration des mondes non 
matériels ». Cela peut aussi consister en la simple lecture des livres de Paolo Coelho qui 
expliquent comment abreuver nos brebis intérieures (nos désirs) tout en visitant un palais 
des mille et une nuits (notre être profond) sans renverser notre cuillère pleine d'huile (nos 
soucis quotidiens qui nous empêchent de voir les splendeurs du palais). 

Parfois, il s'agit d'une méthode américaine concrète pour sauver son couple en 



réalisant que les hommes sont frustrants et les femmes frustrées, que le mari et son épouse 
vivent chacun sur des planètes différentes où les problèmes imaginaires des unes ne 
correspondent pas aux solutions inadéquates des autres. D'autres fois, la méthode consiste 
simplement à réinventer sa vie, à entrer dans la dimension légendaire de son être, à vivre 
sa fable personnelle grâce aux jeux de maux qui guérissent : « Si tu hais la route que tu 
suis, suis la route que tu es. » D'autres enfin, sur les traces de Ron Hubbard-, proposent un 
reformatage complet du potentiel neuronique grâce à la fée électricité afin d'y effacer tous 
les aberrogrammes qui nous empêchent de danser aussi bien que John Travolta ou de 
serrer la main du président de la République comme Tom Cruise. 



Diariste maudit 

Clerc obscur 

Contrairement au blogueur qui tient un journal public souvent confidentiel, le diariste 
maudit tient un journal confidentiel dans le but de le publier. Entre deux verres au Sélect 
ou à la Close, il retrouve sa soupente mal chauffée pour consigner, du bout de ses doigts 
bleuis, tout le mal qu'il pense des gens qu'il fréquente assidûment ou qu'il regarde à la 
télé. Drapé dans sa liberté de penser et une couverture tricotée par une maîtresse-mécène, 
cet asocial forcené repousse obstinément les avances libidineuses de la pensée dominante 
pour dire son mépris d'une époque tellement aveugle qu'elle ne réalise même pas à quel 
point il est le fils caché de Nietzsche. 



Comme Jean- Jacques 

Rousseau refusant la 

pension que voulait lui 

verser le roi, le **«£*• 
m audit méprise le minable 
à-valoir que voudrait lui 
reiiler son éditeur et , après 
avoir dûment consigne cet 
acte Héroïque dans son 
journal, il s autoedite 
(quadruplant au passage ses 
droits d auteurj. 



Comme Jean-Jacques Rousseau refusant la pension que voulait lui verser le roi, le 
diariste maudit méprise le minable à-valoir que voudrait lui refiler son éditeur et, après 
avoir dûment consigné cet acte héroïque dans son journal, il s'autoédite (quadruplant au 
passage ses droits d'auteur). 

Volontiers fumeur de pipe (il a écrit de très rimbaldiennes charges contre les lois Evin 
hygiénistes et pour le droit imprescriptible de choisir son cancer), vêtu de peu (mais 
toujours dans un esprit célinien de médecin des pauvres), encenseur des braves et des 
petites gens du pays réel (sauf s'ils sont socio-démocrates, juifs, homos.,.), pourfendeur 
de la littérature du politiquement correct (à laquelle il consacre des milliers de pages), le 
diariste maudit sait se faire assez détester des « médias pourris » pour avoir droit à 
quelques émissions auxquelles il sert de caution. Libre penseur debout (quand tout le 
monde est à genoux), veilleur dans la nuit de la pensée (sa parano le rend insomniaque), 
grand amateur de complots et de lobbys (il y en a au moins un par tome de son journal), le 
diariste essaie d'exister à mort. Réhabilitation de la pédophilie à la grecque, de la femme 
au foyer, du Troisième Reich ou de Staline, supériorité ontologique de l'homme 
occidental à cheveux courts, nostalgie du passé glorieux et des disques vinyles, désir de 
pureté et d'ordre, droit de ne pas faire ses devoirs de mémoire... : aucun lieu commun de 
la provocation ordinaire n'est trop rance pour ce srùper du prêt-à-penser qui écoute les 
bruits du monde, tire sur tout ce qui bouge et parle si bien des cons qu'on jurerait qu'il les 
connaît de l'intérieur. 



Dictionnaire 

Dico-dico par ci, dîco-dico par là 



On parie combien qu'un 

e'diteur opportuniste a 

scooter va avoir 1 idée 

de sortir un dictionnaire 

énerve' ? 






Dictionnaire des vins de France, dictionnaire des rimes et assonances, dictionnaire 
des combinaisons de mots, dictionnaire du look, dictionnaire amoureux, dictionnaire 
d'histoire culturelle, mon premier dictionnaire, dictionnaire superflu, dictionnaire 



poétique, dictionnaire des couleurs du temps, dictionnaire de la mort, dictionnaire des 
idées reçues, dictionnaire à tout faire, dictionnaire impertinent, dictionnaire des citations, 
dictionnaire des mots tordus, dictionnaire de poche, dictionnaire superficiel, dictionnaire 
de pensées positives, dictionnaire incorrect, dictionnaire visuel, dictionnaire des tracas, 
mon ami le dictionnaire, dictionnaire inattendu, dictionnaire déjanté... : on parie combien 
qu'un éditeur opportuniste à scooter va avoir l'idée de sortir un dictionnaire énervé ? 



1 

Haute Autorité de La Night 
2- 

Charles, j'ai profité que tu étais tombé dans le domaine public pour l'emprunter deux ou trois vers. À charge de revanche. 
3- 

La Joie du bonheur d'être heureux, Chtflet & Cie, 2009. 
à 

Qui a longtemps hésité entre la science-fiction et l'invention de la Scientologie, première religion payante. 



E-etl 

Le grand Paris de Pascal 

L'humain qui n'a pas encore transféré toute sa mémoire à Google se souvient peut-être 
qu'il n'y a pas si longtemps, tout ce qui était nouveau et intéressant était « grand » : grande 
vitesse, grand Louvre, grands travaux, grande bibliothèque... Aujourd'hui, on est entrés 
dans l'ère due- (prononcer « i ») : e-book, e-commerce... et du; (prononcer « aïe » 
comme dans « I love Steve Jobs ») : iPhone, iPod, iPad... Du coup, le « Grand Paris » 
qu'on nous promet pour concurrencer Pékin et encercler Delanoë, sonne hyper XX e siècle. 
Grand métro, grande rocade, grands ensembles... Même les grands projets d'urbanisme 
ont un petit air « cités radieuses-barres à problèmes » déjà vu aux infos. Du coup, on se 
demande pourquoi faire couler tant de béton pour agrandir Paris jusqu'au Havre quand il 
suffirait de numériser l'Ile-de-France, de la dématérialiser et de la mettre en ligne pour la 
rendre enfin accessible à tous, y compris aux citoyens de seconde catégorie qui n'ont pas 
la chance de bosser à Paris. Finis les problèmes de transports et d'infrastructures. Avec le 
e-Paris, que l'on habite Marseille, Lyon, Toulouse, Rennes ou pire encore..., chaque 
Français aurait le droit de travailler à la capitale et la France serait enfin entièrement 
centralisée. 



Électrogym 

AC/DC 

Pour se faire un look digne et présentable (en pantacourt à Center Parcs ou en shorty à 
la \oile Rouge), on a le choix entre le fitness et le branchement sur l'électrogym. Le 
principe de cette dernière est tellement évident qu'on se demande comment on n'a pas 
acheté plus tôt un Slendertone. Il suffit de coller quelques électrodes sur son absence de 
muscles, d'appuyer sur un bouton et d'attendre la fin du palpé-roulé pour obtenir le corps 
de Terminator (avant qu'il ne devienne Governor of California). D'ailleurs, sur 
l'emballage de l'appareil, un costaud bronzé, luisant et bardé de fils, lit tranquillement un 
journal hollandais pendant que sa femme, branchée elle aussi, passe l'aspirateur en se 
marrant Aussitôt déballé, aussitôt câblé. Me voilà prêt à une heure maximum d'exercices 
comme recommandé en lettres rouges sur la boîte. 

Sur le boîtier de commandes, j'ai le choix entre « Flapping », « Rolling », 
« Acupressing » et « Pinching ». Perplexe, je compulse fébrilement la section française du 
mode d'emploi de 210 pages à la recherche de conseils pour ma première séance : 

« Vous choisissez le programme que vous voulez (au temps de la vacation 
maximum) pour refléter l'image b). Quand vous avez commencé de presser le bouton 



d'augmentation d'excitation avant la peine, l'image c) montre quel programme vous 
choisissez de l'intensité de contraction (cela changera de la personne à la personne). 
Vous devez arriver au niveau d'intensité de 15 ou plus haut à votre première vacation. 
Et en croissant, pistonner d*un, cela grandit (comme l'image a) la force agissante de 
votre exercice d'un muscle selon le contrat». 

Commençant à regretter d'avoir pris une sous-marque taïwanaise au lieu du vrai 
Slendertone, j'appuie sur un programme au hasard et mets le curseur sur « low » (on n'est 
jamais trop prudent avec ces saloperies de supplices asiatiques). L'effet est saisissant. A 
mi-chemin entre l'impression qu'on me chatouille avec une tenaille et celle que je vais 
incessamment accoucher d'un Alien. Non seulement je n'ai aucune envie de lire le journal 
(et surtout pas en hollandais) ou de passer l'aspirateur comme sur l'emballage mais, à part 
sentir les muscles de la douleur du visage qui travaillent en profondeur, je ne peux rien 
faire d'autre que de mordre le canapé en attendant la prochaine décharge. 



Il suffit de coller 
quelques électrodes 
sur son absence de 
muscles, d'appuyer sur 
un bouton et d'attendre 
la fin du palpe-roule 
pour obtenir le corps 
de Terminât or (avant 
qu'il ne devienne 
Governor o£ California) 



Après cinq minutes de torture, je décide de ranger pour toujours l'appareil à côté de 
mes haltères et de ma corde à sauter Rocky IV. 

Et c'est là que je comprends pourquoi le gros balaise sur la boîte n"a pas (plus ?) de 
poils. Si, conformément au mode d'emploi, on a comme moi ; « sécuré que les électrodes 
[sont] en adhésion sur la propre et sèche peau avant dépose », leur décollage fait l'effet 
d'une épilation à vif. 



Emo 



Âge tendre et gel coiffant 

Emo (prononcer « imo », comme dans Imodium), vient de l'anglais Emot/ona/ 
Hardcore. En effet, malgré ses faux cils, ses carences en fer et sa peau à problèmes qui 
pourraient faire croire qu'il a le même styliste que Mylène Farmer, l'accoutrement de 
Pemo a son origine dans les mouvements punk et heavy métal 1 . 

Super émotif - d'où son surnom - Pemo peut s'évanouir partout et n'importe quand, 
surtout en gym et en hypoglycémie. Souvent enroulé sur lui-même dans la position du fœtus 
boudeur, Pemo est conscient que personne ne peut le comprendre puisque lui-même sait à 
peine comment il peut écouter Tokio Hôtel sans rire. Pourtant, être emo, ce n'est pas 
seulement détenir le secret qui permet d'enfiler des jeans ultra slimsans chausse-pieds ou 
de mettre des Converse à l'envers, c'est avant tout être différent : plus pâle, plus triste, 
plus solitaire, meilleur en allemand que ses camarades, comme Robert Pattinson dans 
Twilight (sauf que ses parents sont vampires alors que les parents de Pemo sont 
divorcés). Ce qui fait Pemo, ce sont aussi les heures passées à sculpter ses cheveux au 
VivelleDop effet béton, à se faire des traits d'eye-liner sans trembler, à se lividifier le 
teint alors que le reste de la famille tambourine à la porte de la salle de bains. Si chaque 
emo vit isolé dans sa bulle protectrice (où même son hamster n'a pas le droit de pénétrer), 
il lui arrive de communiquer avec d'autres emos incompris. Ils échangent sur les forums 
leurs secrets minceur pour perdre 15 kilos sans alerter l'infirmière scolaire, ils se 
retrouvent en cam sur chatroulette... Parfois, ils scellent des pactes occultes sous les 
couvertures, échangent leurs T-shirts Indochine, leurs lentilles de contact à pupille de chat, 
leurs mèches rouges prêtes à poser, leurs exos de maths... On ne sait pas grand-chose sur 
les rites occultes de communication entre emos, sinon que ça se passe souvent après 
Soir 3 quand tout le monde dort, qu'ils utilisent MSN ou un téléphone, que les échanges 
sont truffés d'abréviations et de signes cabalistiques inaccessibles au non-initié et à la 
mère intrusive : Q © ;-) ;-( 

Côté vie affective, les relations sont complexes entre Pemo femelle, attirée par les 
garçons qui s'habillent comme des filles qui aiment Bill Kaulitz-, et i'emo mâle qui aime 
les filles qui ressemblent à des garçons qui aiment les filles qui aiment Bill Kaulitz. Pour 
s'y retrouver, retenons qu'un emo anorexique qui a des Vania Pocket dans son sac a de 
fortes chances d'être une ema. 

Enfin, contrairement à ce que croient les profs bornés et les psys effondrés, la musique 
emo ne pousse pas au suicide (ou alors par diabète sucré) et les seuls messages 
subliminaux qu'elle contient sont des pubs sataniques à l'envers pour les gels coiffants 
L'Oréal. 



Estime de soi 

Parce que c'était soi, parce que c'était moi 

Si vous vous sentez nul, sali, humilié, méprisable, au fond d'un gouffre, inutile, 
contagieux, maudit, abject, giscardien, dénué de tout intérêt, vieux..., c'est peut-être que 



vous n'avez pas une bonne estime de soi (donc de vous). Heureusement, des tas de 
nouveaux thérapeutes, souvent beaucoup plus glamours que les psys ringards du 
xxe siècle, sont là pour vous aider à acquérir une meilleure estime de soi (pas la leur, la 
vôtre). 

A la différence des fumeux concepts freudiens du « moi », du « ça » et du « surmoi » 
qu'on ne voit jamais, le « soi » s'observe couramment dans la nature. Car le soi, c'est 
vraiment vous. Si votre soi va mal, vous aussi. Si vous allez bien, lui aussi. Tout bas de 
soi entraîne un bas de vous et tout petit haut de soi, un petit bon du moi de vous. En 
revanche, si votre soi est content de lui, alors vous pouvez être content de vous. L'idée, 
c'est donc que tout le monde devrait avoir un soi rayonnant de confiance en lui (donc en 
vous). 

Les méthodes reposent en général sur un travail souvent qualifié de cognitif pour faire 
américain et scientifique qui consiste à faire à votre soi tout ce que vous voudriez qu'il 
fasse pour vous. Par exemple, dire à votre soi qu'il est beau, intelligent, digne d'amour de 
soi... puis réaliser que ce soi que vous trouvez beaucoup mieux que vous, c'est lui ! Donc 
s'il est beau, intelligent, etc., vous aussi et donc, vous êtes beaux tous les deux et il n'y a 
pas de jaloux. Du coup, vous vous mettez à l'estimer beaucoup et lui aussi et ça rejaillit 
sur vous. À la fin, vous finissez par vous trouver aussi bien que lui et vous réglez la 
séance par un chèque qui sera débité de son compte (à vous). 

Heureusement, des tas de 
nouveaux thérapeutes, 
souvent beaucoup plus 
glamours que les psys 
ringards du s* siècle, sont 
là pour vous aider a 
acquérir une meilleure 
estime de soi (pas la leur, 
la vôtre) . 



Ex-fan des Beatles vs ex-fan des Stones 

Give peace a chance 

On distingue à vue d'œil l' ex-fan des Beatles, qui s'est bouffi comme McCartney 
(quand il ne s'est pas raidi comme John Lennon) et l' ex- fan des Stones, qui s'est flétri 



comme Mick Jagger. À l'époque où il fallait obligatoirement emballer sur Jumpin 1 Jack 
Flash ou Let it be, l'un a craqué pour la bouche monoïque de Jagger, l'autre pour les 
coupes au bol impeccables des quatre garçons à frange. Aujourd'hui, la guerre tribale 
Beatles-Stones se poursuit dans les boutiques de produits dérivés. Côté Beaties : mugs 
sympas, coussins équitables, cabas douillets et pulls en cachemire Hobbs. Chez les 
Stones, définitivement plus rock & roll, des casquettes (qu'on peut porter à l'envers en 
signe de sympathy for the Devil), des ceintures cuir cloutées, des stylos sexy-métal . . . Sans 
oublier la carte Visa de la Société Générale ornée de la langue de l'album Sticky Fingers 
qui permet aux vrais fans de conserver la Jagger attitude même à Monoprix. 



Le fan des Stores entretient 

son c8té indomptable en 

choisissant ses jeans, 

ses T-shirts et ses 

maîtresses toujours une 

-taille en dessous. 



Dans la vie professionnelle aussi, les deux écoles s'affrontent. Côté ex des Beatles, on 
bosse plutôt dans la banque assurance. Côté Stones, on est dans la pub et la conA Tandis 
que le beadesmaniaque vieillit doucement en regardant grossir sa femme, le fan des Stones 
entretient son côté indomptable en choisissant ses jeans, ses T-shins et ses maîtresses 
toujours une taille en dessous. Tous les deux ans, il fait la queue pour arracher les billets 
de la dernière-des-dernières-tournées et admirer sur un écran géant Lord Mick Jagger qui 
expédie la dernière-des-dernières compil de ses plus grands tubes. Pour se consoler, l'ex- 
fan des Beades regarde A hard day } s night en version colorisée. 



Exploitant agricole 

« L* agriculture, des métiers à la triode^ » 

À la différence du paysan qui a des champs, un tracteur, des animaux et des dettes, 
l'exploitant agricole a « un métier à la mode », un Président à sa botte, des surfaces 
cultivables, un parc d'engins John Deer en leasing et des subventions européennes comme 
s'il en pleuvait (surtout s'il n'a pas assez plu). Contrairement au paysan vieux jeu qui 
palpe anxieusement ses épis, l'exploitant agricole à la mode tripote son iBook dans la 
cabine climatisée de sa pulvériseuse pour connaître le cours du quintal de blé et croise les 
doigts en espérant qu'une bonne grêle (dans l'hémisphère sud) boostera les marchés. En 
plein désarroi, le paysan ringard se pend dans sa grange qui prend l'eau. En pleine chute 



des cours, l 'exploitant agricole à la mode en colère fait brûler des moutons devant la sous- 
préfecture, déverse du lait dans les égouts et détruit une gare pour réclamer la solidarité 
de tous les riverains dont il a empoisonné l'eau du robinet. Tandis que le paysan dépassé 
essaie d'écouler ses patates pleines de terre au marché du samedi, l'exploitant agricole à 
la mode brûle ses excédents de céréales à la fête de la moisson, distribue le lisier de 
porcs aux poulets et le lard (à la dioxine) aux cochons (malades de la grippe aviaire). 



À la différence du paysan 

oui a des champs, un 
tracteur, des animaux et 
des dettes, 1 exploitant 
agricole a "un métier a 
la mode", un Président a 
sa botte, des surfaces 
cultivables, un parc 
d'engin John Deer en 
leasing et des subventions 

européennes comme s il 

en pleuvait (surtout s il 

n'a pas assez plu;. 



Expo événement 

Compression de visiteurs 

Je ne rate jamais une expo événement. Comme je suis affamé de cultures (je mets 
toujours un « s » pour n'exclure personne), je me passionne pour tout ce qui bouge dans la 
Cité (pas au sens hip-hop, au sens grec antique). Les fauvistes, les Mayas, Jeff Koons, les 
dinosaures, la conquête spatiale, Rothko...j'ai vu toutes les expos à voir absolument II 
n'y a qu'Aménophis IV que j'ai raté parce que c'était en même temps que l'intégrale 
Filippo Lippi (mais j'ai quand même acheté l 'affiche et le catalogue événement). 

C'est à la fois rare et précieux de voir tant d'œuvres au mètre carré et tant de gens 
affamés de peinture ou d'égyptologie qui font la queue devant La concentration des 
œuvres dans un espace-temps aussi restreint (les billets donnent droit à 2 heures) génère 



d'ailleurs un effet de masse et d'étourdissement dont l'artiste lui-même n'avait peut-être 
pas conscience quand il les a faites une par une. 

À la rétrospective Munch, c'était d'une telle densité et il faisait tellement chaud que 
j'ai failli m' évanouir (comme un Japonais découvrant l'état des toilettes dans les bars 
parisiens). Malgré l'accrochage chronologique et mon audioguide où une fille 
mélancolique me donnait des infos exclusives, à la fin je mélangeais tout : ia période 
présence/absence et celle du dicible/indicible, les huiles sur canevas et les sanguines sur 
papier marouflé... 

Dans le métro, en rentrant, j'ai relu tout le Hors Série événement de l'expo. En 
découvrant tout ce que je n'avais pas vu, j'ai décidé d'y retourner. Si c'est complet à 
Paris, j'irai le voir à la Modem Tate à Londres ou au Guggenheim à Bilbao. Si ça se 
trouve, c'est la dernière tournée mondiale qu'il fait et je ne veux pas rater ça. 



X 

L'en» a jusie remplacé la bière et l'ecsia des hardcorers par le Yop et les M & M's. 
2. 

Leader de Tokio HoteL 

Alors que côté Johnny, on est plutôt routier en plan socîaL 
â- 

Campagne de communication de la FNSEA. 



Fainéant 

Mollo moderato 

Ne surtout pas confondre le fainéant avec le chômeur culpabilisé ou le retraité 
inoccupé qui passent eux aussi beaucoup de temps à glander mais que ça angoisse. 

Tous les matins, à l'heure où les travailleurs de son immeuble s'en vont faire du 
phoning dans les call centers où on les maltraite, le fainéant se retourne sous sa couette 
vérifie F heure sur son radioréveil en panne et replonge dans son rêve où il rêve qu'il dort. 
Après un solide petit déjeuner à base de Yop périmé, de céréales Ed et de knackies Herta 
mélangés à même le saladier, il descend lire Le Parisien au café d'en bas en commençant 
par les aventures de Sarko (dont le surmenage le réconforte) et les pages emploi- 
recrutement, pour faire le point sur toutes les situations et carrières en or qu'il rate faute 
de temps. 

Car le fainéant est tous les jours dans la peau du type en week-end qui a un milliard de 
trucs à faire et ne sait pas par où commencer vu qu'il est déjà 11 h 30. Il irait bien au 
Virgin voler la saison 5 de Battîestar, mais la sécurité l'a repéré, ou draguer à la piscine, 
mais à cette heure-ci, il n'y a que des vieilles. Alors il fait une grosse lessive au 
Lavomatic où il met à bouillir ses draps et ses chemises en parcourant les petites annonces 
de Paru-Vendu car il cherche un ampli d'occase. 

Quand il rentre chez lui, épuisé mais fier de la tâche accomplie, il est déjà l'heure de 
déjeuner. Heureusement, le fainéant a toujours des restes de poulet au frigo au cas où il 
aurait une petite faim en rentrant du théâtre (même s'il ne va jamais au théâtre vu que ça 
commence trop tôt). Et si le poulet est vraiment terminé, il finit les Cracottes avec un fond 
de Nutella devant un épisode de Bioman sur Mélody Télé. 

Je connais personnellement un fainéant*. Il vit dans mon immeuble (studio 17, 
allée C). Je l'ai rencontré à une « Fête des voisins » où il pillait nonchalamment le buffet 
des cakes salés. J'ai eu l'occasion de lui demander comment il subvenait à ses besoins. 
De sa réponse assez confuse, j'ai retenu qu'entre ses bourses universitaires (il est 
vaguement en fac de socio), ses allocs d'intermittent (il a été éclairagiste pour une troupe 
de hip-hop) et les aides de sa famille, il a juste assez de fric pour « ne pas perdre sa vie à 
la gagner ». Forcément, en bon citoyen qui cotise pour des flemmards dans son genre, je 
n'ai pas pu m'empêcher de penser que si tout le monde décidait d'être heureux comme lui, 
la France aurait le PIB du Botswana et le MEDEF demanderait Fasiie politique à la 
Chine. Mais j'ai gardé ça pour moi. Cette feignasse n'aurait pas compris. C'est le genre 
de type qui vit dans un monde où demain compte moins qu'aujourd'hui, où F effort n'est 
pas une valeur en soi, où l'autre n'est pas forcément un compétiteur à éliminer. Je suppose 
qu'il doit parfois se faire engueuler par ses proches et promettre qu'il va jouer le jea Je 
l'imagine se rendant à son rendez-vous à Pôle-Emploi. En chemin, il savoure le printemps 
à son apogée. Comme il fait beau à n'y pas croire, beau comme jamais, un temps à rire et 
courir, il fait beau à perdre la mémoire, alors il oublie où il allait et il s'offre un café en 



terrasse. 



Forcément, en bon citoyen 

qui cotise pour des 

liemmards dans son ë e * re ' 

ie n'ai pas pu m'empScher de 

'penser que si^tout le monde 

décidait d'être heureux 

comme lui, la France aurait 

le PIB du Botswana et le 

MEDEF demanderait 1 asile 

politique à la Chine. 



Fête des voisins 

Ensemble, c'est tout 

On choisit ses amis, mais rarement ses voisins. Mes amis, je les fête chaque année, fin 
juin, en me fadant le concert de la chorale où ils soignent leurs dépressions (en débloquant 
leur colonne d'air sur du Bach). C'est dire à quel point je les aime. 

Quant à mes voisins, le seul moyen que j 'ai de leur montrer mon amour, c'est de leur 
faire un cake aux olives le jour de leur fête. Comme on habite dans une résidence à 
dentistes des années 70, on a un hall d'entrée en faux marbre, immense et prétentieux, où 
on installe les tables de réunions du syndic sur lesquelles on punaise des nappes en papier 
fesùf. Pour le repas, on met tous nos moyens en commun. La fille de la concierge bricole 
des fleurs en papier crépon, je réchauffe les quiches dans mon four perso, l'infirmière du 
studio D 53 apporte une cocotte-minute pleine de sangria, les Karambiri N'Diabate (une 
famille de minorités visibles à boubous voyants) font leur poulet aux arachides, le vieux 
garçon du B 37 débouche les bouteilles... 

Une année, on avait installé une sono, mais ça a dégénéré en engueulade. 

- Ah non, vous n'allez pas nous mettre ça ! a protesté la propriétaire du A 43. Je 
l'entends assez toute la journée ! 

- C'est pas de ma faute si les murs sont minces et si vous espionnez vos voisins, a 



répondu le locataire du A 22. 

- Entre ceux qui mettent la musique à fond et celles qui font pisser leur teckel dans le 
local des vide-ordures, je ne sais vraiment pas qui je préfère..., a renchéri le vieux garçon 
du B 37. 

Depuis, on évite la sono. D'autant que l'aîné des Rocher-Polignac, qui apprend la 
contrebasse, nous fait bénévolement une petite démo à l'apéritif. C'est fou ce qu'il 
progresse. C'est chaque année plus long. 

En général, sous l'effet de la sangria, les langues se délient et l'embarras général du 
début laisse vite place à une chaleur humaine totalement insoupçonnable durant les 
glaciales réunions de syndic. Chacun fait un effort pour accepter l'autre dans sa différence 
(il y en a même qui reprennent de mon cake) et on découvre que l'abruti du C 10 est plutôt 
sympa, finalement, quand il est saoul. Les enfants ont même le droit de courir et de 
s'amuser dans les « parties communes » (où l'on ne rappellera jamais assez que les vélos, 
poussettes et jeux de ballon sont formellement interdits). 

Une année, c'était tellement convivial, que le fils Karambiri N'Diabate a sorti son 
djembé. Les conversations bon enfant sur le remplacement des balcons en aluminium du 
bâtiment A ont aussitôt cessé et tout le monde a écouté. 

- Ça donne vraiment envie de danser, a affirmé la concierge qui écoute plutôt du 
Frank Michael d'habitude. 

- Moi, ça me met en transes, a surenchéri la prof de français du A 24. 

- C'est de la peau d'alligator ? a demandé l'abruti du C 10. 

Moi, dans mon coin, je les regardais. Ils avaient l'air si bien ensemble. Alors, 
puisque, cette année encore, le lien social avait été bien refisse dans la résidence, je 
pouvais m* éclipser et retrouver ma solitude. Tandis que je rejoignais mon appartement où 
je n'habite ni seul, ni avec maman, je sentais que l'effet de la fête s'estompait peu à peu. 
Une fois arrivé sur mon palier, j'ai réalisé que l'autre con redoublait de coups sur sa peau 
de bique et que je n'avais plus de boules Quies. 



Fin du monde 

Terminus a quo 

Les astrologues et les frères Bogdanoff au grand complet sont formels : sauf erreur de 
virgule ou d'arrondi, le grand basculement de Gaïa dans l'ère du cinquième soleil est fixé 
au 21.12.2012 à 12 h 12 (heure locale maya). Sans vouloir jouer les Jean-Michel Apathie 
sur son blog, comment ne pas voir que cette fin du monde programmée constitue une 
chance historique de régler enfin le problème des retraites, du déficit public, de la 
désindustrialisation et même de la succession de Martine Aubry à la tête du PS ? La vraie 
question à se poser en ce moment est donc celle-ci : fin 2012, lors du transit de Vénus au 
carré de Saturne (avec les cataclysmes que cela suppose), la France aura-t-elle élu un 
président apocalypse ready ? Autrement dit, aurons-nous, à la tête de l'exécutif, un homme 
ou une femme qui, au terme du quinquennat le plus court du monde (de mai à décembre), 



aura su préparer le pays à sa destruction finale ? 

Un président de la cinquième République en exercice a écrit un jour : « La France 
n'est jamais aussi prête au sursaut que lorsqu'on la croit sur le point de disparaître. » 
2012 est donc, plus que jamais, notre dernière chance de rebond mais les expériences 
malheureuses de Tan 1000, de l'apocalypse selon Paco Rabanne et du bug de l'an 2000 
nous ont appris à nous méfier. Combien sommes-nous à être allés bosser comme si de rien 
n'était un lendemain de fin du monde ? C'est pourquoi je fais partie des sceptiques et des 
pessimistes. Comme Ta écrit Basile de Koch : « En grandissant, j'ai compris qu'il ne se 
passe jamais rien. » 



Sans vouloir jouer les 

Jean-Michel Apathie sur 

son blOf« comment ne pas 

voir que cette ftn du 

monde programmée constitue 

une chance historique de 
re'gler enfin le problème des 

retraites, du de'iicit public, 

de la desindustrialisation 

et même de la succession 

de Martine Aubry a la 

tête du PS ? 






Fîtness 

Debout les damnés de I* ha Itère 

À l'opposé du sportif individualiste de base qui aime à se sculpter tout seul dans sa 
chambre sur un tapis plein d'acariens, l'abonné au fitness a un goût inné pour la 
convivialité. Peu lui chaut de respirer l'eau de toilette des autres sportifs dans une salle 
surchauffée, l'essentiel, c'est de se regarder suer les uns les autres dans le même miroir 
mural. 



Habitue' à être payé pour 

subir sa vie, 1 **■<« 

fitness center adore 1 idée 

d ' er baver volontairement 

et en payant lui-même. 



Avant toutes choses, l'abonné doit s'initier à la langue du fitness : body-stretcher 
(barre d'appui), cardio-trainer (tapis roulant), total-body-power-fat-burner (vélo 
d'appartement), cromp (crampe)... Ensuite, il lui faut choisir \e Fitness center de son 
choix. L'offre va du gymnase communal (avec mycose dans la douche) au Club VIP (avec 
Nikos dans le jacuzzi). Pour que le fitness program fonctionne, les séances doivent être 
régulières et pénibles. Habitué à être payé pour subir sa vie, l'abonné au fitness center 
adore l'idée d'en baver volontairement et en payant lui-même. Pas question donc d'aller 
« faire du sport » entre copains pour se taper un bon cassoulet en sortant Le Fitness se 
pratique entre deux réunions stratégiques, durant la pause déjeuner (remplacée par une 
barre hyper protéinée et un jus de légumes) ou après le boulot (pour évacuer les tensions 
liées à Pexternalisation du personnel en Chine). Le verre d'eau de l'amitié est toléré (s'il 
est pris au water bar du Club). 

C ô t é sportwear (survêt), outre le bandeau frontal en éponge fluo, la tenue 
réglementaire consiste en un justaucorps auto-transpirant en microfibres à l'élasthanne 
avec poche ventrale pour le smartphone. 

NRJ dans les vestiaires, clips de Madonna en salle de step, intégrale Rocky en salle 
de muscu... même à Juvisy, tout est prévu pour immerger dans une atmosphère new- 
yorkaise l'abonné qui, tout en courant sur place, se prend à rêver d'une nouvelle voiture et 
d'une nouvelle femme, plus racées et plus sportives. 

Si, dans de nombreuses salles, le prof a été remplacé par un écran plat, le membre 
bénéficie parfois des encouragements personnalisés d'un coach. Selon le standing du club, 
il peut s'agir d'un maître nageur bedonnant en collants, d'une prof de yoga-country, d'un 
vidéo-coach sur DVD ou du « périnée supervisor » perso de Caria Bruni. A l'issue d'un 
bilan de compétences (l'abonné sait-il soulever un haltère et programmer une 
PowerPlate ?), le coach passe un « contrat moral » avec son poulain : perdre 30 kilos, se 
faire le ventre de Brad Pitt, arriver à toucher ses genoux... Profondément bouleversé par 
cette confiance aveugle qu'on lui accorde enfin pour la première fois de sa vie, l'abonné 
rempile généralement chaque année jusqu'à sa première hernie discale. 



Flash mob 



« On s'ennuie tellement » (Alain Souchon) 

Les moins jeunes et joli(e)s d'entre nous se souviennent sans doute de l'époque où 
l'on faisait des freezes (immobilité subite et silencieuse de tous les participants) en signe 
de deuil après l'immolation par le feu de Jan Palach ou des dyings (tous les participants 
se couchent par terre) au début des années SIDA. Désormais pratiqués sous le terme 
générique de flash mobs (mobilisations éclair), ces rassemblements ont perdu leur 
connotation vulgairement militante pour devenir du « pur fun », comme on dit dans les 
spots Orangina ou du lien social, comme on dit dans les éditos ; batailles de polochons, 
jet de canard en plastique, pub Afflelou, beuverie publique... Dernier avatar de la 
mobilisation démobilisée : depuis 2009, Mickael Jackson réunit des foules de danseurs 
déguisés en zombies. A moins que ce ne soit le contraire. 



Foot 

Tragédie en short 

Il aime le baroque tardif, moi les asperges précoces. Il trouve Kierkegaard profond et 
Sylvie Vartan drôle, alors que pour moi c'est l'inverse... Mais à part ça, rien de grave ne 
semblait menacer notre couple pépère. Jusqu'en 1990, année du premier mondial de foot 
que nous avons passé ensemble. Nous étions à Rome. Il faisait chaud. Les jeunes 
Romaines, provocantes et sensuelles, portaient des jupes moulantes, fendues très haut sur 
leurs cuisses fermes dorées à souhait. Dans leurs corsages entrouverts, leurs jeunes 
poitrines tendues palpitaient de désirs inavouables. Mais ce n'était pas gênant tant 
qu'elles ne nous faisaient pas chier. Il régnait dans toute la ville une fièvre particulière. 
Drapeaux italiens accrochés aux fenêtres, bus de touristes au visage peint, klaxons, 
banderoles... Ce soir-là, on s'était donné rendez-vous Piazza Navona et j'étais arrivé 
avec un quart d'heure de retard car j'avais lu dans Têtu qu'il faut savoir se faire attendre. 
11 m'attendait donc. Mâchoires crispées, consultant fébrilement sa montre, geste rarissime 
chez un Romain de naissance. Une étrange atmosphère flottait sur tout le centre de la 
capitale. À part nous, il n'y avait pas d'autres formes de vie sur la place que des pigeons 
et des Danois purpurins. 

Il m'a accueilli par un très tendre : 

- Qu'est-ce que tu foutais ? On va rater le début ! 

- On va au ciné ? ai-je demandé. 

- Tu n'es pas au courant ? Il y a Italie-Uruguay aujourd'hui. On va les niquer. 

- Tu plaisantes ? 

- Pas du tout Toto ne rate pas une occase et Baggio est au top. On est dans une 
configuration genre 1982 : catenaccio au fond et milieu de terrain AC-Juventus. 

J'ai voulu lui expliquer que, tant que la Gendarmerie nationale ne m'y contraindra pas, 
je ne mettrai jamais volontairement les pieds dans un stade, mais je n'ai pas eu le temps. 
On s'est retrouvés dans un bar bondé où des tas de gens se tordaient le cou pour voir un 
écran de télé suspendu au plafond. Cette fois-là, ça s'est bien terminé. L'Italie a dégagé 
l'Uruguay et le patron a payé une tournée. Mais le jour où les Azzurri ont été injustement 



battus par l'Argentine à cause d'un certain Maradona-, j'ai fait la connerie de dire qu'on 
était enfin débarrassés des beaufs en short. J'aurais mieux fait de tourner 7 fois ma langue 
autour de ma glace stracciatella. Je me suis d'abord fait traiter d'intello de gauche 
français arrogant, ensuite de crétin qui ne sait même pas ce que c'est qu'un tacle et enfin 
de type obtus qui ne voit pas comme tout ça ressemble au destin tragique de l'Italie : les 
meilleurs sur le papier mais toujours perdants à la fia Tout juste s'il me traitait pas de 
pauvre tapette. Sous le Dr Jeckyl, le mister tifoso avait montré sa face Vert Blanc Rouge. 

Depuis, pour sauver mon couple, j'ai lu dans Marie-Claire qu'il faut attendre que ça 
passe. N'empêche que tous les quatre ans, tant que les Ritals gagnent, on se tape des 
soirées télé sinistres avec bières tièdes et antipasti secs. Inversement, si les Azzuri 
dégagent vite, il y voit un signe du destin et il joue du Dylan tout seul dans sa chambre 
pour se consoler. Je me demande parfois si je ne devrais pas trouver quelqu'un qui s'en 
fout du fooL 11 paraît que ça existe, mais que ça cache souvent une addiction au rugby. 



Freeture 

Triple plaie 

Même si l'on est d'origine socialiste et qu'on hésite longtemps avant de quitter 
« l'opérateur historique », arrive un jour où les sirènes du triple play incitent à plonger 
avec elles dans l'illimité connexion. Mais avant de combler la fracture numérique qui 
l'isole du reste du monde depuis qu'il a résilié chez France Telecom, le nouvel abonné a 
un long chemin à parcourir : brancher la nouvelle box, constater qu'elle affiche Error en 
clignotant, appeler la hot line, taper ses deux codes à 12 chiffres sans se tromper (sinon 
taper # et recommencer), écouter patiemment du Rondo Veneziano (0,34 €/minute), parler 
avec une jeune fille à l'accent indien et à la voix lointaine qui prétend s'appeler Sylviane, 
lui confirmer que « oui, la box est branchée et qu'elle clignote », noter un numéro de 
dossier et de défaut, écouter du Rondo Veneziano (0,34 €/minute), retaper les 12 chiffres 
du code client en terminant par #, puis le code défaut en terminant par * en cas d'erreur de 
saisie, taper 3, parler avec un « technicien » à l'accent marocain qui prétend s'appeler 
Christian, en suivant ses conseils « configurer manuellement l'adaptateur réseau gigabit 
ethernet », après traduction et vérification approfondie, découvrir qu'il n'y en a pas sur 
ce modèle de box, écouter du Rondo Veneziano (0,34 €/minute^), parler avec Gérard du 
« service hardware », lui redonner les 12 chiffres du dossier client, le numéro de défaut, 
l'ancien numéro de téléphone, écouter du Rondo "Veneziano, sur ordres de Gérard, 
dévisser la prise téléphonique murale et en extirper « le condensateur qui bride la bande 
passante », ceci fait, jurer sur l'honneur à Gérard que la box clignote toujours, écouter du 
Rondo en tapotant en rythme ses numéros, faire * et recommencer, commencer à s'énerver 
et terminer par #, parler à une chef de service qui explique que, puisqu'on a décidé de les 
emmerder, ils vont vérifier que la ligne est bien « éligible à VADSL », demander si c'est 
long à vérifier, s'entendre répondre : « En principe oui, mais en pratique, non, vous 
recevrez un courrier ». En attendant le haut débit, le téléphone, les 800 chaînes couleur et 
l'heure affichée sur la box, aller surfer au cybercafé arabe du coin (tenu par un Irlandais 



qui prétend s'appeler Farid) en fumant un narguilé à la pomme. 



Mais avant de combler la 

fracture numérique qui 

l'isole du reste du monde 

depuis qu'il a résilie chez 

France Telecom, le nouvel 

abonné a un long chemin a 

parcourir : brancher la 

nouvelle box, constater 

qu'elle affiche Error 
en clignotant, appeler la 
hot Une, taper ses deux 
codes à 12 chiffres sans se 
tromper (sinon taper # 
e -t recommencer), écouter 
du Rondo Veneziano 
(0,54 €/minute) 



Bien dégroupé du monde. 



X 

En plus de mes neveux. 
2 

Un petit brun râblé très mobile (à l'époque) et anormalement nerveux. 

3- 

Je ne sais plus si je l'ai déjà dit. 



Gay 

Le queer était presque parfait 

Pendant des années, quand concon Albert me demandait, devant la famille au grand 
conplet : « Alors, quand est-ce que tu nous la présentes, ta chérie ? », j'eus honte 
d'avouer que ma copine s'appelait Didier ou Mouloud. Pour éviter une ambiance Festen 
au dessert, je choisissais une femme-écran au hasard parmi mes petites camarades de 
classe (certaines d'entre elles ont fait, depuis, de beaux parcours de filles à pédés- 1 ) et je 
la présentais comme ma nouvelle conquête, entretenant ainsi ma légende de tombeur des 
cours de récré. 

Pendant ce temps, tel Andy 
Warhol quittant Pittsburgh 
p W our Ne/Yor,, Je découvres 
P la capitale, là, au moins, 
tout le monde s'en ioutait 
nue je sois homo comme un 
J Q à dos, bi comme un vélo, 
asexuel comme un métro ou 
m gme hétéro de base. 



Et puis, après de longues années passées à faire semblant d'aimer les quads et le foot 
(alors que je préférais écouter Sylvie Vartan et faire des nattes à mon poney), vint le jour 
d'annoncer ma différence à mes parents abonnés à La Vie. Après une petite dépression de 
routine, ils finirent par se faire à l'idée qu'ils avaient tout raté puis renoncèrent à chercher 
où et quand. Pendant ce temps, tel Andy Warhol quittant Pittsburgh pour New York, je 
découvrais la capitale. Là, au moins, tout le monde s'en foutait que je sois homo comme un 
sac à dos, bi comme un vélo, asexuel comme un métro ou même hétéro de base. Je 
commençai évidemment mon exploration par La Mecque des mecs : le Marais et ses 
boîtes, ses bars, ses fleuristes, ses coiffeurs-visagistes, ses antiquaires, ses restaus, ses 
pharmacies, ses cinés, ses boulangeries, ses librairies, ses agences immobilières, ses 
labradors chocolat... tous garantis, sinon queer, au minimum «: gay friendly », voire 



« hétéro hostile » pour les plus engagés. C'est ainsi qu'un soir, sortant d'une choucrouterie 
gay, je décidai d'aller boire un dernier verre dans un bar au-dessus duquel flottait 
fièrement le « rainbow flag » (drapeau qui rappelle que les goûts et les couleurs sont aussi 
innombrables que les huit couleurs de l'arc- en-ciel). Après une dizaine de minutes 
d'attente au comptoir, je finis par remarquer l'absence totale de filles dans l'établissement 
puis que tout le monde portait un pantalon en cuir, un foulard et un marcel à la Freddy 
Mercury. Au bout d'une demi-heure, je rappelai ma présence au barman qui me crachota, 
par delà ses piercings dans la lèvre et sur la langue : « Tu vois pas que c'est un bar à 
moustaches ici ? Les tapettes, c'est de l'autre côté... » Effectivement, sur Je trottoir d'en 
face, un autre bar débordait de garçons, fringues comme pour un thé dansant chez Patachou 
et qui frétillaient en Ramses-walk sur la version remix club de Gigi in Paradisco (Dalida 
1980). Pour éviter de devoir choisir fièrement mon ghetto, j'ai décidé de rester honteux. 
J'ai pris un air straight et je suis allé boire ma bière dans le quartier hétéro. 



Gastronomaniaque 

Pervers polymorfale 

Que le gastronomaniaque prenne son pied en cuisine (tant que c'est entre adultes et 
légumes consentants), c'est son droit le plus strict mais qu'il nous impose sa « vision » de 
la blanquette de veau déstructurée cuite à l'azote liquide, c'est à la limite du viol 
alimentaire. Or l'étrange affection fait des ravages dans les dîners en ville. Et des 
émissions comme Un dîner presque parfait, Top Chef ou Masterchef accélèrent encore la 
pandémie de mignardises, mises en bouche, verrines stratifiées, assiettes carrées, glace à 
l'osso buco, flanc de reblochon à l'ananas et autres mousses de soupe au choi 

Fini le temps où, avant de se faire une bouffe entre amis, on passait acheter du saumon 
chez le traiteur ou des lasagnes chez Picard en rentrant du bureau. Le gastronomaniaque 
amateur prend désormais une journée de RTT pour avoir tout le temps de vous mitonner un 
repas inoubliable. Ce passage du « tant pis si tes pâtes sont trop cuites, on se rattrapera 
avec le dessert » à la gastronomanie sévère (certains bradent leur PEA pour s'offrir des 
cours de cuisine au Ritz) se repère dès le vestibule. L'absence d'effluves constitue la 
première alerte. 

« Tout est fait minute », annoncera fièrement le malade du fourneau en tablier 
immaculé, ravi de tester en vraie grandeur la recette de gratin dauphinois moléculaire 
qu'il répète depuis la veille. En guise de « mise en chaise » (sic), des sprays de Saint- 
Jacques et des perles d'alginate trônent au centre d'un chemin de table à base de bois 
flotté comestible et de coquilles d'huîtres laquées au caramel. Devant chaque convive, des 
assiettes géantes attendent l'entrée ratée (« J'ai dû forcer sur le miel d'endives »), le plat 
principal cramé (« La cuisson au sèche-cheveux, c'est hyper délicat ») et le dessert loupé 
(« J'ai pas trouvé de pistache de Sicile, j'ai mis des pignons »). Bien entendu, un repas de 
cet acabit ne s'avale pas sans commentaires obligatoires sur le camaïeu des amertumes, la 
dialectique du croquant-fondant, l'approche levi-straussienne du cru et du cuit 



Bien entendu, un repas 

de cet acabit ne s avale pas 

sans commentaires obligatoires 

sur le camaïeu des amertumes, la 

dialectique du croquant-iondant , 

l'approche leyi-straussrenne 

du cru et du cuit. 



Au moment du café, on mettra 10/10 à tous les plats, on prétextera une nounou 
maniaco-dépressive pour s'éclipser en courant et on finira la soirée dans un Flunch bourré 
de charme. 



Geek 

Le frère de Luke Skywalker 

Ne pas confondre le geek (prononcer guîck et pas guèque qui fait nerd) et le nerd 
(prononcer neurd et pas nairde qui fait geek). Alors que le nerd prostré tripote 
convulsivement son joystick, le geek, jovial, mange des Doritos (goût onion) devant son 
écran plasma en savourant la version non censurée de Spiderman téléchargée sur 
BitTorrent Car le geek adore la technologie et les trucs secrets. Il soupçonne le FBI de ne 
pas nous avoir tout dit sur les attentats du 11 septembre, les ovnis et la double vie de Peter 
Parker. 

A la différence du nerd, asocial et intelligent qui se consume de l'intérieur, le geek est 
un crétin open minded et convivial doté d'un naturel plutôt optimiste (il sait pertinemment 
que Dark \&dor meurt à la fin, que l'univers sera sauvé et que FiPad d'Apple va tuer le 
Kindle d'Amazon). Pendant que le nerd commande des armes sur Internet pour mitrailler 
sa classe au prochain halloween, le geek commande une pizza double cheese pour tous ses 
copains. Car le geek a peu de copines. Il a lu dans un thread secret sur un forum encore en 
béta, que les filles sont des droïdes envoyés sur Terre pour se faire féconder, coloniser la 
Planète avec des bébés et mettre l'humanité entière au régime sans sucre. 

Grâce aux MMORPG^ (prononcer MMORPG et pas MROPGM qui fait dyslexique), 
le geek connaît du monde partout : dans les bars de Second Life (où son avatar drague les 
cybergils), au Moyen Âge (à la recherche du Graal), dans les cités du futur (qu'il nettoie 
au karcher à protons), dans les souterrains de l'Atlantide... 



En vieillissant , le gee* imira 

Zr créer un lapin électronique 

qui le rendra milliardaire. 

1 moins qu'il ne devienne 

vendeur chez Surcouf. 



En télé, ses goûts vont de Bioman aux Envahisseurs en passant par Cosmos 99 
(uniquement les premiers épisodes non censurés par la NASA). Au ciné, outre Le Grand 
Bleu dont il possède la version non montée de 7 h 37, le geek vénère les plus grands : 
Bergman (Sandahl, l'actrice qui joue dans Conan le Barbare), Goddard (Paul, l'agent 
Brown de Matrix) et Truffaut (pour son rôle dans Rencontres du troisième type). 

En vieillissant, le geek finira par créer un lapin électronique qui le rendra 
milliardaire. A moins qu'il ne devienne vendeur chez Surcouf. 



Google 

Boucher des vanités 

Comment s'y reconnaître entre quart-mondains ? Quelles règles de préséance 
respecter quand on doit asseoir autour d'une même table Philippe Lavil, Cathy Guetta, 
Loana, CyrielLe Claire, Camélia Jordana, Edoardo et Marisa Berenson ? On peut soit 
courir chez son coiffeur- visagiste et compulser Gala, Match, Closer, Public, Voici, Envy, 
Grazia, Be... soit allumer son smartphone et les classer en fonction du nombre de pages 
qui leur sont consacrées sur Google (les pages Wikipedia comptent double). 

Autre fonctionnalité extraordinaire du big brother californien en bermuda cool : les 
alertes personnalisées. Chaque fois qu'il est question de moi sur la toile, Google m'envoie 
un message et me propose de lire l'article ou le commentaire qui m'est consacré. J'avoue 
avoir été, un temps, accro aux « Fioretto Google alerts » avant d'en décrocher le jour où 
j'ai réalisé que la majorité des occurrences me concernant provenait de la revente de mes 
bouquins sur eBay (dont certains dédicacés). Depuis, comme Houellebecq, «j'ai pour ma 
part désactivé cette fonction d'alerte, et puis j'ai renoncé aux recherches Google elles- 
mêmes*. » 

D'autant que la dernière fois où je suis allé voir où j'en étais en notoriété, je me suis 
retrouvé sur www.fioretto-net.com nez à nez avec une cuvette de WC pleine d'une eau 
tellement bleutée qu'on s'y baignerait tout habillé. Normal puisque, lit-on sous la photo, 
« les cuvettes FIORETTO sont bactéricides, fongicides et virucides. » 



Gothique 

Tu t'es vu quand t'es mourru ? 

« Rapel mwa C turjan » disait l'occulte SMS de mon neveu. Parti trois jours plus tôt 
de Clermont-Ferrand pour un tour du monde, il était arrivé porte d'Orléans et voulait faire 
une halte à Paris. 

J'ai dit « bien sûr ! » et il m'a dit « Trop cool, oncle chauve ! Je te présenterai ma 
copine. » 

Une heure plus tard, je me suis retrouvé face à un type de 1,90 m, looké caïd du RER 
A, Air Max taille 53, casquette Michael Jordan, jeans baggy oversize (6 places assises). 
Le géant s'est penché vers moi mais, au lieu de me piquer mon téléphone, il m'a fait une 
bise et j'ai enfin reconnu mon neveu chéri à qui j'achetais des PlayMobils pas plus tard 
qu'hier. 

- C'est nous, oncle Pascal ! 

- Z'y va, entrez donc, wesh wesh ! répondis-je, genre-style « t'as vu comme il est 
trankil ton tonton, man ? » 

- Je te présente Alphagotha, a dit mon neveu en m' indiquant d'un clin d'œil une forme 
humaine restée sur le palier. 

Derrière lui, dans la pénombre, je distinguai soudain une silhouette longiligne. La 
faible lumière surnaturelle tombant du plafonnier basse consommation éclairait à peine ses 
fringues noires, ses cheveux rouges, son teint verdâtre, ses paupières violacées, ses yeux 
blancs à la pupille fendue et ses lèvres charbonneuses. 

Qu'est-ce que c'est que ce truc ? D'où vient-elle ? Qui est-elle ? Pourquoi chez 
moi ? 

Les questions tournaient dans mon esprit à la vitesse d'un nuage de chauves-souris 
aveugles autour d'un lampadaire éteint La créature sortait-elle du casting de J'ai 2 de 
tension, c'est mon choix, ou mon neveu l'avait-il à peine déterrée au cimetière de 
Montmartre ? 

- Tu veux un verre d'eau sucrée ? demandai-je à tout hasard à la ressuscitée pour lui 
éviter une rechute dans la mort et dans mon salon. 

Elle me fit « non » de la tête en remuant ses bagues têtes de mort, ses pendentifs en 
dents et ses boucles d'oreilles en os de Godzilla. 

Je fis asseoir les tourtereaux sur le canapé Tousalon en buffle de synthèse et on 
commença à tous se racler la gorge en regardant nos pieds. 

- \fous voulez téléphoner à vos vieux ? proposai-je pour faire complice et détendre 
l'atmosphère. 

La fille poussa une sorte de hennissement de louve enrouée qui s'est retourné un ongle 
une nuit de pleine lune. 

- Alphagotha est en fugue de chez elle, m'expliqua aussitôt mon neveu pour la calmer. 
Ses parents qui sont cathos ne supportent pas qu'elle soit gothique. 

- Pourquoi tu l'as dit ? aboya la nana d'un air luciférien tout en se peignant la crinière 
de la main gauche tandis que sa ceinture en cuir cloutée rayait à vue d'œil mon canapé en 
buffle. 

- Je jure sur la tête de Marylin Manson que je ne le dirai à personne, la rassurai-je 



aussitôt^. 

- J'ai confiance en mon oncle, renchérit mon neveu. D'ailleurs, on peut lui dire la 
vérité : ce soir, on va à une soirée gothique aux catacombes. 

- En quoi ça consiste, une soirée gothique ? demandai-je, la chair de poule dans la 
gorge. 

- On écoute de la musique électro-satanique, on fait des messes noires, on baisouille 
un peu dans les coins aussi . . . 

D'où vient-elle ? Qui est- 

elle ? Pourquoi chez mol i 
La créature sortait-elle 
du casting 4e "3 ai 2 de 

tension, c'est mon cnox* , 
ou mon neveu 1 avait-Ua 

peine déterrée au cimetière 
de Montmartre ? 



- Comme une teuf normale sauf qu' il faut se farcir la messe à l'envers ? interrogeai-je. 

- Putain, il est vraiment relou ton oncle ! siffla Alphagotha en plantant ses griffes dans 
l'accoudoir pleine peau pas fini de payer. 

Mon neveu n'a sans doute pas supporté l'insulte faite à son tonton. Peu après la boum 
catacombique dans le noir, il a largué Alphagotha (qui se prénomme en fait Cécile) ou 
peut-être lui a-t-il tout bêtement planté un pieu dans le cœur et il est revenu faire le tour du 
monde chez moi avec une autre nana, moins calée en latin liturgique mais plus vivante. 



Guides touristiques 

Visite des lieux communs 

Impossible de s'extasier en vacances sans un ouvrage expliquant où et pourquoi. 
Lequel acheter ? Nous avons choisi une bourgade test dont nous avons comparé le 
traitement dans quatre guides en vente libre. 

• Guide du Routard 

Planjuzol (07771) © © © 



Petit bourg sympa de 197 habitants, perché en hauteur sur une éminence 
pépère. L'arrivée se fait par la D23, petite route sinueuse dans les virages, Dos 
tourné au transfo EDF, vue sympa sur ia vallée de Cujenac. En entrant dans 
Planjuzol, à droite du groupe de vieillards, vestiges anciens sympas de 
l'auberge qui servit d'étape à Hugues de Plessy, seigneur sanguinaire pas très 
cool. 

Où dormir ? Où manger ? Où boire un verre ? 

Pension de la mère Mugnard (Cl 7 sur le plan). Charme à la bonne 
franquette. Allez-y de notre part et demandez la 17 avec vue sur le Crédit 
Agricole. 

À voir - À faire 

Eclusez un gorgeon, graillez un morcif, pissez un godet et piquez un 

roupillon (dans cet ordre). 

Mon avis : sympa> complice, cool, indulgent, inutile. 



• Guide Lonely Planet 

De éviter dans le région : Planjuzol (07771) 

Typique de le mourant village sinistre français (95 % de deuxièmes maisons 
avec fleurs dans le balcon) et inhabitants âgés. Accès route défonce, vue vallée 
avec nucléaire centrale et Auchan. En entrant Planjuzol, ruines auberge (visite 
chère et non intérêt). 

Accomodations 

Bed and breakfast de Mrs Mugnard. Sale, sentant, pas « végétarian amical », 
et horrifique bilan carbone. 

Voir ? Faire ? 

Rien. Si vous êtes collés en attendant le bus (jeudi et samedi à 10.00 am) : 
école maternelle Marcel Amont. Rue piétonne et mobilier urbain (fin xx e ). 

Mon avis : mal traduit, éco-responsable, étranger. 



• Guide « Autrement » de l'Ardèche 

Planjuzol (07771) 

Ensemble habitatif néo-ardéchois, singulier dans son vivre-ensemble post- 
moderne et sa résidentialité ruralo-urbanisante stigmatisante. Il existe un 
Planjuzol du possible, quasi sur-déterminé, par la D23. Il en est un autre, 



oblique, qui refuse de se laisser atteindre autrement qu'à pieds par le GR35. 

Planjuzol autrement 

Josiane Mugnard est la transversale maîtresse-femme d'une pension de 
famille anticonformiste à la dépaysante alacrité bourrue. Les pieds sur la terre 
où elle a vu le jour, Josiane est un archéo-sociotype aux ongles salis. Une 
légende de glaise et de sang. 

Activités autrement 

Profiter d'un jour de pluie pour relire Démographie(s) de l'Ardèche, 

Éditions du CNRS (1999), au Café des Sports. 

Mon avis : transversal, radical, chic. 



• Guide vert Michelin 

Planjuzol (07771) 

Carte Michelin n° 768, pli 6. Plan Michelin Ardèche au l/15000e. 

Site Michelin httpiiV www.viflnrirteliri.fr/ 

Situé en Ardèche (voir Guide bleu Michelin de l'Ardèche), sur les 
contreforts pré-herciniens des adrets schisteux des monts du Lyonnais (voir 
Guide violet Michelin de Rhône-Aipes), Planjuzol est un bel exemple 
d'architecture pavillonnaire de la fin du xx e siècle (voir Guide blanc Michelin 
du xxe siècle). 

Hôtel-Restaurant 

Chez la mère Mugnard. ("Vbir Guide Michelin rouge des Hôtels- 
Restaurants.) 

À visiter 

*Les ruines de l'auberge - Place de la mairie. Ouv tlj sf 1, m, m. Enfants : 
c^g J», parents : ♦ %. Visite : - : et d (sauf jours fériés : ♦ $£<£>). 

NB : En été, possibilité de <*€ le matin et de ▼ M sur l'audioguide. 

Mon avis : Complet, précis, vert, une valeur # M ï Q 



Véronique, lu devrais essayer les mecs hétéros. 
2- 

Recette pour 4 personnes : remplacer le chou par une crème d'oseille émulsionnée au bain-marie dans son suc de caléfacôon 
déglacé à Pévanescence de vinaigre de houblon. 

Jeu de rôle en ligne massivement mult joueurs. 
À 

Ennemis publics, Flammarion, 2008 (Lettre à Bernard-Henri Lévy). 
5- 

Mettez-vous à ma place, je n'avais aucune envie de me prendre une malédiction du pharaon pour trois générations. 



H 



Hardeuse 



Couchée sous X 

Qu'elle arrive en camion de Bratislava (fille de l'Est), en Corail de Montélimar 
(Cagolette de Provence AOC) ou par l'escalier de chez le voisin du dessus (Miss X 
amateur), la hardeuse est serviable et toujours partante. Ventre plat, talons hauts et string 
Promod, elle se donne sans compter car elle n'a pas la mémoire des grands nombres. 
Qu'elle reçoive un dépanneur à domicile, parte avec des amis à la cueillette de 
champignons contagieux en forêt de Meudon ou sympathise avec des gars des cités en 
survêts, la hardeuse est une brave fille qui ne demande qu'à faire son boulot du mieux 
possible dans la limite des orifices disponibles. 

Signe d'ouverture à l'autre, elle accepte, sans contrôle au faciès, tout type de 
partenaire : grand black long à démarrer, petite beurette et son grand frère, notaire 
flaccide et menotte, Rocco de chez Ed... Psychologiquement, elle peut être d'une naïveté 
déconcertante ou d'une perversité sans limites. Dans le premier cas, elle avale tout ce 
qu'on lui dit, dans le second, elle fouette tout ce qui bouge (surtout si c'est poilu et à 
quatre pattes sur le carrelage). Quand elle devient riche et célèbre et qu'on l'interroge sur 
ses motivations, la hardeuse répond qu'elle fait ce boulot parce qu'il n'y a pas trop de 
texte à apprendre, que ça donne des joies simples à son public et qu'après tout, ses 
prestations sont moins obscènes que les films de guerre. Une étude récente lui donne 
raison, qui a démontré que le mateur de porno tire rarement un coup alors que l'amateur 
d'ultra- violence a tendance à passer à l'acte sur des inconnus qui attendent le bus. Avec 
ses jambes ouvertes et accueillantes, ses yeux tristes et ses râles de jouissance feinte, la 
hardeuse contribue à apaiser les corps solitaires et parle, en volumes mais surtout en 
creux, de la misère des âmes sans amour. 



Qu'elle reçoive un 

dépanneur à domicile, 

parte avec des amis a la 

cueillette de champignons 

contagieux en foret de 
Meudon ou sympathise avec 
des gars des cites en 
survêts, la hardeuse est 
une brave fille qui ne 
demande qu'à faire son 
boulot du mieux possible 
dans la limite des oriiices 
disponibles. 



Horoscope 

La science désastre 

Pour savoir si ce petit dictionnaire énervé va enfin rendre solvable mon éditeur, j'ai 
consulté mon libraire-conseil qui m'a aussitôt recommandé un horoscope annuel 
« crédible, sérieux et fiable ». Effectivement, l'homéotéleute de la page de garde « 2010, 
Sapientis dominatis astris 1 » annonce clairement la couleur : on n'est pas dans les pages 
astro de B'tba, mais entre latinistes certifiés. Dans l'intro, au terme d'une « analepse » 
apologétique de ses prévisions 2009, Fautrice, qui sort visiblement d'hypokhâgne, 
rappelle un « apophtegme » qui illustre ce que sera « la géométrie du ciel » de l'année à 
venir ; 

« La roue tourne. » 

Me voilà averti. Reste juste à découvrir dans quel sens. 

Pour cela, il faut entrer dans le dur du texte (à cinquante pages environ du début) et 
arriver à la conclusion implacable : Jupiter est en Balance - signe cardinal et masculin— ; 
il va donc favoriser la progression des signes d'air et de feu tout en se montrant très 
injuste envers les Béliers. 



Bon, d'accord, c'est un peu raide comme ça, mais comme je ne suis pas Bélier, je 
relativise la mauvaise nouvelle. Car pour les Taureaux dans mon genre (et nous sommes 
quand même 1712 e de la population mondiale), Jupiter reste un « dispensateur de chance 
pure lorsqu'il est bien placé dans le ciel ». Donc une année 2010 réussie ? Pas si vite 
car, mal garé dans mon ciel, il pourrait tout aussi bien générer des « complications 
juridico-administratives ». Serait-ce mon éditeur ? 

Sentant monter l'angoisse, je me suis précipité, page 237, sur « la cartographie 
sectorielle de [mon] ciel » et c'est là que, comme prévu, les complications juridico- 
administratives ont effectivement commencé. Car les prévisions sont classées en trois 
« décans » : du 20 au 30 avril, du 30 avril au 10 mai, du 10 mai au 21 mai. Or je suis né le 
30 avril. A quel décan appartiens-je ? Si je suis du premier, « Pluton engendrera des 
opportunités » alors que si je suis du deuxième, « Saturne [me] rendra les choses 
visibles moins attrayantes ». Comment donc savoir si j'aurai la niaque ou la cataracte ? 
Une seule solution : connaître mon ascendant. Heureusement, l'astrologue a tout prévu 
(c'est son boulot) : « Au moment de votre naissance, les planètes occupaient une 
position particulière dans le ciel, formant entre elles des angles privilégiés appelés 
"Aspects planétaires". Leur interprétation brossera votre portrait astrologique 
personnel, qui vous étonnera et vous enrichira. Découvrez votre thème astrologique 
personnalisé (26 euros). » 

Après mûres réflexions, j'ai décidé de rester dans les généralités gratuites : 
« Taureau : Vous qui aimez bien votre tranquillité, vous aller devoir revoir certaines de 
vos certitudes », tout en me demandant comment elle avait deviné que j'avais revu, à la 
hausse, ma certitude qu'elle se fout de notre gueule. 



Humoriste 

Vous trouvez ça drôle ? 

A la différence du comique qui cherche à faire marrer, l'humoriste cherche les ennuis. 
Au lieu de faire rire honnêtement avec des thèmes réputés rigolos et fédérateurs (les 
blondes au volant, les bègues, la drague au bureau...), l'humoriste jette le doute sur les 
vérités premières et déconne avec des sujets dont tout le monde sait qu'ils ne devraient 
pas être drôles. 

Pour aggraver son cas, l'humoriste renâcle à s'engager et oublie même de s'indigner 
quand c'est obligatoire. Du coup, on finit par ne plus savoir où il est, ni d'où il cause 
puisqu'il refuse lâchement de trancher entre Ségolène et Martine, Sarko et Villepin, Mac 
et PC, le catéchisme et le Capital, Franck Dubosc et BHL. « Je suis un artiste dégagé » 
disait le pétochard Pierre Desproges pour justifier, par une pirouette satanique, sa trouille 
de choisir son camp. 

L'humoriste d'aujourd'hui prétend, comme l'écrit P. Muray, que « le rire ne peut 
atteindre que des gens en proie au doute ». Aussi, se méfie-t-il de ceux qui savent, 
notamment ce qui est drôle. Et si Ton insiste pour le forcer à s'impliquer, il s'en sort par 
l'absurde, l'arme des couards qui préfèrent rester seuls et haïs de tous plutôt que d'avoir 



le courage d'être nombreux et applaudis. 

Bien planqué derrière son micro, sa planche à dessin ou les rires des irresponsables, 
l'humoriste fait donc semblant d'être drôle. Et si on le somme de s'expliquer sur une 
plaisanterie, il répond que l'humour, comme une grenouille, meurt quand on essaie de le 
disséquer. Si l'on insiste, il finit par invoquer le deuxième degré. Un peu facile, le coup 
du deuxième degré. Tiens, j'ai qu'à dire que les Dictionnaires énervés, c'est long à faire 
et mal payé. Si mon éditeur ne trouve pas ça drôle, je lui dirai que c'est normal, que c'est 
du deuxième degré. 



Au lieu de faire rire 
honnêtement avec des 
thèmes réputés rigolos et 
fédérateurs (les blondes au 
volant, les bègues, la 
drague au bureau. . • ; t 
l'humoriste jette le doute 
sur les vérités premières 
et déconne avec des sujets 
dont tout le monde 
sait qu'ils ne devraient 
pas être drSles. 






La citation correcte est « Sapiens dominatur astris » (l'homme sage domine les astres), à ne pas confondre avec son corollaire : 
« Infinirus est numerus sruttotum » (le nombre des sots est infïii). 



Incruste 

Personne à gratter 

Paris, un cinéma des Champs-Elysées. Première mondiale d'une super production 
franco-française. Le gratin des comédiens tricolores bankabtes et le menu fretin culturo- 
médiatique se pressent sous le portique en toile. Ambiance électrique mais chic. Service 
d'ordre sur les dents. Le carton précise que les téléphones, appareils photo et sacs à main 
doivent être laissés au vestiaire. Même les jeunes créateurs se sont rasés de près. Tandis 
qu'on patiente devant le portique détecteur de kalachnikovs, un homme pressé, cheveux 
blancs et smoking, pendu à son téléphone, fait un signe de connivence aux vigiles et coupe 
la file sans se faire fouiller. Dans la queue, une fille est sûre d'avoir reconnu un 
producteur à succès, son copain lui dit que c'est le président de l'avance sur recettes. Un 
autre le verrait bien ambassadeur du \fenezuela. Après la projection, cramponné au buffet 
libanais gratuit, je suis rejoint par un confrère paparazzi mais presque. On est en train 
d'échanger nos impressions sur le pensum cinématographique que l'on vient de nous 
infliger lorsque le coupeur de files de tout à l'heure s'approche et, hilare, salue mon 
camarade qui s'étrangle avec son taboulé : 

— Pas possible ?! Tu as encore réussi à entrer ? 

Le bellâtre sexagénaire bronzé me dévisage, méfiant. Je remarque une discrète 
décoration au revers de sa veste. 

- Tu peux parler devant lui, c'est un genre de copain, le rassure mon cher confrère. 
On s'éloigne (à regret) du buffet et je découvre l'incroyable vérité. Ce type est un 

pique-assiette de la dernière génération : un intruder. Son vice secret ? S'incruster dans 
les anniversaires mondains, les pince-fesses littéraires, les avant-premières, les 
vernissages, les soirées VTP-L. 

Comme je suis bon écouteur et que / 'intruder est bon parleur, il m'explique en détail 
les choses de sa vie de parasite. Pas de frais, à part le pressing et les taxis. Une logistique 
limitée : il suffit de consulter les sites et les journaux spécialisés annonçant les 
« événements ». « Uintruding est un sport de combat et doit le rester », tranche-t-il. 
Quand on le colle d'un peu trop près dans une soirée, il laisse entendre qu'il a des 
fonctions qui exigent la plus extrême discrétion (chef de cabinet, DGSE, conseiller 
spécial...) et il donne un bristol en précisant : « C'est ma carte perso car mon 
secrétariat filtre. Avec ça vous êtes sûr de me joindre si vous voulez m'inviter... » 

Depuis ma rencontre avec ce professionnel de l'incruste, je me suis documenté sur le 
phénomène. Ils ont des réseaux souterrains, des imprimeries clandestines de faux flyers et 
des réseaux sociaux en langage codé dont le but, abscons, mais avoué, est de « gatecrasher 
les private nights de la hype : dress-codes, passwords, débriefing des afters, planning des 
next= ». Ils auraient même un congrès annuel où aucun journaliste n'a jamais réussi à 
s'incruster. 



Instit 

il s'est fait maître 

Au fil des réformes trimestrielles de l'Éducation nationale, l 'instit s'est 
successivement appelé « instituteur », « professeur des écoles », puis, plus récemment, 
« enculé de sa race ». N'ayant jamais trouvé la sortie de l'école, l' instit ne connaît de la 
vie que les classes surchauffées où flotte une odeur d'enfants propres, décorées de dessins 
gondolés à la gouache. n'a donc qu'une vague idée du monde du dehors qu'il n'entrevoit 
qu'à travers les fenêtres embuées de sa classe trop nombreuse et sait à peine qui est Kylie 
Minogue. C'est d'ailleurs pourquoi la plupart des instits votent encore à gauche et sont 
rigoureusement incapables d'exécuter la moindre figure de Tecktonik. Autre signe 
d'indécrottable ringardise, l' instit s'échine à former les gamins au monde tel qu'il devrait 
être au lieu de les préparer à la concurrence libre et non faussée qui les attend à 
l'extérieur et au tournant. Pire, pour sauver des élèves turbulents de la délinquance - au 
nom de valeurs qui sentent l'ardoise rance, la craie humide et l'éponge moisie -, il 
gaspille l'argent public en pâte à modeler. 

Sa légendaire paresse, qui lui est si souvent reprochée par les rentiers du CAC, ne 
résiste pourtant pas à une étude objective. Des sociologues ont récemment démontré que 
l' instit assure à lui tout seul, du haut de son petit bureau en bois, le boulot de 10 flics et de 
20 parents divorcés. Sans oublier ses activités annexes d'enseignant, éducateur, animateur, 
psychologue, entraîneur, assistante sociale, tuteur, infirmière... S'il est vrai qu'il gagne en 
un mois ce que touche un footballeur en prenant sa douche, P instit se rattrape avec ses 
vacances scandaleusement longues qui n'ont rien à envier à celles de nos animateurs télé. 
Et quand il travaille enfin, le gros de son activité consiste à commander les bouquins de 
l'École des Loisirs, à recompter ses gommettes et à préparer la prochaine classe nature 
(ce qui lui fera une semaine de vacances supplémentaire à la campagne). Dès qu'il en a 
marre de se faire bastonner par les parents d'élève ou qu'on mette le feu à sa voiture ou à 
son expo sur les rapaces, Y instit part en dépression carabinée dans une luxueuse maison 
de repos. À son retour, bourré de verveine, il annonce à son inspecteur d'Académie qu'il 
se sent de nouveau prêt à enseigner récriture et la poésie à des petits cons décérébrés 
(que n'importe qui de normal aurait envie d'étrangler au bout de dix minutes). C'est la 
preuve qu'il est loin d'être guéri et qu'il va bientôt repartir plomber les comptes de la 
Seca 



Pour sauver des élèves 

turbulents de la délinquance 

- au nom de valeurs qui 

sentent l'ardoise rance, 

la craie numide et 1 éponge 

ra0 isie -, il gaspille 1 argent 

public en pâte a modeler. 



Signe particulier : l'instit passe sa vie à chercher une rallonge. Il peut s'agir d'une 
rallonge électrique, pour projeter des diapos sur les volcans ou d'une rallonge budgétaire 
pour permettre à Mourad et Kimberly d'aller à la cantine avec leurs camarades. Quand je 
pense à ce que mes instits ont fait de moi, fils de prolo qui ne demandait qu'à travailler à 
la mine, j'ai des renvois de gratitude. C'est dire s'ils ont réussi leur travail de sape 
intellectuelle. 



Institut 

Peau lisse secours 

Voix genre speakerine d'Arte : 

- Institut Sothys, bonjour... 
Voix genre «j'assume pas » : 

- Bonjour, c'est pour un rendez- vous... 

- Pour vous ou pour une personne ? 

- Pour moi... 

- Vous êtes client chez nous ? 

- Non, c'est un cadeau d'anniversaire de ma sœur, un coffret bien-être, elle trouve 
que... 

- Le nom? 

- Fioretto. 

- Celui du coffret... 

- Escapade Cérémonie Homme. 

- Prévoyez une matinée. 



* 



- Bonjour, j'ai rendez- vous à 10 heures... 



- Qui vous remodèle d'habitude ? 

- C'est la première fois, je ne... 

- Ah, c'est vous le coffret. . . Léa ! Ta Cérémonie Homme est arrivée. 



* 



Léa, blouse blanche immaculée, parfum de salade de fruits : 

- Vous désirez la « Paix des Sens » tout de suite ou prendre un thé d'abord ? 

- Vous pouvez commencer, ça sera fait 

- Très bien. Je vais vous faire un enveloppement apaisant dans un principe actif 
exfoliant. Pendant que vous vous relaxez. Je préparerai les ballotins. 

- On mange ? 

- Ah non, pas tout de suite. Vous aurez une collation légère mais plus tard. Ce que je 
vais faire tiédir, ce sont des ballotins parfumés baignés dans un granité d'épices et 
d'huiles essentielles. 



* 



La musique de Jean-Michel Jarre et la paix des sens aidant, je somnole. Quand 
j'émerge, Léa est en train de me massouiller le dos avec des coussinets. Je comprends que 
je dois beaucoup lui plaire pour qu'elle s'occupe si bien de moi. 

- Vous avez beaucoup de clients masculins ? 

- Plein ! me répond-elle en me tirant sur les bourrelets et en faisant rouler mes tissus 
adipeux, des sportifs de haut niveau, des tops modèles, des danseurs.. . Les gens qui ont un 
corps parfait, ils en prennent soin. 



* 



Léa est maintenant penchée sur moi. Elle applique sur mon visage une décolleuse à 
papier peint qui crache une vapeur mentholée. 

- Je vous ouvre bien les pores, je fais pénétrer le détoxifiant et ensuite je vous 
passerai la desquameuse, m'explique-t-elle en me désignant une perceuse terminée par un 
coton rotatif. 

- Ça pique un peu... 

- C'est normal, ça stimule le derme. Ouh là là, si vous voyiez ce que j'enlève comme 
cellules mortes ! Et vos ailes du nez, elles sont vraiment dég... enfin, très engorgées. Y'a 
même des pointes blanches. 

- Des pointes blanches ? 

- C'est normal. C'est le sébum qui macère. Avec l'air de Paris, les crèmes de jour, le 
tabac . . . Vous passez quoi comme tonic, le soir ? 



Je suis sorti le teint rose, les ailes du nez vidangées et les bras chargés d'échantillons 
gratuits. Quant aux pointes blanches, depuis que je sais qu'il faut appliquer le fluide 
réparateur après le sérum reconstituant mais avant le baume tenseur, elles n'ont plus 
jamais osé la ramener. 



Ah, c'est vous le coffret. 
Le'a ! Ta Cérémonie Homme 
est arrivée. 



Non, ce n'est pas Jean-Louis Chiffon. 

2 

Voir notamment : www. syndicatduhype. ningx om . 



Jeux vidéos 

C'est plus fort que toi 

Au courrier, une enveloppe à bulles. À l'intérieur, un DVD et un dossier de presse 
commençant par ces mots lourds de sens pour qui les comprenait : « Enfin dispo : Black 
Sabath of the Graal Quest, MMORPG à 50 niveaux (quêtes annexes non linéaires). 
Addon : Horror Island ». J'allais tout balancer à la poubelle lorsque mon copain Keyan 
arrêta mon bras au dessus du vide. 

- Hein !? Mais c'est la démo du dernier RPG des créateurs de Quest Alliance of the 
Black World ! 

- Et ? répondis-je. 

- C'est un Massively Multiplayer Online Rôle Playing Game (MMORPG) en béta test, 
concurrent direct de World of Warcraft VII et de Kingdom of Middle-Earth on Une ! 

- What the fuck !, abdiquai-je, à court d'arguments. 

- Essaie, tu vas devenir accro, m'a prédit Keyan. 



Au bout d'une semaine, 

■j'étais devenu un 

h ardcorega*er (10 heures/ 

jour) avec carte de iidelrte 

\*ez tous les livreurs de 

pizza du quartier. 



Une fois le DVD introduit dans l'ordinateur, je fus flatté de découvrir que l'on 
comptait sur moi dans les plus hautes sphères : « Le Maître a besoin d'âmes pour ouvrir 
le portail d'Ernaw — loué soit Son Nom Très Haut - sinon il enverra les Hordes des 
Abysses sur l'île de Takavoàr. (Press enter to continue) ». 

Mon copain me résuma la situation : il s'agissait d'aller flinguer des elfes, de leur 
piquer leurs âmes et les refiler au Maître (qui avait une assez jolie voix de basse). Pour ce 
faire, on pouvait choisir soi-même son character (sic) : fléau d'ombre, rôdeur de vortex, 
sentinelle de lumière, guerrier de barbarie... Moi j'ai pris « Alchimiste des forêts » à 
cause de la tenue grunge et de la barbe de 130 ans. Au départ, forcément, je me suis 
mélangé les pouvoirs face aux monstres et je me suis pris des éternités de prison dans les 



gencives. Mais, peu à peu, j'ai gagné des « compétences » et fallait pas me chercher très 
longtemps avant que je balance un sort fatal par simple pression sur « ctrl ait suppr ». En 
trois jours, ma réputation était faite et ça buzzait de partout : « Gaffe à l'alchimiste, il est 
agro et ça va linker ! » se disaient les autres joueurs en m' évitant. Au bout d'une semaine, 
j'étais devenu un hardcoregamer (10 heures/jour) avec carte de fidélité chez tous les 
livreurs de pizza du quartier. Une nuit où je tentais d'ouvrir une Porte du Temps, je reçus 
un avertissement solennel du Gouverneur du Royaume : « Messire Alchimiste, vous avez 
atteint le quorum des âmes. Click on this link to order full version by paypal ». 
Submergé par la haine pure, je me suis déconnecté et j'ai laissé les glands payants 
s'amuser entre eux. 

Mais si je croise le Maître, je lui réclame les 100 000 âmes qu'il me doit. 



Joggeur 

Heureux qui comme Ulysse... 

« À quoi pensent les joggeurs du dimanche ? Veulent-ils s'alléger de leur poids ? Ou 
ne font-ils que compter, compter leurs pas ? », se demande Miossec dans une chanson que 
j'aurais pu miauler moi-même tant elle rejoint une de mes interrogations récurrentes. Car 
moi qui ne pratique, comme sport de plein air, que le Wifi au parc Monceau, je me suis 
souvent posé la question en les regardant passer devant mon banc avec leurs baskets à 
coussin d'air, leurs brassards compte- pulsations et leur goutte de sueur au bout du nez- 

Pour en avoir le cœur net, j'ai déterré mes fringues de gym et j'ai entamé une série de 
boucles en essayant de me concentrer sur les pensées qui m'habitaient. J'ai d'abord 
constaté qu'au lieu de sentir la Soupline comme tous ceux et celles qui me doublaient, je 
déplaçais avec moi une odeur de naphtaline et de moisi (la faute à mon survêt Adidas de 
l'armée que je n'avais pas aéré depuis 25 ans). Après, j'ai senti comme une gêne au 
niveau des poumons avant de réaliser que c'était probablement ce qu'on appelle de 
l'essoufflement puis une douleur aiguë à la hauteur présumée du foie (mon premier point 
de côté depuis l'épreuve de gym au bac). 

Ensuite, tandis que je maudissais intérieurement tous ces connards qui me doublaient 
pour m' humilier (surtout les gros et les vieilles dames), j'ai fini peu à peu par trouver mon 
rythme et mon second souffle. A mon troisième passage devant la guérite du gardien, 
j'avais dépassé la douleur et, sans doute sous l'effet du shoot de sérotonine que mon 
cerveau s'était mis à sécréter, mes pensées se sont soudain fluidifiées et se sont 
enchaînées sans logique apparente : ah ça ils n'en savent rien ni moi non plus et voilà 
tout ils pourraient aussi bien essayer d'empêcher que le soleil se lève demain matin 
c'est pour vous que le soleil brille comme il me disait le jour où nous étions couchés 
dans les rhododendrons à la pointe de Howth avec son complet de tweed gris et son 
chapeau de paille le jour que je l'ai amené à me parler mariage oui d'abord je fui ai 
passé un morceau de gâteau au cumin que j'avais dans la bouche et c'était une année 
bissextile comme cette fois-ci oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j'en 
avais presque perdu le souffle oui il a dit que j'étais une fleur de la montagne oui c'est 



bien ça que nous sommes des fleurs tout îe corps d'une femme oui pour une seule fois il 
a dit quelque chose de vrai et c'est pour vous que le soleil brille aujourd'hui... 

C'est comme ça que j'ai découvert que Joyce devait forcément faire du jogging. 



K 



Karaoké 



Si je chante, c'est pour toi 1 

J'aime flâner sur les grands boulevards. Y'a tant de choses, tant de choses, tant de 
choses à voir. Notamment des bars-restaurants qui font karaoké. 

Georgine a 35 ans, elle est attachée parlementaire. C'est une blonde centriste, habillée 
un peu genre fille Le Pen, mais gentille. Dans un moment d'égarement et d'horreur 
économique, j'ai accepté de rewriter un document de son parti à destination des 
« jeunes ». Depuis, elle m'invite régulièrement, via Facebook, à ses soirées d'anciens de 
Sciences Po (avec foulard dans la chemise). 

Un soir, j'y suis allé. Au menu : vin rouge au tonneau et pierrade conviviale. Entre 
deux toasts « à la santé du sénateur... », les convives se plongeaient avec concentration 
dans d'énormes classeurs puis remplissaient une fiche. J'ai vite compris ce qui se 
préparait : soirée karaoké avec sono 2 000 W et boule au plafond. Impossible de fuir 
discrètement avant le dessert sans renverser une ou deux tables. 

Quand ce fut mon tour de remplir le formulaire d'inscription, j'écrivis Wbman in love 
de Barbara Streisand et signai Georgine avant de passer le toutim à mon voisin saoul. 

À minuit du soir, la grosse boule s'illumina et une animatrice asiatique vint chauffer la 
salle avec un premier titre fédérateur : Non, rien de rien, non je ne regrette rien de la 
Môme Cotillard. Derrière elle, un écran géant déroulait un clip minable et sans aucun 
rapport, où des figurantes en robe fluo jouaient de l'accordéon aux Puces de Clignancourt 
Des moniteurs vidéo, avec sous-titres en violet, permettaient à tout le monde de suivre le 
massacre en Vive. 

Sous les applaudissements, la charmante hôtesse appela ensuite au micro une certaine 
Magali qui avait choisi de se défouler sur 1" inévitable Alex andrie, Alexandra. Vu la 
précision de la chorégraphie, on devinait les longues heures de répétition toute seule dans 
sa chambre. Comme on était entre gens éduqués (minimum MBA à Yale), un trentenaire en 
mocassins à glands dénoua sa cravate et chanta en anglais des affaires : I want to break 
free de Queen avec la même énergie que s'il présentait un Powerpoint annonçant le 
outsourcing de la compta. Le groove monta d'un cran. La boule tournoyait, les aisselles 
s'auréolaient, les yeux brillaient, les brushings s'affaissaient et mon voisin ronflait. 
Toutefois, ce n'est que plus tard qu'on atteignit le paroxysme du lamentable avec mon 
pathétique talk over sur Tes Ok, Tes bath d'Ottawan, à l'issue duquel je jugeai prudent 
d'aller me coucher. Le lendemain matin, je reçus un email de Georgine : « Je sais que 
c'est toi qui m'as inscrite pour Woman in love. Appelle-moi quand tu veux. .. ;-) » Preuve 
qu'elle ne sait pas que je ne couche jamais le deuxième soir et qu'elle n'est pas 
rancunière. Alors que moi, si je tenais le salaud qui m'a inscrit pour Ottawan... 



Comme on était entre gens 

éduqués (minimum MBA a 

ïale), un trentenaire en 

ra0 cassins à glands de'noua sa 

cravate et chanta en 

anglais des affaires t I 

v;ant S to break free» de Que en 

avec la même e'nergie que 

s'il présentait un 

Powerpoint annonçant le 

outsourcing de la compta, le 

groove monta d un 

cr an. La boule tournoyait, 

les aisselles s 'auréolaient , 

les yeux brillaient, 

les brushings s 'affaissaient 

et mon voisin ronflait. 



Khmers verts 

Ras V front de mer 

Difficile de ne pas être écolo alors que le niveau de la mer et le prix du gaz montent 
sans arrêt Mais restons vigilants. D'aucuns voudraient transformer notre combat légitime 
pour isoler les combles en fascisme olivâtre. Car il y a écolos et écolos. Les uns se battent 
pour des espaces verts de qualité où installer des piscines écocerri fiées, les autres, les 
intégristes, prétendent que l'homme est un mammifère qui a 98 % de son génome en 
commun avec le chimpanzé (oubliant au passage que les singes ne savent ni peindre la 
Chapelle Sixtine, ni fabriquer des missiles). Les écolo-responsables savent que Vhomo 
faber occidental est au centre du monde, maître et propriétaire de la Nature qui a été faite 
pour lui et qu'il améliore dès qu'il a deux minutes ; les Khmers verts insinuent que Vhomo 
sapiens n'est qu'une composante de la Création parmi d'autres et pas la plus évoluée si 



l'on en juge par les livres de Claude Allègre. Ce faisant, les green-nazis ravalent l'homme 
au rang des amibes et des aborigènes-. 

Pour l'écolo-raisonnable, le tri sélectif améliore le confort de l'unité d'habitation et 
crée des emplois non délocalisables ; pour le réac-verdâtre, il faudrait conserver tout ce 
qui n'a pas encore été détruit sur Terre : flore, faune, source d'eau potable (ce qui n'est 
pas sans évoquer les heures les plus sombres du wagnérisme). Les plus extrêmes 
souhaitent même carrément revenir en arrière et nettoyer tout ce qu'on a sali ! 

Enfin, alors que l'écolo-rationnel et démocrate croit en un Homme Raisonnable (qui a 
largement fait ses preuves) et au Progrès Perpétuel (les téléviseurs 3D arrivent !), le 
Khmer vert nous trouve vulgaires comme une Rolex, moches comme un quad, bêtes à 
manger des pesticides et méchants à tuer nos semblables. Et il voudrait qu'on l'aime ! Ce 
qui prouve bien qu'on a beau se croire issu de la Nature, on n'en est pas moins homme. 



El aussi pour loi, et pour toi là-bas au fond. 
2. 

Qui vivent nus et n'ont toujours pas inventé le téléphone ! 



Lip Dub 

Buzz-moi 

Destinés à démontrer la vitalité et la solidarité humaines régnant au sein des 
entreprises qui les tournent, les lip dub (doublages lippus) brillent surtout par l'air 
embarrassé et la bonne humeur surjouée de leurs protagonistes. \&guement conscients du 
ridicule de la situation, les acteurs amateurs savent qu'ils sont en train de rater leur 
playback, qu'on va les vanner sur YouTube et qu'ils vont se manger un poteau à force de 
marcher en regardant la caméra (un vrai lip dub se tourne en un seul plan-séquence). 

Cet incroyable succès a 
suscite' un débat de fond 
chez les communicants : 
pour obtenir une telle 
audience, faut-il faire 
semblant d'être atterrant 
ou sufilt-il de 1 être 
vraiment ? 



Le fameux clip des jeunes en polos, où des ministres de la République et des caciques 
de l'UMP s'échangent des T-shirts, miment la mer et articulent à contretemps des paroles 
cryptées de Luc Plamondon^, a offert une audience inespérée à ce qui devait rester un petit 
film tourné « pour faire plaisir aux jeunes glands qui collent nos affiches ». Cet incroyable 
succès a suscité un débat de fond chez les communicants : pour obtenir une telle audience, 
faut-il faire semblant d'être atterrant ou suffit-il de l'être vraiment ? 



Livre (Foire du) 

Un foie gros comme ça 

9 h 30, gare d'Austerlitz. Le train pour Brive attend les heureux élus qui participent, 
cette année encore, à la plus grande foire aux vanités et à la littérature de France. Comme 



ce sont les éditeurs qui payent tout (dans les 300 euros le voyage), ne sont invités que les 
auteurs présentables. Autant dire que j'ai ciré mes Adidas et peigné mes implants. En 
attendant le départ, nous nous occupons les mains devant le buffet du petit déjeuner 
installé sur le quai. 

- C'est pas André Rieu, là-bas ? 

- Mais non, c'est Gonzague Saint-Bris. 

Peu après 10 heures, le « train du cholestérol », comme le surnomme la profession 
depuis 15 ans avec un comique de répétition qui force l'admiration, s'ébranle dans un 
cliquetis de verres en Duralex et de couverts en inox tandis qu'une assiette de charcuterie 
atterrit sur les nappes blanches. Gonzague Saint-Bris demande à être dans le sens de la 
marche. 

\foilà qu'un académicien pétillant déboule, euphorique et bronzé. Le genre de vieux 
monsieur, fatigué de paraître, qui serre distraitement les mains de ses confrères et pose 
des questions aux nobodys dans mon genre. 

- Ah, c'est vous, n'est-ce pas ? \6us ne m'avez pas raté. J'ai beaucoup ri, mais je ne 
vous promets pas de me corriger. Vous avez déjà lu la correspondance entre Mgr de 
Boisgellin et Isabelle la Catholique... ? Ça vous plairait sûrement, c'est une arlequinade 
d'une drôlerie... 

Je fais tourner mon béret entre mes mains gourdes tout en cherchant dans mes fiches 
toutes prêtes un truc spirituel à répondre. Mais l'homme de lettres a déjà disparu et le 
déjeuner est servi. 

A onze heures, le convoi file incognito à travers une France tellement profonde qu'on 
se croirait dans une affiche électorale des années 70. Le bourgogne aidant, jusque-là tout 
va bien... 

Sur les plateformes entre wagons où les gros cigares sont sortis, ça balance pas mal : 
untel a raté sa rentrée (« Je lui avais pourtant dit de virer 300 pages de son pavé »), une 
autre s'est fait retirer. De la vente ? Non, du cou. Un éditeur s'enquiert auprès de Mylène 
Demongeot : « Alors, Fantômas, il est comment en vrai ? » Gonzague Saint-Bris est 
formel : il descend de Léonard de Vinci. 

Goncourables déçus, civets de canard, Renaudot trahis, pommes sarladaises, attachées 
de presse excédées, omelettes aux cèpes, caprices d'auteurs, fromages affinés, menaces de 
Pe-book, café renversé, à-valoir renégociés, vieille prune AOC... Tout se mélange dans 
un brouhaha et une torpeur à demi consciente d'elle-même. Gonzague Saint-Bris reprend 
du cabécou pour finir son pain. 

On débarque à Brive-la-Gaillarde, l'haleine chargée, le pas hésitant et les joues 
rouges. Même l'autrice ténébreuse à la mode qui vient de sortir un livre-cri sur son 
anorexie a la mine de Maïté aux sports d'hiver. 

Et c'est parti pour trois jours de dédicace non-stop. Habitué à moins signer que Mimi 
Mathy, j'ai apporté du courrier à faire et, comme j'ai la chance d'avoir un public très 
respectueux, personne ne me dérange (à part quelques vieilles dames aimables qui veulent 
savoir où signe Jacques Chirac). 

D'ailleurs, le voilà qui arrive dans une cohue digne d'un salon agricole à l'heure de 
l'apéro. On lui tend des enfants* on lui offre des livres, on l'encourage (« ne vous laissez 
pas emmerder ! »). Chaque pas est un but. Et réciproquement Dans son coin, Gonzague 
Saint-Bris cherche son nom dans le programme officiel. 



Le soir, après la poularde au foie gras, le foie gras poêlé au foie gras et le sorbet au 
foie gras, tout Saint-Germain-des-Prés se retrouve au Cardinal, petite boîte de nuit du 
centre ville, célèbre pour sa programmation musicale délicieusement provinciale. En 
l'absence de Christine Angot et Doc Gynéco, Beigbeder et Benchetrit assurent le spectacle 
de la première partie. Quant à l'after, il est proposé par un Germanopratin confirmé : « On 
baise à douze au ***, qui vient ? » 

Côté habitués, on rentre à Paris le dimanche matin sans attendre le « train du potage » 
du dimanche soir. « Y'a que les glands et les losers qui signent le dimanche. Tous les 
médias sont bouclés », assure une directrice de collection qui s'y connaît. 

Sur le stand des éditions Télémaque, Gonzague Saint-Bris recompte une nouvelle fois 
ses ouvrages. 



Low Cost 

Vol en bande organisée 

Xe "bus étant plein, 

vous voyagez d'ailleurs 

comme dans les Andes, vos 

bagages sur les genoux. 

I S oe prix-là ( 15 euros 

de navette pour rejoindre 

un vol presque donne;, 

personne ne proteste. 



Paris est désert et votre bar préféré fermé jusqu'au 31 août ? Pourquoi ne pas vous 
offrir un vrai espresso, stretto ma non troppo, à une terrasse romaine ? D'autant que le 
billet est en promo à 8,79 € sur ryanair.com. Au diable votre bilan carbone, vous 
demanderez un café équitable pour vous racheter. Un vendredi soir, au crépuscule, vous 
attendez donc la navette Ryanair qui doit vous emmener à l'aéroport international de 
Beauvais. 11 y a là des Italiens qui viennent de larguer leurs fiancées parisiennes (jolies 
mais trop compliquées), des Japonais en décompensation européenne et un groupe de 
musiciens péruviens en ponchos délavés... Le bus étant plein, vous voyagez d'ailleurs 
comme dans les Andes, vos bagages sur les genoax. À ce prix-là (15 euros de navette pour 
rejoindre un vol presque donné), personne ne proteste. En chemin, vous potassez la doc 
sur l'art mental de Carolyn Christov-Barkagiev car, pur coup de bol et alibi culturel en 



béton, elle fait justement une expo en ce moment à la villa Médicis. 

À l'aéroport, inutile de se presser pour réclamer un hublot, le placement est libre. 
Mjus laissez donc les Japonais débutants faire la queue tout en plongeant dans le chapitre 
décisif sur « la problématique esthétique de l'installation anti-éphémère dans l'art 
mental ». Soudain, des cris stridents interrompent votre sieste. A l'enregistrement, une 
hôtesse vient de grimper sur un tabouret : 

- Le vol de Roma Ciampino est cancelé car le avion n'est pas available right now, 
annonce-t-elle d'une voix où se devine l'habitude lasse. 

\fous laissez les étrangers se faire refouler docilement tout en révisant ce que vous 
avez appris par cœur dans le hors série de « Que Choisir ? » sur les droits du passager 
bafoué. Parvenu face à remployée Ryanair, vous vous enquérez, dans un anglais de 
chauffeur de taxi, de la solution prévue par la compagnie. 

- Il y avait 2 options, vous répond la fille dans un français de Bratislava. Un flight 
Beauvais-Milan dans une heure ou remboursement sous 15 jours du vol présent. 

- Et la navette à 15 euros, elle est remboursée ? Et le « cheap hôtel », réservé par 
Ryanair à Rome ? Et les heures passées à se farcir tout le catalogue sur l'art mental anti- 
éphémère de Carolyn Christov-Barkagiev ? 

Là, vous sentez que vous êtes dans un domaine (pas l'art mental, mais les vols 
annulés) où elle assure beaucoup plus que vous car elle dégaine aussitôt son arme de 
dispersion massive des emmerdeurs : un papier rose pâle. 

- Tout est expliqué là inclus, dans les conditions générales de vente que vous check 
quand vous ordonniez le billet électronique... 

C'était donc ça la petite croix des conditions particulières que vous avez cochée d'un 
coup de souris euphorique ! 

Une heure plus tard, vous patientez en écoutant Chante France dans la navette qui 
rentre à Paris. Entre deux chansons de Goldman, une voix de chauffeur épuisé vous 
informe que le bus ne partira que quand il sera plein. Sous la pâle lueur de votre veilleuse, 
vous essayez de vérifier si cela aussi fait partie des « conditions de vente ». 

Enfin, sous les étoiles scintillantes, l'autobus berce les têtes des dormeurs qui rentrent 
à Paris. L'un des Péruviens gratouille une mélodie mélancolique. Il est bientôt rejoint par 
une flûte de pan et un tambourin. Quand le gros moustachu de la bande dégaine son 
tambour, vous n'entendez plus Johnny à la radio et les Japonais tapent des mains. Mdus 
arrivez porte Maillot dans une ambiance « Los Revoltados » en concert. En attendant votre 
taxi, vous regardez les musiciens s'installer devant une bouche de métro fermée. Os 
patienteront sans doute jusqu'au matin avant de retrouver 3es couloirs de la ligne 12 à 
Montparnasse. Aux dernières nouvelles, ils y sont encore. 



Lu minothérapie 

Une grande lumière lumineuse 

En rentrant chez moi, j'ai trouvé un message du rédac'chef du magazine d'Umour et 
Bandessinées auquel je collabore : « Ouais, c'est Thierry, rappelle-moi, ce sera hyper 



chouette ! » Il avait l'air bien trop sympa pour que ça ne cache pas quelque chose. 
D'habitude, entre septembre et juin, il est morose et agressif. J'ai décidé d'aller voir sur 
place ce qu'il mijotait. J'ai mis une chemise propre au cas où il faudrait aller direct aux 
prud'hommes. Dans les couloirs, j'ai croisé la secrétaire de rédaction. Elle a eu l'air 
inexplicablement emmerdée. Elle m'a dit : « Thierry t'a appelé ? » J'ai pris l'air du type 
serein qui passait par là et qui était juste monté voir s'il avait du courrier et j'ai dit : « Je 
suis serein, je passais par là et je suis juste monté voir si j'avais du courrier. » Une ombre 
a traversé son front retendu. Elle a balbutié, en regardant ses ballerines Naf-Naf : « Je 
préfère te prévenir, il est... différent... en ce moment. » Troublé, j "ai pénétré dans la salle 
de bouclage. 

Et c'est là que j'ai vu la Lumière. 

Elle irradiait du bureau du rédac'chef. C'était comme une porte ouverte sur la 
quatrième dimension. Une lueur à peine soutenable en provenance directe de la Twilight 
Zone. Je n'ai pas résisté très longtemps à l'éclat surnaturel. J'ai fermé les yeux. Et j'ai 
entendu La Voix. 

- Ha, t'es là ? Cooi, c'est sensas, parce que c'est vraiment chouette ! Tu vas bien ? 
J'ai entrouvert les paupières et je l'ai vu devant moi : il avait la niaque 

communicative d'un balai Océdar, une mine splendide, une chemisette hawaïenne 
d'Antoine et des Fifty d'Afflelou à montures violettes. Il grignotait une carotte. Le 
rédac'chef. .. Lui qui, d'habitude, a le teint boueux et terne des pages jaunes du 77. 

- C'est quoi cet engin qui s'est posé dans ton bureau ? ai-je réussi à articuler en lui 
montrant la surface oblongue infiniment lumineuse. 

Il est parti d'un grand éclat de rire chevalin en me tendant une carotte. 

- Ça ? Mais c'est ma lampe de luminothérapie, vieux ! Tu sais, l'hiver on a tous des 
idées noires pas super sympa-cools. C'est à cause du manque de lumière. Les Danois, par 
exemple, qui sont dans le noir toute la sainte journée, ils se suicident collectivement. C'est 
pas trop fun ! 

- Tu y crois, toi, à la dépression traitée par la lumière ? ai-je demandé en jetant 
discrètement ma carotte. 

- Et comment ! Depuis que je passe mes journées à fixer la lumière, je me sens hyper 
reposé. Je fourmille de projets de nouvelle formule et j'en profite pour me débarrasser 
d'un tas de vieilleries et d'emmerdeurs qui encombrent ma vie. 

- À propos, tu m'as appelé tout à l'heure... 

- Ha, oui, ça me revient... Reprends une carotte, c'est des légères. Détends-toi, 
regarde attentivement la lumière et réponds sans réfléchir : est-ce que tu es syndiqué ? 



x 

« Et tant mieux si la terre est ronde. / Nous ne pourrons nous arrêter » 
2. 

D'après Jean-Louis Debré, il guérirait tes érythemes du nourrisson. 



M 



M édia planning 

« Entrer dans la lumière, comme un insecte fou... » (Patricia Kaas) 
La littérature n'est pas une marchandise. Mais les bouquins, un peu quand même. Les 
miens, en tout cas. Depuis que je ne fais plus le nègre littéraire pour ***i je passe une 
partie de ma vie en promo et l'autre à me recoiffer entre deux prises. Avant, pour le 
moindre passage à Radio Enghien, j'écrivais à tout mon carnet d'adresses. Aujourd'hui, je 
fais le blasé : « J'espère que tu ne m'as pas vu dimanche chez Drucker, j'étais hyper mal 
éclairé. » 

La littérature n'est pas 

une marchandise. 

Mais les bouquins, un 

peu quand même. 



La première (et dernière) fois où j'ai été invité d > honneur aux Grosses Têtes, j'avais 
fait la connerie de prendre un bétabloquant antistress juste avant de pénétrer dans le grand 
studio. Du coup, j'ai dormi un bon tiers de l'émission, répondant d'une voix pâteuse à 
Bouvard qui, heureusement, en a vu d'autres en matière de plat de nouilles refroidi. Coup 
de bol, c'était enregistré et, au final, on n'entend presque pas mes ronflements sous les 
rires rajoutés au montage. 

En revanche, la fois où j'ai été invité à France Culture dans Les Chemins de la 
connaissance, c'était en direct et je n'ai pas dormi du tout Ni d'ailleurs durant la semaine 
qui a précédé l'émission tellement j'avais le trac. Le thème était « Plagiat, pastiches, 
contrefaçons ». Au début, j'ai répondu en assurant comme un pro : nom, prénom, titre de 
l'ouvrage... Après, ça s'est corsé un peu : le rire chez Bergson, la transtextualité chez 
Genette, les avatars du sujet chez le pasticheur (articulation entre sujet, subjectivité et 
subjectivation)... Mais finalement Raphaël Enthoven, très pull over, très beau, a été super 
sympa. Non seulement il ne m'a pas humilié, mais il m'a même écrit un mail après 
rémission pour me dire qu'il me réinvitera s'ils ont besoin, un jour, d'un type qui cherche 
ses mois. 

La première fois où j'ai fait Ruquier à la télé, c'était aussi en direct et mon éditeur 



m'a fait boire un whisky avant l'émission. J'avais mis ma veste la plus chère et j'ai été 
excellent. Mais je me suis quand même pris une tarte à la crème dans la gueule à la fin de 
l'émission. Je tiens toujours les notes de pressing à la disposition de la production. 

J'ai aussi eu droit à PPDA. 11 était tellement fou d'enthousiasme pour le bouquin qu'il 
m'a mis au pluriel : « un ouvrage formidable de Pascal Fioretti ». Moi, je m'en foutais. Je 
savais que c'était de moi qu'il parlait. Mais ma mère lui a écrit pour se plaindre. Malgré 
tout, je dois dire que j'ai été brillantissime aux côtés d'un Jean-François Khan qui m'a 
laissé placer au moins deux phrases. Hélas, ça a été viré au montage. Ils n'ont gardé que 
les moments pathétiques où j'ai l'air de vouloir lui couper la parole en bégayant... Mais 
l'un dans l'autre, ma concierge m'a quand même reconnu 

Depuis, il y en a eu plein d'autres des médias : des suisses, des régionaux, des belges 
de la RTBF, des canadiens qui ne comprennent pas tout... 

Et puis, ce fut mon « Jour J » sur M6. Là, je ne vendais pas un bouquin, mais j'étais 
carrément la star. L'idée de l'émission, c'était de me faire raconter comment j'avais dit à 
Renaud, très déprimé : « Tu n'auras ton prochain Ricard que si tu m'écris une chanson ». 
Dix minutes plus tard, il avait écrit Petit Pédé et, dans la foulée, l'album Boucan d'enfer 
(quadruple disque de platine chromé). La journaliste de M6 m'a invité à la Closerie des 
Lilas et j'y suis allé gentiment en me disant que ça allait optimiser ma surface médiatique 
sur les 12-15 ans en after-school, before dinner (ça passe à 17 heures). Le jour de la 
diffusion, Laurent Boyer a lancé le reportage : « Nous allons maintenant rencontrer 
l'inconnu qui a sorti Renaud de son alcoolisme et de sa dépression. Cet anonyme a 
accepté pour la première fois de témoigner à visage découvert. . . » 

Effet magique de la télé, le lendemain une alerte Google m'informait que j'étais en 
photo dans le blog de Mélusine44 sur blogspot. Légende de L'image : « Uhomosexuel qui 
a fait replonger Renaud dans ï 'alcool. » J'ai compris ce jour-là que la route vers la 
Lumière sera longue. 



Métromouton 

To buy, I bought, bought 

Même à l'heure de pointe dans le métro, un jour de service minimum, on repère 
facilement le métromouton grâce au tas de magazines qui dépassent de sa besace. Chacun 
de ces guides pour « urbain actif », rédigé par des reniÛeurs de tendances (et d'autres 
choses à l'occasion) est bourré à ras la maquette de bons plans shopping fooding, moding, 
voyaging, draguing. . . 

Dès qu'un de ces « mags » de zur bains nomades annonce l'ouverture de la nouvelle 
adresse Colette, le métromouton va aussitôt faire la queue sur le trottoir devant la 
boutique. Les files d'attente attirant d'autres ovins des villes qui broutaient par là, 
l'attroupement devant le concept store finit par se voir et le buzz enfle sur Twitter, ce qui 
confirme au métromouton qu'il est en train de vivre un truc fort. 

A part faire la queue, le métromouton adore aussi les infos confidentielles. Dans sa 



rame, il sait avant tout le monde que le nouvel iPad existera en gris perle et ne rate jamais 
le must du jour (ce qui lui permet de réviser quotidiennement ses verbes irréguliers) : 
must buy, must drink, must go, must think, must say... Pour voir de près des troupeaux 
entiers de métromoutons, il suffit de récupérer l'adresse du dernier Heu recommandé. 
L'endroit, qui sera désert et oublié dans 3 mois, déborde de clients persuadés d'avoir 
déniché L'Adresse uîtrasecrète. À l'intérieur, dans la pénombre éclairée à la bougie de 
table, tout le monde se dévisage en se demandant à quelle heure arrive Beigbeder=. 



Dès qu'un de ces "mags de 
zurbains nomades annonce 
l'ouverture de la nouvelle 
adresse Colette, le 
métromouton va aussitôt 
faire la queue sur le 
trottoir devant la boutique - 
Les iUes d'attente attirant 
d'autres ovins des villes 
oui broutaient par la, 
/attroupement devant le 
concept store ilnit par se 

voir et le buzz enfle 

surTwitter, ce qui 0***- 

au me'tromouton qu il est 

en train de vivre un truc 

fort. 



Métrosexuel 

Ne le laisse pas tomber, il est si fragile 

Le métrosexuel est un gars des villes, comme vous et moi, mais avec un sac à main. 
Tordons d'abord le cou à un mal-entendu : le métrosexuel n'a rien d'une honteuse. Hétéro 



confirmé, bi à l'occasion, il préfère coucher avec des femmes (à qui il peut emprunter leur 
blush) plutôt que d'aller au sauna ou à la biennale des antiquaires entre copains (même 
TBM). A la rigueur, il pourra accepter une séance de photos à poil, mais uniquement si 
c'est pour un calendrier en noir et blanc et si le lissage de peau matifiant est offert par la 
prod. 

Exact contraire du VRP fripé qui a des points noirs sur le nez, des poils dans les 
oreilles et une paire de chaussettes en nylon pour la semaine, le métrosexuel possède un 
vanity-case qui n'a rien à envier à celui qu'aurait Miss France si celle-ci était un 
homme 3 : gel de rasage au placenta, shampoing à l'ADN de cheval, gel douche aux 
phéromones de Brad Pitt, sans oublier quelques alicaments pour la route : ampoules de 
cranberry (anti-radicaux libres), yaourts aux probiotiques, pizza slim aux fibres et bière 
ultralight. Grâce à tout ça, le métro ne sent jamais l'Axe pour homme mais il embaume le 
jus de framboise fraîchement pressé. Pas étonnant que les enfants aient envie de le 
croquer, les femmes de le lécher et les guêpes de le piquer. 



On évitera soigneusement 

de faire du shopping avec un 

copain métrosexuel car 

c'est encore plus long et 

pénible qu'avec une copine 

dépressive pendant les 

soldes. 



On évitera soigneusement de faire du shopping avec un copain métrosexuel car c'est 
encore plus long et pénible qu'avec une copine dépressive pendant les soldes. Inutile 
d'espérer une virée rapide à La Halle aux Fringues, le métro ne fréquente que les concepts 
stores recommandés par GQ ou L'Optimum à la recherche de fringues et d'accessoires 
(brillant à narine et bracelets de cheville) qui feront la différence au bureau et sous les 
douches du Fitness Club. 

Car le métro prend soin de son corps. Pas question de laisser fondre ses tablettes de 
chocolat toujours impeccablement épilées, ni de ronger ses ongles soigneusement 
manucures. Refusez catégoriquement de l'accompagner à sa salle de gym sous peine de 
vous faire humilier par une troupe de types ultramotivés, gaulés comme Beckham et 
Michalak réunis et extra plats du bide. Personnellement, c'est depuis une expérience de ce 
genre que je ne mets plus que des maillots de bain une pièce. 

Ce qui nous venge, nous les hommes dégarnis qui transpirons des bourrelets, c'est que 
le métrosexuel a généralement une vie affective du genre foireuse. Ses copines devenant 



vite jalouses de l'amour qu'il se porte à lui-même, il doit souvent se contenter du air love 
(équivalent libidinal de la air guitare). Du coup, il a beau s'être fait remonter les gonades 
par un chirurgien spécialisé, il a l'air vraiment con, tout seul devant son porno du samedi. 
Même en slip Dolce & Gabbana. 



1- 

Tu féliciteras mon remplaçant, ton dernier bouquin était très drôle. 

2 

Finalement, il n'est pas venu et il n'y avait aucun VIP à part Miss Dominique et moi. 

a 

Ce que la très sexiste Geneviève de Fonte nay a toujours refusé. 



N 



Néo-rnoderne 



Vivement hier ! 

Villes nouvelles, nouveau roman, nouvelle droite, nouveaux philosophes, nouvelle 
cuisine, nouvelle Twingo... il suffit d'être né au xx e siècle pour savoir ce que devient la 
modernité : du vieux qui craint 

Distraie par les nouvelles applis de son iPhone, le néo-moderne n'est pas au courant et 
il continue de se précipiter avec gourmandise sur tout ce qui ressemble à de la nouveauté. 
C'est pour lui que les yaourts sont toujours plus onctueux, les écrans plus plats, les débits 
plus hauts et les heures plus supplémentaires... 

Devant les désastres nés de la modernité d'hier, faut-il en vouloir au néo-moderne de 
croire encore et toujours au Progrès ? Faut-il le jeter avec l'eau du bain aux nitrates ? Lui 
faire bouffer les surplus agricoles ? L'envoyer dans le tiers et le quart monde constater les 
dégâts collatéraux de la croissance du PIB ? 

Après tout, est-ce sa faute si La Poste SA achemine moins vite le courrier que les 
PTT ? Si Google peine encore à remplacer un prof sur deux qui part à la retraite ? Si les 
abeilles sont folles et les algues vertes ? 

Incorrigible optimiste, le néo-moderne a la patate transgénique au beau fixe. Il veut 
que ça croisse, que ça multiplie et qu'on arrive encore plus vite dans ce futur où tout Ira 
de mieux en mieux. A-t-il vraiment raison d'avoir confiance en l'avenir ? C'est le passé 
qui le dira. 



Sans lire "Vogue Homme" 
toutes les semaines, on a 
évidemment déjà entendu 
parler du "créateur" (on 
ne dit plus couturxer, ça 
lait mec qui coud). On 
sait qu'il ne faut pas 
s'attendre à une soirée 
"soldissimo chez Pantashop 
et que, si l'on craque sur 
une paire de chaussettes, 
on ne pourra la payer qu ci 
trois mensualités. 



Noir comme couleur 

Black is black 

Carton manuscrit et numéroté de 1 à 270. Le texte (noir sur noir façon Malevitch 
repeint par Soulages) prévient : 

« Nouvelle collection After Dark. 
M. G± réinvente te noir » 

Sans lire Vogue Homme toutes les semaines, on a évidemment déjà entendu parler du 
« créateur » (on ne dit plus couturier, ça fait mec qui coud). On sait qu'il ne faut pas 
s'attendre à une soirée « soldissimo chez Pantashop » et que, si l'on craque sur une paire 
de chaussettes, on ne pourra la payer qu'en trois mensualités. On décide d'y aller quand 
même pour voir si ce ne serait pas le genre d'endroit où Obispo déniche ses futals en cuir, 
ceux qui couinent quand il s'assoit. Évidemment, on s'habille en conséquence. Comme on 
n'a pas les moyens de porter du Galliano, on adopte le look Bohringer rentrant du 
Franprix de la rue du Cherche-Midi. Pour « l'hair eut » (on ne dit plus coiffure, ça fait 
coiffeur), on déstructure ce qui reste de cheveux au gel effet carton. 

Devant le concept shop (on ne dit plus boutique, ça fait épicier), un tas de gens 
attendent à même le trottoir, impatients de découvrir ce que M, G nous a inventé comme 



noir cette année. Même Mlle Agnès, la chroniqueuse fashion (on ne dit plus mode y ça fait 
démodé), fait la queue comme tout le monde. À l'entrée, un type sorti de Matrix vérifie les 
flyers (on ne dit plus carton, ça fait filtre à chichons). Un autre distribue des lunettes : 
verres épais, œillères sur les côtés. À première vue, il s'agit d'une monture pour soudeur 
qui escalade un glacier avec le soleil dans les yeux. On commande un whisky à ï'open bar 
(on ne dit plus buffet, ça fait vin d'honneur à la mairie), on vide quelques verrines au 
saumon et on décide de jeter un coup d'œil au showroom (on ne dit plus sa//e d'expo, ça 
fait médiathèque de Créteil) à l'entrée duquel une inscription en néons avertit : « Mettez 
vos lunettes ». On pousse le rideau et on est aveuglé par une insoutenable lumière. Une 
douzaine de projecteurs, dans les 40 000 watts chacun, éclairent à blanc des vitrines où 
pendent des vestes, des chemises et des accessoires, tous indubitablement noirs. Surpris 
par la violente lueur, on fait un saut en arrière, atterrissant sur les Louboutin de 
Mlle Agnès qui émet un cri d'extase. On chausse à tâtons ses lunettes de soudure et on 
découvre le pîtch (on ne dit plus le topo, ça fait Raffarin) dans le dossier de presse : 
« M, G met le noir en lumière. » Avec un sens de l'à-propos incroyable, on pense à 
Henry Ford qui écrivit un jour : « Les gens peuvent avoir la Ford T dans n'importe 
quelle couleur À condition qu'elle soit noire. » Avant de sortir, on laisse un mot dans le 
livre d'or : « M. G, vieille tique suceuse, tu m'as tout pompé. » On signe Karl Lagerfeld 
en espérant qu'ils vont le mettre en liste noire. 



Nouveau philosophe (ancien) 

Dessine-moi un Dasein 

Depuis le temps qu'on prédit sa disparition sous prétexte qu'il fait hurler de rire les 
intellectuels étrangers jaloux, l'ancien nouveau philosophe est toujours là : à la télé, en 
librairie, dans les journaux, chez Cauet et chez DenisoL Certes, depuis ses années de 
rébellion, il a troqué sa passion des vertus et sa mèche à la Jankélévitch pour un poste à 
responsabilités et un début d'embonpoint rassurant. Mais cela ne l'empêche pas, dès qu'il 
y a une guerre dans le Golfe ou en banlieue, d'éclabousser encore les grands débats 
nationaux d'une de ces gerbes de mots dont il a le secret, voire le monopole. Jadis néo- 
libertaire, aujourd'hui néo-libéral, l'ancien nouveau philosophe n'impose rien à part sa 
présence médiatique dont il n'use que pour nous dire le vrai et faire le beau. Libres à 
nous, ensuite, de choisir ce qui est laid, mal et faux. Mais on ne pourra plus dire qu'on ne 
savait pas. 



jadis néo-libertaire, 
aujourd'hui néo-liberal, 

l'ancien nouveau 
philosophe n'impose rien 

à part sa présence 

médiatique dont il n use 

oue pour nous dire le vrai 

et faire le beau. 



Depuis le temps qu'il nous fréquente, nous l'opinion publique, l'ancien nouveau 
philosophe l'a expérimenté dans sa chair : livrées à elles-mêmes, les masses pensent 
n'importe comment et votent n'importe quoi. D'où la nécessité de confier la pensée à un 
vrai professionnel comme lui. Car, tel un phare dans la nuit globale, lui seul peut nous 
aider, avec ses bouquins, à comprendre la pensée de ses grands frères (Althusser, Kant, 
Botul...) qui l'ont précédé sur les chemins escarpés des cimes de la pensée universelle. 

Évidemment, certains esprits chagrins reprochent à l'ancien nouveau philosophe ses 
délires du passé et son insistance à se tromper d'erreur. Comme si la Vérité (à l'instar du 
téléphone ou des brosses à dents) ne devait pas être l'objet de perfectionnements 
perpétuels. Deleuze n'a-t-il pas écrit, ou à peu près, que les choses peuvent être autres tout 
en restant les mêmes ? Alors pourquoi l'ancien nouveau philosophe devrait-il camper sur 
de vieilles convictions (qui étaient des erreurs, mais y en avait-il d'autres possibles à 
l'époque ?) au lieu d'en changer pour de plus modernes ? Dans un monde qui bouge sans 
cesse, faut-il avoir raison aujourd'hui et tort demain ou le contraire ? 

D'autres ennemis de la Pensée se gaussent sous prétexte que les prédictions de 
l'ancien nouveau philosophe ont toujours été démenties par des faits aussi têtus que 
stupides. Il faut vraiment être bien mesquin pour reprocher à l'ancien nouveau philosophe 
d'être tellement en avance sur son temps que rien de ce qu'il a prévu ne s'est encore 
produit. . . 

On le voit, à des années-lumière du philosophe inactuel, mal peigné et grincheux qui 
vit dans la certitude de la mort et du néant définitif, l'ancien nouveau philosophe sait que 
l'urgence n'est en rien au débat stérile mais bien à l'écriture d'un nouveau livre. Avant 
qu'il ne soit trop tard pour le RenaudoL 



Nuit (night) 

La nuit appartient à ceux qui ne se couchent pas 



Quoi qu'en disent les créative people exilés à Berlin ou à Barcelone, la nuit 
parisienne n'est pas aussi sinistre qu'elle en a l'air. 11 suffit de respecter quelques règles 
de base. 

Classer ses flyers en trois tas : 

- les soirées où l'on veut aller (le show case privé de Bruce Springsteen) ; 

- les soirées où il faut aller (le lancement du nouveau Motorola avec distribution de 
téléphones) ; 

- l'anniversaire de Massimo Gargia. 

Autre règle d'or : ne jamais arriver à l'ouverture sous peine de jouer les boucheurs de 
trous sur les banquettes. Avant 1 heure, on dîne ou on est sur le plateau de Ce soir (ou 
jamais !). Une fois admis par les physios, ne pas stationner à l'entrée du carré VIP avec 
ses chaussures neuves, son brushing encore tiède et sa flûte de Champagne lumineuse entre 
les mains. 

Enfin, et surtout, connaître les lieux qui comptent : 

- Le Baron (6, avenue Marceau) : 7 places assises, réservées aux VIP. Le reste est 
concédé au tout-venant encore éberlué d'avoir été admis et de devoir poireauter 5 heures 
debout au bar pour une vodka à 30 euros ; 

- Le Montana (28, rue Saint-Benoît) : caves pleines de Germanopratins qui ne se 
quittent jamais, se jalousent à mort et se détestent en souriant. Ambiance musicale cool, 
très post-cure (de sevrage) ; 

- L'Arc (12, rue de Près bourg) : hôtel nouveau riche retapé façon Las Vegas pour 
faire new-yorkais. Restau genre croisière Costa, princesses russes de téléréalité, hommes 
d'affaires blingy (avec seaux à Champagne) et DJ forain ; 

- Le Mathis (3, rue de Ponthieu) : club boudoir salon bureau restau où l'on cause tout 
bas de ses projets pour la grille de rentrée (les prix des plats tiennent compte du fait que 
tout le monde est en note de frais) ; 

- Castel (15, rue Princesse) : ambiance copains à dentiers d'Eddy, écrivains mal 
peignés, starlettes de droite, rugbymen bourrés et membres avec cartes. Musique Radio 
Nostalgie. 

Quand on a bien assimilé ces quelques conseils, on découvre que la Parisnighdife^ 
n'est pas aussi artificielle, tête à claques et marketée qu'elle en a l'air. Alors, pourquoi ne 
pas sacrifier, de temps en temps, une soirée sympa entre amis pour soutenir l'un des rois 
de la nuit ? Si tout le monde fait semblant de s'amuser, Paris sera toujours une fête. 



Si tout le monde fait 

semblant de s'amuser. Pans 

sera toujours une fête. 



Nuit des étoiles filantes 

Passe-moi l'ciel 

Chaque été, Bénédicte et Sébastien invitent des amis à passer la nuit des étoiles 
niantes sur la terrasse de leur grande maison familiale en Ardèche. Après deux ou trois 
essais infructueux pour décoder la nuit étoilée à l'aide du disque en carton offert par 
l'hebdo culturel exigeant auquel ils sont abonnés, place est faite à la pure méditation dans 
le silence assourdissant de l'obscure clarté. Bénédicte sert une infusion équitable de chez 
Marjolaine, Sébastien débouche un armagnac de chez hors d'âge, Edouard roule un joint 
de chez Barbes. Dans la nuit d'été, la Voie lactée scintille et Paris Plage semble bien loin. 
Une quiétude émerveillée se répand dans les âmes et l'on n'entend plus que la balancelle 
qui grince, le tilleul qui bruit et Edouard qui tousse. C'est alors que Bénédicte laisse 
tomber ses espadrilles, replie ses jambes sous sa robe mauve en éponge-coton bïo et dit, 
comme en un songe éveillé, en fixant l'étoile Polaire : 

- Quand je vois Alpha du Centaure, je réalise qu'on est minuscules à l'échelle de 
l'univers... 

- Où t'as vu Alpha du Centaure, ma chérie ? demande pensivement Sébastien en 
vérifiant la carte du ciel en carton à la lueur d'un photophore à la citronnelle. 

Bénédicte reste silencieuse un instant puis remonte son chignon à l'aide d'une cuillère 
en bois et lâche d*une voix profonde : 

- Peu importe où je l'ai vue Séb, l'essentiel est qu'elle brille quelque part. Essaie de 
regarder avec autre chose que tes yeux de cadre sup, pour une fois. .. 

- Moi je la vois ! affirme Edouard d'une voix pâteuse. Là, à gauche de la Grande 
Ourse... 

- Ha non, ça, c'est Cassiopée, ramenè-je ma fraise. 

- Dans le désert, si tu as soif, le nom de l'eau n'a pas d'importance, rappelle 
Bénédicte qui vient de finir le dernier Christine Orban. 

- À propos, je vous ai raconté ma panne d'essence à scooter... ? demande Edouard en 
ricanant 

- Je- ne vois pas le rapport avec le désert, remarque Sébastien en se resservant 
discrètement un armagnac. 

- Ben si, parce que ça m'est arrivé dans une banlieue déserte... persiste Edouard. 

- Oh ! Là ! Une comète ! l' interrompt Bénédicte. 

- Tu crois pas que c'est plutôt un avion qui clignote, ma chérie ? demande Séb. 

- T'es lourd des fois, Séb ! soupire Bénédicte. Regarde un peu ce ciel... ça ne te fait 
pas poser de questions ? 

Je me mets moi aussi à scruter le ciel, à la recherche de questions à me poser. La 
première qui me vient à l'esprit est : « On va quand même pas rester toute la nuit sur cette 
terrasse à se faire bouffer par les moustiques en regardant passer les avions ? », mais je 
me retiens de la confier à mes amis, plongés dans la contemplation. 



- J'ai envie d'essayer le désert, dit Bénédicte comme si elle s'adressait à elle-même. 
11 paraît que ciel y est incroyable. J'ai une copine qui est partie avec Terre d'Av\ elle a 
perdu 12 kilos... 

- On devrait tous partir au désert de temps en temps pour se débarrasser du superflu, 
confirme Séb pour se racheter. Au lieu de ça, on passe nos vies de cons à ménager la 
chèvre et le chou... 

- Tant qu'à faire, si j'étais dans le désert, entre la chèvre et le chou, je me ferais la 
chèvre pendant que toi, tu te prendrais Le chou ! s'esclaffe Edouard. 



Après deux ou trois essais 
infructueux pour décoder 

• x. '+»iiop h 1 aide au 
la nuit etoilee a i, **• 

disque en carton oiiert 

par l'hebdo culturel 
exigeant auquel ils sont^ 
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la pure méditation dans 
le silence assourdissant de 
l'obscure clarté. B/nedrcte 
sert une infusion équitable 
de chez Marjolaine, 
Sebastien de'bouche ufl 
armagnac de chez hors _d âge , 
Edouard roule un joint de 
chez Barbes. 



- Là, une étoile filante ! m'exclamè-je en indiquant du doigt un corps céleste qui file, 
tous feux clignotants, vers une destination lointaine. 

- Vite ! Un vœu !, propose Edouard. 

S'il a fait le vœu d'être invité à la prochaine nuit des étoiles filantes, ça m' étonnerait 
qu'il soit exaucé. 



1 

Je ne suis pas fou, fa) changé son nom. Je liens à être ré invité aux soldes privés. 
2. 

Comme le prouve le site www.parisnightlife.fr . 



o 



Omégas 3 



Le bon gras sympa 

Nausées, fatigue, ongles cassants, foie en plomb, jambes en coton, prurit, émouvité, 
digestion bloquée, angoisse de castration, apnée du sommeil, doutes, perte des clés, 
solitude, sensibilité au chaud et froid, léthargie, règles surprises, calvitie foudroyante, 
résistance au changement, étourdissements, stupeur et tremblements, reflux gastriques, 
angines rouges et blanches, forclusion du père, hémorroïdes, cheveux fourchus, pneu 
crevé, désirs d'avenir, articulations douloureuses, irritabilité dans les transports, pieds en 
compote, lapsus, intolérance au soleil, pellicules, problèmes de robinets, bouche pâteuse, 
insomnies, desquamation du derme, maux de tête, manque de concentration, psoriasis 
chronique, sécheresse de cœur, insuffisance générale.. . 

Et si c'était dû à une carence en omégas 3 ? 



Nausées, fatigue, 

ongles cassants, foie 

en plomb, jambes en coton, 

prurit, émotivite, 

digestion bloquée... 

Et si c'était dû a une 

carence en omégas 3 • 



Paris Plage 

Sous les Parisiens, la plage 

Chaque été, narguant les hauts-revenus partis s'ennuyer à la mer ou à la montagne, 
Paris Plage reprend ses quartiers sur les quais de la Seine. Quoi de plus sympa qu'un petit 
plongeon en plein Paris, à deux pas de Notre-Dame ? Car contrairement aux idées reçues, 
il est possible de se baigner à Paris-Plage. Il suffit de se frayer un chemin à l'espace 
baignade entre les gamins venus faire pipi dans l'eau, les Enfants de Don Quichotte passés 
faire une vaisselle et les employées du tertiaire au bout du rouleau venues se noyer. 

Les allergiques au chlore pourront toujours faire une balade à l'espace développement 
durable sous les parasols des sponsors : Monoprix, FNAC, Lafarge, EDF, Orange... tous 
rigoureusement éco-responsables, approuvés Grenelle, Ushuaia compatibles et ADEME 
friendly. Même les animateurs du stand Bilan Carbone sont d'anciens commerciaux Veolia 
recyclés. 

À l'espace solarium, les transats en libre service offrent à des débutantes en quête de 
producteurs de télé-réalité, l'occasion de valoriser leurs implants mammaires. Ambiance 
torride également dans l'espace Homolulu, enclave discrète de convivialité extrême où les 
pompiers du King sauna, les antiquaires de Chatou et les bûcherons du Kong viennent 
échanger des flyers en attendant le départ, mi-août, de la croisière souvenir Pascal Sevran. 

Assis à une table de la buvette, habilement dissimulé par un bob et des lunettes noires, 
Guy Carlier note dans son carnet : « Traqués par la Police de l'Identité nationale, Maalik 
et ses collègues ont fui leur hôtel insalubre pour prendre un peu le soleil. Bien cachés au 
milieu de tous ces gens en shorts venus bavarder, lire Voici, réviser Engels, partager un 
pique-nique, se bécoter ou flemmarder entre deux averses, ils oublient un peu la plonge de 
l'arrière cuisine où ils triment illégalement Avec un regard compatissant pour les palmiers 
anémiques dans leurs bacs en bois, ils pensent au pays... » 



les allergiques au chlore 
pourront toujours faire 
une balade à 1 espace 
développement durable sous 
les parasols des sponsors : 
Monoprix, FNAC, Laiarge , 
EDF, Orange tous 
rigoureusement 
e'co-responsables, approuves 
Grenelle, Ushuaia 
compatibles et ADEEE 
friendly. Même les 
animateurs du stand Bilan 
Carbone sont d anciens 
commerciaux^ Veolia 
recycles. 






Participatif (Débat citoyen et) 

Les hauts débats 

SMS de confirmation, envoi du carton sous pli discret et tout le toutim sécurisé. Le 
débat a lieu au Bataclan et s'intitule sobrement : « Les intellectuels et la République ». Ça 
sent le gros Cy la synthèse laborieuse et le sandwich au pâté tartiné par les jeunes 
socialistes au bar du fond. 

À la tribune, entre les ex-ministres et les figures emblématiques de la société civile, 
on a intercalé des vrais gens venus en métro qui lisent des témoignages, des 
anthropologues en tweed qui parlent sans notes et des femmes philosophes à fleur de peau 

Au bout de 30 minutes, Philippe Torreton s'enflamme comme Jaurès et il commence à 
faire trop chaud. Après une heure et une intervention hors sujet du Collectif des crèches 
parentales, on a mal au séant. Au bout de deux heures, on scrute l'obscurité en se 
demandant si on a prévu des issues de secours dans la ségosphère et si participatif, ça 



veut dire qu'il suffit de régler sa participation pour sortir. 



Pétasses 

Loana et ses sœurs 

Elles ont la grâce féline de panthères fraîchement brushées chez Jean-Louis David et 
les yeux un peu tristes que laissent les enfances pas si faciles. Chacune porte un T-shirt 
bien rempli où s'étalent leurs prénoms en lettres à paillettes : Cynthia et Aurélie. D'un 
regard circulaire, elles scrutent la pénombre de la grande brasserie. C'est l'heure creuse 
où les écrivains font la sieste et où les journalistes donnent leurs rendez-vous. Déçues, 
elles repèrent mon dictaphone et s'assoient à la table à côté de la mienne au cas où 
Guillaume Canet viendrait se faire interviewer. Un nuage parfumé de prolongateur de 
bronzage nous enveloppe lentement. 

- T'as vu ? On est à la table de Jean-Paul Sastre, remarque Aurélie en désignant d'un 
ongle violet la petite plaque de cuivre vissée sur leur table. 

- L'autre fois, on était à celle de Jean-Edern Machin, répond Cynthia absorbée dans 
l'écriture d'un SMS. 

- Sastre, c'était bien le mari de Françoise Giroud ? s'informe Aurélie. 

- Pourquoi y mettent que des vieux sur ces tables ? Christophe Mahé, il est toujours 
fourré là, et ben, je suis sûre qu'il a même pas de table à son nom... 

Cynthia ne répond pas. Elle vient de repérer un chanteur à crinière blanche, craquelé 
de bronzage. 

- T'as vu qui vient d'arriver ? Il était à On n'est pas couché, y a deux semaines, 
chuchote Aurélie. J'étais juste derrière lui dans le public. J'avais mon petit haut flashy, on 
ne voyait que moi. 

- Moi, j'y vais plus. Six heures d'enregistrement, à la fin, t'es défigurée de chaleur. 

- Et là, t'as des projets ? 

- La meuf de Pôle-Emploi m'a proposé un stage d'aide-puéricultrice, mais j'ai 
démarré des cours de comédie : diction et démarche. On a un coach topissime, çui qu'a 
fait les « chorés » dans un, dos, très et Mozart. 

- Guillermo ? Y paraît qu'il est pédé... 

- Comme tous les grands artistes. Regarde Michou ou Jean-Marie Bigard... Et toi, tu 
fais quoi cette saison ? 

- J'aide mon père à l'onglerie mais j'ai un casting pour un appel à témoins de Jour 
après jour sur l'obésité. 

- Mais, tu n'es pas obèse ! 

- J'ai envoyé une photo de ma sœur. Si ça marche, je grossirai comme De Niro. De 
toute façon, faut envoyer 10 CV pour une seule réponse alors . . . 



Peur 

« C'est moi, n 'ayez pas peur » (Jésus-Christ) 

Je ne sais pas vous, mais moi j'ai peur de tout. 

Du cholestérol, des cambrioleurs, de vieillir, des accidents vasculaires cérébraux et 
de la route, des bandes de jeunes qui font du bruit, des nanotechnologies, des mégas 
corporations, d'Alzheimer, de rater mon train et ma vie, de l'artériosclérose 1 , de la 
montée des océans et des extrêmes, du dentiste, de la dévaluation du yuan, de la perte des 
valeurs et des repères, de la disparition de mes parents et de mes cheveux, du cancer, de 
la fin de l'amour, de la mort, de la souffrance, de ne pas trouver de chute rigolote. 



Pharmacien 

Apothicaire 

La pharmacie est cet « espace de santé irremplaçable » où l'on trouve des comprimés 
mentholés, des anticonceptionnels et des patches à la nicotine (à ne pas confondre avec le 
bureau de tabac où Ton vend des Mentos, des capotes et des Lucky Strike). Ma pharmacie 
vend aussi du Zan, du shampoing, des bas, des peignes, des gants de crin, du sucre allégé, 
de l'eau minérale, du fard à paupières, du parfum, de la poudre... Mais comme on n'est 
pas dans une vulgaire parfumerie, le gloss effet diamond est hypoallergénique et le 
déodorant a été testé par l'Association française des dermatologues jouant au tennis. 

Autres signes distinctifs, le pharmacien est le seul commerçant de la rue piétonne à 
porter une blouse blanche ouverte sur un polo Lacoste rentré dans le pantalon. Il est aussi 
le seul à pouvoir vendre les brosses à dents recommandées par la très influente 
Association française pour la santé bucco-dentaire qui bosse depuis des années sur la 
couleur et l'orientation des poils de brosse. 

Quand c'est lui qui tient la caisse, le pharmacien n'hésite jamais à prodiguer un ultime 
conseil personnalisé. 

- Il vous a prescrit ça pour quoi, votre généraliste ? 

- Sinusite... 

- \bus avez essayé le nettoie-narines approuvé par l'Association française pour la 
sécurité de la cavité nasale ? il est en promo en ce moment. 

- J'en ai une cartouche à la maison. 

- Et de T Audispray, pour les oreilles. On l'a en pack-éco. 

- Mon médecin me l'a déconseillé... 

- Alors, prenez le kit H1N1 : masque approuvé par l'Association française des 
pneumologues, solution hydro-alcoolique, tamiflu goût orange, vitamine C à croquer et 
mouchoirs à l'huile essentielle de romarin. C'est remboursé par les mutuelles. 

- Vous pensez que j 'ai la grippe ? 

- Non, mais en tant que partenaire de santé irremplaçable, je fais de la prévention. Je 
peux vous en mettre un de coté, mais dépêchez-vous de trouver une ordonnance, la promo 
s'arrête lundi. 



- Et une solution pour inhalation, s'il vous plaît 

- Écoutez, y a pas marqué herboristerie ici. J'ai des vrais malades qui attendent. 
Quand on y réfléchît, plus on fréquente les pharmacies, plus on est malade. À moins 

que ce ne soit l'inverse. En tout cas, y a pas de hasard. 

Ia pharmacie est cet "espace 

de saute' irremplaçable 

où l'on trouve des 

comprimés mentholés, des 

anticonceptionnels et des 

patches à la nicotine 

(à ne pas confondre avec le 

bureau 'de tabac où l'j> vend 

d es Mentos, des capotes et 

des lucky StrxkeJ. 



Poorgeois 

New loques 

Avec le même budget qu'un Libanais de Passy sur les Champs ou qu'un Tapie pendant 
les soldes à Dubaï, le poorgeois réussit l'exploit de donner l'impression qu'il sort de chez 
Emmaùs : chemise à carreaux boulochée, pantalons toiles coupe 5 e DB, T-shirt déchiré, 
blouson en skaï trop court. .. (auxquels la poorgeoise adjoindra quelques accessoires : sac 
avachi, chiffon noué dans les cheveux, bermuda taillé dans un jeans).. . 

Un coup d'œil sur les sites des boutiques spécialisées nous apprend que le polo de 
geek à rayures, modèle Bill Gates années 70, se négocie autour de 820 S, tandis que le 
jeans javellisé s'arrache à 430 € (hors frais d'ourlet). Quant aux sacs à main « banlieue 
difficile » prélacérés au cutter, je laisse découvrir leur cours actuel 2 , sinon on va encore 
ne pas rne croire. 

Les plus désireux de décoder leur époque se demandent sans doute comment, dès lors, 
distinguer un poorgeois d'un réfugié afghan. Tout est dans le détail caché : l'étiquette dans 
le cou, le piercing Cartier du nombril, l'édition américaine de Vogue dans le cabas à 
commissions... 



Provincial 

Différence capitale 

Un écrivain parisien a écrit quelque part- à mon sujet : « Timide, fragile, gentil, voici 
Pascal, le provincial. » Gentil, fragile, timide..., je veux bien, si ça peut aider à faire 
vendre des bouquins auprès des filles, mais provincial, qu'est-ce qu'il en sait ? Ça se voit 
donc tant que ça ? 

D'abord, j'ai cru que c'était une histoire d'accent C'est vrai que, sous l'empire des 
sens ou de la Pelforth, il m'arrive de laisser échapper des diphtongues typiques de ma 
Saint-Etienne natale (où la rue artérielle limite le décor et les cheminées d'usine hululent à 
la mort). Mais c'est rarissime. Dans la vie quotidienne, quand je dis « Hé, Ducon, t'as pas 
vu le feu rouge ? » ou « Avance, connasse, y a encore de la place dans le fond du bus ! », 
je défie quiconque de deviner que je ne suis pas parisien. 

Ensuite, j'ai pensé au look. C'est vrai que je me suis déjà senti un peu gland avec mes 
pantacourts du Géant Casino et mes polos déteints sous les bras dans des cocktails de 
jeunes créateurs en T-shirt Diesel. Mais on m'a aussi demandé d'où j'arrivais à la piscine 
ou au sauna, donc l'habit n'explique pas tout. 

Après, j'ai pensé que j'avais peut-être un visage plus ouvert et un teint plus frais, 
comme tous les provinciaux pas encore acclimatés. Mais, après vérification, j 'ai constaté 
que j'ai l'air aussi épanoui et avenant qu'un chauffeur de bus parisiea 

Bref, au terme de mon enquête serrée, je n'avais toujours pas compris ce que j'avais 
de provincial et j'étais prêt à abandonner les recherches quand un ami intime m'a tout 
balancé. Ce jour-là, il avait l'air emmerdé de quelqu'un qui s'apprête à t' avouer qu'il a 
voté MoDem : 

— Tu sais, il y a longtemps que je voulais t'en parler... \foilà... en fait..., ça fait 
bouseux de dire : « J'ai fait mes courses aux Champs-Elysées. » À Paris, on dit : « J'ai 
fait du shopping sur les Champs. » 

- Tu vas rire, en province, on dit « Je vais aux champs » quand on va travailler dans 
les champs et « Je vais chez Auchan » quand on va faire ses courses^. 



j'ai pense 
aue j'avais peut-être un 
visage plus ouvert et 
un teint plus frais, comme 
tous les provinciaux pas 
encore acclimates, liais, 
après ve'riiicatxon, j ai 
constate' que j ai 1 air 
aussi e'panoui et avenant 
qu'un chauffeur de bus 
parisien. 



Publîvore 

Quand c'est trop, c'est Tropico 

Pas de chaussures, des Converse ; pas de caleçon, un Calvin Klein ; pas de pantalon, 
un jeans that built America ; pas de polo, un sportwear taillé dans le mythe pour affronter 
la légende. Il ne réfléchit pas, il thinks différent. Il ne travaille pas, il just does it. Il ne se 
fait pas un shampoing, il valorise son capital-cheveux. Il ne mange pas de yaourt, il se fait 
du bien à Pintérieur car il sait que ça se voit à l'extérieur (même en pleine lumière et à 
basse température). Pour lui, la vie est simple comme le nouvel Ariel liquide, car le tigre 
est en lui. Zéro tracas, zéro blabla. Quand il se lève, c'est pour Danette. Ni son déodorant 
ni son assureur ne le lâchent jamais. Ses pellicules ne tombent qu'au signal convenu et 
jamais sur sa chemise noire. Comme il a Free, il a tout compris. Alors, chaque matin, à 
l'heure où un volcan s'éteint, son être s'éveille. Assis devant un café nommé désir, il 
attend son ami Ricoré et il se dit que la vie, c'est du bonheur à tartiner. Et s'il n'est pas à 
fond la forme, il va donc, va donc chez Speedy. Il n'ignore pas que la Joie est une BMW 
et qu'on ne va jamais par hasard chez Total, mais il a encore du mal à imaginer tout ce que 
Citroën peut faire pour nous. 

Une fois par art, le publivore se faitrebooter l'unité centrale lors d'une grande nuit de 
révisions générales où il avale avec abnégation 5 h 30 de pubs, entrecoupées de réclames 
et de slogans qu'il répète en rythme et en tapant des mains. En sortant de la salle, au petit 
matin, il a un peu mal à la tête mais il sait quoi acheter, aimer, penser, désirer pendant au 



moins toute une année. Les plus accros se font des afters devant le téléachat du matin sur 
M6 ou débattent ensemble de savoir comment EDF peut donner au monde l'énergie d'être 
meilleur, ici, là-bas, pour nous, pour demain. Aussi fou qu'Afflelou, le publivore oublie 
que rien ne dure aussi longtemps qu'un lave-linge Bosch qui utilise Calgon. 

Souvent aussi, le publivore guette les lettres de mises en demeure de Cofinoga et de 
Cetelem. Il sait que ce que l'avenir nous promet, c'est La Poste qui nous l'apporte. 



Psy 

Allonge-toi et marche ! 

Contrairement à ce qui a été trop souvent dit et écrit au sujet de la psychanalyse, 
l'invention de Freud 5 ne se borne pas à déplacer au stade oral des coliques-symptômes ou 
à clarifier des rêves troubles. Bien plus qu'une vulgaire thérapie non remboursée, la 
psychanalyse laboure tous les champs du signe {névrose, conso, déco...) et fournit même 
les mots pour le dire (moi, ça, transfert...). 

On distingue couramment trois grandes marques de psys. 

Le freudien porte une veste de velours à grosses côtes, un col roulé beige et un 
pantalon à la José Bové (la pipe mâchouillée est un « plus » qui garantit le sérieux du 
cabinet). La séance dure 29 minutes et 25 secondes (selon le protocole établi à la 5 e 
scission de l'internationale freudienne). L'analyste toussote de temps en temps pour 
montrer qu'il ne dort pas et, exceptionnellement, dit « oui ? » en cas de lapsus salace ou 
d'aveu horrible. Les séances manquées par le patient sont dues. 

Le psy à la Dolto est souvent une femme que l'on choisit parce qu'elle nous évoque 
maman (cette sainte qui a épousé un loser). Vêtue d'une robe ample qui sent l'eau de 
Cologne, d'une lavallière en polyamide et de pantoufles fantaisie, elle fournit gratuitement 
les feutres, la pâte à modeler et les paquets de BN. La séance dure 4 heures (y compris le 
temps de séchage de la poterie). La psy fait dessiner sa famille, des champignons et des 
arbres. Il est possible de la payer en Pokémons ou en coquillages. 

Plus hype, le psy lacanien s'habille en Versace, porte des lunettes Fendi eyeswear et 
fume des màni-Cohiba menthol. La séance dure entre 3 et 11 minutes sur un divan Knoll au 
cours desquelles l'analyste téléphone pour désinhiber la symbolisation primaire et 
désenclaver la forclusion comme abolition symbolique du père. Les séances manquées par 
le patient comptent double, celles oubliées par l'analyste comptent triple. À la fin de 
l'analyse, le psy conclut par une sentence du Maître : « Si vous avez compris, vous avez 
sûrement tort » 



j'ai compris ^ qu'une 

psychanalyse n a pas de 

prix puisque celui-ci 

est décidé par 1 inconscient 

du psychanalyste qui, 

par le phénomène du 

contre-transfert, est 

aussi le vôtre. 






J'ai l'air de me moquer, mais après avoir longtemps caché mon « je », je me suis 
allongé moi aussi. Avant de commencer mon analyse, j'allais mal au niveau du vécu. Et 
puis un jour, enfin, j'ai accepté de me mettre à découvert (intellectuellement et 
financièrement) et je suis entré dans cet univers parallèle de la cure où les minutes durent 
des années et où l'argent (en liquide si possible) n'est qu'un faux problème parmi 
beaucoup d'autres. J'ai compris qu'une psychanalyse n'a pas de prix puisque celui-ci est 
décidé par l'inconscient du psychanalyste qui, par le phénomène du contre-transfert, est 
aussi le vôtre. Donc votre prix est le sien et son prix est Le vôtre. J'ai aussi découvert que 
plus la cure est longue, plus les effets sont rapides. D'ailleurs, j 'avais à peine fait 8 ans de 
divan que mon malaise indéchiffrable a soudain connu un mieux-être aussi soudain 
qu'inexplicable : j'ai reçu un coup de fil de mon psy m' annonçant qu'il cessait son activité 
et partait s'installer en province. Grâce à lui, j'étais enfin guéri. 



i. 

Je préfère d'ailleurs ne pas savoir ce que c'est 

2 

w w w. buybuy .corn . 

s 

Renaud : Bouquin d'enfer, Thierry Séchan, Éditions du Rocher. 

Merci à Jean-Yves Ferri ! 
& 

Pour tout savoir sur le nazi Freud, sa zoophibe, ses comptes en Suisse et son cannibalisme, voir tes nouvelles révélations de Michel 
Onhray dans Le Crépuscule d'une idole 2 : Remboursez-nous la cure ! 



Qualité (Programmes de) 

Plus belle la mire 



Gérard Depardieu 

aurait bloqué deux jours 

pour incarner tient St 

Madame Bovary dans "le Rouge 

^ ,. *r~iv nnntre les iroifa 



et le Noir contre 

Mousquetaires 



Le programme de qualité sent le cahier des charges du service public, le héros 
récurrent fédérateur et la morale édifiante. Il peut s'agir d'un instituteur itinérant qui porte 
la scoumoune. À peine est-il nommé dans une école communale paisible, qu'il se retrouve 
confronté à un problème sociétal de société à régler en 90 minutes : le racisme anti- 
myopathe, les parents transsexuels, les enfants de curés, les réfugiés bosniaques 
diabétiques qui piquent dans la caisse, la redoublante en CM2 enceinte de triplés... Les 
variantes sont le prêtre récurrent, l'assistante sociale récurrente, le brocanteur récurrent, 
la proviseure récurrente, l'avocat et associés récurrents, la jugesse récurrente, le collabo 
et le résistant récurrents, les Marseillais récurrents... 

Le programme de qualité peut aussi mettre en scène des flics nerveux mal rasés et au 
bout du rouleau pour faire « série nerveuse comme les Sopranos mais sur Canal ». 
Montage nerveux, traveling nerveux, interrogatoires nerveux, sériai killer nerveux... tout 
est fait pour séduire l'annonceur nerveux mais l'ensemble reste aussi nerveux qu'un 
Maigret au temps de la SFP. 

Le programme de qualité peut être une comédie, auquel cas elle ne doit pas être trop 
drôle pour laisser du temps de cerveau disponible à la ménagère de moins de cinquante 
ans. 

Enfin, le programme de qualité peut coûter vraiment très cher s'il est mis en scène par 
Josée Dayan (il sera amorti en le vendant aux télés publiques africaines). D'ailleurs, selon 
une rumeur persistante, après avoir incarné les plus grands noms de la littérature française 
(Jean Valjean, Dumas, le Comte de Monte-Cristo, Obélix. ..), Gérard Depardieu aurait 
bloqué deux jours pour incarner bientôt Madame Bovary dans Le Rouge et le Noir contre 
les Trois Mousquetaires. 



R 



Réalité (principe de) 

Chaud, chaud, chaud, l'hiver s'ra chaud 

Alors que le lobby du prêt-à-penser climatologique voulait nous faire croire à un 
réchauffement global de la planète, le rigoureux hiver 2010 nous a remis les pieds sur 
terre. 

Cette Terre qui, non seulement n'est pas si chaude que ça, mais qui pourrait finalement 
s'avérer bien moins ronde que ne Le prétendent Al Gore, Nicolas Hulot et le lobby des 
astronomes bien pensants. On assiste d'ailleurs aujourd'hui à un véritable retournement de 
situation. Alors que, pendant des siècles, il était hors de question de contredire la version 
officielle de la rotondité du globe, voilà qu'on se demande si la sphère ne serait pas plate. 
La scission grandit entre les géocentriques réalistes et les hurluberlus manipulés qui 
voient tout tourner ! Quant à moi, je n'affirme rien, mais pendant que les ordinateurs bien 
pensants moulinent dans le vide, je me mets au balcon et j 'observe... 

Idem en ce qui concerne le C0 2 dans l 'atmosphère. Au lieu de chercher à en réduire la 

production, comme la pensée officielle le demande, je crois pour ma part qu'il faut en 
produire beaucoup plus de façon à ce qu'il devienne rentable de le stocker dans des silos 
souterrains capables de résister quelques millions d'années (ce qui dopera la recherche en 
BTP) à côté des déchets de nos centrales (ce qui, par économie d'échelle, fera baisser le 
coût du KWh nucléaire et le rendra plus compétitif face au solaire qui est gratuit). 

Hélas, nos thèses, aussi solidement étayées soient-elles par notre foi en la Science, 
pèsent bien peu devant leurs dangereuses foutaises. 



Réseau social 

À tu et à toile 

Tout le monde appartient à un réseau social (sauf peut-être Julien Coupât, mais on a vu 
où ça l'a mené). Quelques sites de base pour s'y retrouver. 



ï 



RESEAU 



PRINCIPE 



REMARQUES 



World 

of 

Warcraft 

(WoW) 



Dans le monde d'Azeroth, les 
wildskins (aile dure des hiboux- 
ours) affrontent les moonskins pourl 
délivrer Ashenvale, princesse des 
ores albinos et des licornes en inox. 
Le joueur peut choisir sa race, so 
épée laser, son apparence mais pas 



i 



Réseau convivial et 
ouvert malgré la 
nécessité de parier 
couramment le 

draconique. Un must| 
gothico-kitsch pour 
tuer le temps entre 



ses parents qui ont le pouvoir 
magique de le priver d'ordi et de 
l'envoyer au lit 



deux tournées 
Mylène Farmer. 



de 



Second Life 



Univers parallèle en 3D (mais sans 
les lunettes ridicules) où les joueurs 
contrôlent leurs avatars et peuven 
décider du contenu de leur vie : se 
marier, changer de sexe et de 
coiffure, acheter des Eurotunnels 
(en Linden, la monnaie locale), 
s'ennuyer autant que dans la vraie 
vie... 



Réseau démodé. Les 
fortunes en Linden 
ont fondu et les 
avatars licenciés 

entament des grèves 
de la faim virtuelles 
dans l'indifférence 
générale. Même le 
\atican a rappelé son 
nonce apostolique 
(au format http). 



Facebook 



Générateur d'amis, d'amis d'amis, 
d'amis d'amis d'amis à qui l'on] 
peut proposer de rejoindre d'autres 
amis, des amis d'amis, des amis 
d'amis d'amis pour essayer de leur 
vendre son dernier livre. 



Depuis qu'il est en 
version française, le 
réseau connaît une 
explosion des fautes 
d'orthographe 
(amplifiée par 

l'arrivée des 

membres de 

« copains d'avant » 
et d'attachées de 
presse en CDD). 



Meetic 



Des célibataires de tous les âges et 
de tous les sexes remplissent une 
fiche de police détaillée expliquan 
qu'ils recherchent l'âme sœur. 



Après trois rendez- 
vous, le (la) 
partenaire découvre 
que les infos de la 
fiche de l'autre sont 
aussi fausses que les 
siennes. 



MyMajor 
Company 



Toi, plus moi, plus eux, plus tous 
ceux qui le veulent, plus lui, plus 
elle, et tous ceux qui sont seuls, onl 
se cotise pour produire directement 
notre chanteur favori. 



Je sais, c'est vrai, sa 
chanson est naïve, 
même un peu bête, 
mais bien 

inoffensive, et même, 
si elle ne change pas 
le monde, elle vous 
invite à entrer dans la 
ronde. Car toi, plus 
moi, plus eux... 



Des cadres internationaux eni 
recherche d'un meilleur boulot 
déposent leur CV sur un site plus 



Linkedln 



sélect que Vïadeo, plus performant 
que Keljob, plus hype que 
Cadremploi et plus cher quel 
Apec.fr 



Cadremploi, Apec.fr, 
Pole-emploi.fr, 
Monsterjob.com. . . 
ont tous été recrutés 
grâce à Linkedln. 



Ringardises 

C'était mieux après 

J'ai remarqué que ce sont souvent ceux qui critiquent le plus violemment le monde 
moderne qui profitent les premiers de tous ses progrès. Un exemple au hasard, les 
renseignements téléphoniques. Rappelons-nous l'époque du monopole. Comme dans la 
Russie communiste qu'a connue Tinun chez les Soviets, il y avait le 12 et basta ! Si l'on 
voulait obtenir un numéro, on était obligé de parler à des dames des PTT revêches et en 
blouse. Aujourd'hui, il y a des dizaines de numéros avec des pubs sympas (j'adore celle 
du 118 000 et quelques, je la chantonne toute la journée). Et quand on compose le 
nouveau 12 qui fait désormais 6 chiffres, après la musique, on tombe sur des opérateurs 
qui s'appellent tous Julien ou Isabelle. C'est fresh ! C'est fast ! C'est global. 



Ne vaut-il pas mieux se 
faire bouffer libre avec un 

smartphone que vieux et 
malade devant un Minitel ! 



En téléphonie aussi, on est en train de rattraper notre retard sur l'avenir. Tout est 
résumé dans la pub Orange. On y voit un petit poisson (vous) qui tourne lamentablement en 
rond dans son aquarium (votre petit monde minable avec un vieux téléphone sans Internet). 
Soudain, l'aquarium plonge dans l'eau et le poisson rouge s'évade dans l'océan infini des 
possibles (la gamme des smartphones 3G+). Et là, le slogan dit tout : « Open ». Cette idée 
géniale de ne pas dire « ouvrez », qui fait hyper XX e siècle, mais « open »... Rien que d'y 
penser, on en a les poils des bras qui se dressent dans le dos. C'est tellement vrai. De nos 
jours, il faut tout ouvrir bien grand : les cols de chemise, les fenêtres de Windows 7, les 
marchés. Bien sûr, dans l'océan infini des possibles, il y a aussi des requins. Et alors ? Ne 
vaut-il pas mieux se faire bouffer libre avec un smartphone que vieux et malade devant un 
Minitel ? 



Autre secteur où ça progresse enfin : La Poste. Le Président du Directoire (sic) a écrit 
à tous ses clients (on ne dit plus usager, ça fait kolkhoz) pour les informer que désormais 
La Poste devenait une banque « comme les autres : professionnelle, efficace et 
rentable ». Pas trop tôt ! Avec la Banque Postale Asset Management (on ne dit plus CCP, 
ça fait Georges Marchais), on va enfin être débarrassés des petites vieilles qui viennent 
toucher leur pension minable au guichet (bonjour la productivité !) et des facteurs français 
(bien moins rapides à vélo que les Italiens et les Belges). 



Sarkoziste (anti-) 

« Nicolas, tu l 'aimes ou tu le quittes » (Cécilia) 

On distingue plein de types d'anti-sarkozistes. 

L'anti-sarko primaire croit sincèrement que Sarkozy est responsable d'un tas de trucs 
qui vont mal et que, sans Sarko, ça irait mieux, notamment dans sa tête. Il est d'autant plus 
amer qu'il a voté pour lui en 2007. 



i/anti-anti-sarfco n ose pas 
avouer que les anti-sarkos 

l'ennuient autant que 

Martine Aubry. Mais comme 

il n'est pas non plus 

sarkoziste, il *e sait 

vraiment pas quoi voter. 



L'anti-sarko de gauche pense secrètement que 3e PS aurait dû faire depuis longtemps 
ce que Sarkozy fait semblant de faire depuis deux ans mais, en attendant de revenir ne rien 
faire au pouvoir, il dit partout que Strauss-Kahn ferait mieux. 

L'anti-sarko calculateur se dit que pendant que Sarko s'agite, il fait durer l'illusion 
que la politique a encore prise sur V économique. 

L'anti-sarko villepiniste voudrait sincèrement nous faire regretter Chirac. 

L'anti-sarko anticapitaliste aide Sarko à gagner contre les socialistes-traîtres en 
attendant la grève générale. 

L'anti-sarko obligatoire des médias invente des sentences du genre : « A/ec Sarkozy, 
il faudrait deux quotidiens. Un pour la connerie du matin et un du soir pour démentir la 
connerie du matin. » Et il écrit un essai à ce sujet. 

L'anti-sarko comico-satirique a vécu plus d'un an sur le « Casse-toi pauv' con » du 
salon de l'agriculture 2009 et presque six mois sur les talonnettes du Président, ce qui 
prouve à quel point il est impertinent 

L'anti-anti-sarko n'ose pas avouer que les anti-sarkos l'ennuient autant que Martine 
Aubry. Mais comme il n'est pas non plus sarkoziste, il ne sait vraiment pas quoi voter. 



Séminaire sur le changement 

Le changement sera toujours le changement 

Régulièrement, des minibus remplis de cadres habillés comme Steve Jobs à la finale 
du Super Bowl quittent les grandes métropoles industrieuses pour des destinations rurales 
discrètes mais suréquipées en rétroprojecteurs, paper boards et matériel de rafting. Le but 
de ces virées champêtres, loin du business as usual : un séminaire sur le changement. 

— Mais pourquoi vouloir changer puisque ça marche déjà très bien comme ça ? 
demande inévitablement Parchéo-syndicaliste attaché à la flex-sécurité à son pépère 
comme une moule à son rocher. 

- Tout simplement parce que si nous ne changeons pas, d'autres changeront à notre 
place, explique le consultant en changement. Et s'ils changent tous sans nous, nous serons 
les seuls à ne pas avoir changé... 

— Excusez ma question stupide, insiste un vieux cadre sous Prozac, mais l'année 
dernière on est passés du customer centric focus à la partner attitude, pourquoi changer 
encore pour le cross business comhtment ? 

- Nietzsche a dit : « Le serpent qui ne peut changer de peau, meurt », explique 
patiemment le consultant qui en a vu d'autres chez Orange. L'alternative est simple : ne 
pas changer et mourir comme on est ou changer et ne pas mourir sans n'avoir pas changé 
de peaiA Prenez Bill Gates : au début, il fabriqua un énorme ordinateur très cher et qui ne 
marchait pas. Comme il ne réussissait pas à le vendre, il médita cette phrase du Bouddha 
pendant son jogging : « II n'y a qu'une chose qui ne change pas, c'est le changement. » 
Alors, il changea et se mit à fabriquer plein de petits ordinateurs pas chers et qui 
fonctionnaient. Et il devint très heureux. 



Senior 

Cheveux bleus, maux fléchés 

Tous les jours, à 6 h 54 pétantes, après la météo de Laurent Romejko dans Télé Matin, 
le senior réveille la copropriété avec son aspirateur sur coussin d'air (découvert au Télé 
Achat) puis il donne un bon coup de plumeau électronique (acheté par correspondance) 
aux rideaux du salon et aux photos de mariage. Pendant ce temps, la séniore nettoie le 
balcon et le chien au Vaporetto (cadeau d'abonnement à Notre Temps), puis elle prend de 
l'avance sur sa journée en faisant mijoter la blanquette de midi et la soupe du dîner. Ces 
tâches urgentes accomplies, le senior et madame peuvent se poster au balcon pour 
espionner les voisins qui partent bosser. Ensuite, ils sautent de concert dans leurs 
chaussures Méphisto et vont ralentir les files d'attente à La Poste ou relancer la croissance 
chinoise au Lidl du coin. 



Côté high-tech, le senior 

est du genre paradoxal. 

Capable d'envoyer a ses 

amis d'énormes ilchrers 

PowerPoint sur les Heurs 

de nos montagnes, il 

est souvent incapable de 

lire un SMS ou de faire 

cuire une omelette sur la 

plaque à induction qu il 

a gagnée à la tombola 

de la paroisse. 



Après des années de guerre, au cours desquelles ils ont survécu en fabriquant leurs 
chaussures dans du carton et en mangeant leurs semelles au bain-marie, les seniors se sont 
laissés ramollir par un système de protection sociale 2 qui leur a fait prendre plein de 
triglycérides superflus. C'est pourquoi, au terme d'une vie de labeur, passée en costard 
cravate ou en salopette, le senior se permet enfin un look Miami Beach ; polo coloré, 
jogging fantaisie et Nike Pump fluos comme on n'en trouve qu'en Californie et chez Foot 
Locker. C'est dans cette tenue bigarrée et confortable qu'on le croise, chariot à la main, 
déambulant paisiblement dans les galeries marchandes {où il profite des affaires de la 
Foire aux plastiques), dans les salles d'attente des dentistes (où il vient se faire poser des 
dents en céramique de tungstène) et dans les croisières Costa (où il pille méthodiquement 
le buffet de crudités à volonté). 

Quoique n'ayant strictement rien à faire de ses journées (à part les mots croisés géants 
d e Paris-Match), le senior est chroniquement débordé, car membre d'un tas 
d'associations : les Amis du Diabète et de Julien Lepers, les Randonneurs Arthritiques, la 
Chorale des Opérés de la Cataracte... Autant de lieux de convivialité où il tire les rois, de 
janvier à mars, joue au Scrabble et échange des livres de généalogie ou sur le rhumatisme 
du colon. 

Autres activités régulières sur l'agenda vermeil : les visites médicales et les 
enterrements. Le senior le plus débordé est toujours prêt à bouleverser son emploi du 
temps pour un rendez-vous chez le gastroentérologue ou les funérailles d'une voisine de 
syndic. Quand son planning se relâche un peu, le senior en profite pour fabriquer des 
étagères à sa femme qui y dispose aussitôt sa collection de calèches d'impératrices 



(éditions Atlas), ses machines à coudre et son Encyclopédie universelle de la confiture 
reliée pleine peau. 

Côté high-tech, le senior est du genre paradoxal. Capable d'envoyer à ses amis 
d'énormes fichiers PowerPoint sur les fleurs de nos montagnes, il est souvent incapable de 
lire un SMS ou de faire cuire une omelette sur la plaque à induction qu'il a gagnée à la 
tombola de la paroisse. 

Pour se remettre de sa vie trépidante, le senior part régulièrement en cure thermale, 
l'un des derniers lieux où la modernité le tolère. Devant la fontaine d'eau sulfurisée 
(excellente pour Le foie), il sympathise avec d'autres seniors en peignoir qui l'invitent à 
boire des pastis (excellents pour l'intestin). Au bar de l'Hôtel des Deux-Sources, les 
seniors font tourner les photos de leurs petits-enfants, pour qui ils sont des dieux vivants, 
détaillent les symptômes de leurs arthroses, causent du monde d'aujourd'hui, s'inquiètent 
des cartes postales à finir absolument avant la levée de 7 h... Songent-ils que leurs 
insignifiantes nouvelles et leurs mots de banale tendresse, tracés d'une écriture appliquée, 
mais déjà tremblée, nous manqueront bientôt à jamais ? En veulent-ils un peu à ce monde 
qui voudrait tant pouvoir les cacher ? Dans le soleil faiblissant, ils espèrent secrètement 
que, tant qu'ils s'habilleront de couleurs voyantes et gaies, la mort ne les remarquera pas. 



S la m 

À quoi ça rime ? 

(Piano solo) 

Wesh mon frangin, mon ego alter, 

Suis mon modèle pas délétère 

Si t'as un Bic indélébile, 

Ou un iPhone à écran tactile 

Lâche pas l'affaire, saute sur l'occase 

Écris un slam, sur ta vie nase. 

(Orgue Bontempî) 

Au lieu d'graffiter les WC 

Pourquoi qu'tu fais pas un CD ? 

Mets une musique, genre ascenseur. 

Et cause-nous un peu de ta sœur. 

De ta voix grave et concernée 

Par les problèmes de société. 

(Accordéon électrique) 

Dis qu'y a des rires, qu'y a des pleurs, 

Qu'y a du foie, qu'y a du cœur, 

Prends un air sombre et consterné, 

Pour plus de crédibilité. 

Mets ta démo en colis postal. 



Envoie l'tout à Uni versai. 



SMS 



Ta langue en short 



VIEUX FRANÇAIS 



FRENCH SMS 



- Bonsoir ! 



Slt! 



-Âqui ai-j g l'honneur? 



Cki? 



- Catherine, cher ami . 



C4-ine © 



- Comment allez-vous ? 



Savab'l ? 



-Aussi bien que possible, \bulez-vous vous joindre 
à moi ? 



Sava. Tuvl? 



- Impossible, hélas. 



Pepa ~ 



- Où êtes-vous ? 



Tou? 



- Je suis à l'université, en cours de philologie 
comparée. 



Alafak 2 filologi C 
relou ;-) ! 



— Je compatis... 

Et vous, où êtes-vous ? 



;-{ 

E toa T ou ? 



- Je suis au cinéma. 



6né 



- Quel film avez-vous choisi ? 



yakwa ? 



- Un Walt Disney. 



1 10 né 



-Convaincant? 



Cb'l? 



- Un navrant ratage ! 



naV! 



-Je suis désolée. 



- Ce n'est pas très grave. 
A bientôt 



CRI 

A + 



SNCF 

Eloignez- (pause) vous de la bordure du (pause) quai 

Quand on ne prend pas le TGV relooké par Christian Lacroix mais les trains de base, 
on a du mal à s'en rendre compte ; pourtant, la direction de la SNCF aimerait sincèrement 



nous faire préférer le train. En améliorant l'information des voyageurs par exemple. 
Terminées les annonces au haut-parleur avec accent local, fautes de syntaxe et hésitations. 
Désormais, de Nice à Maubeuge, après un jingle très seventies^ (genre « toutou doudou »), 
c'est une voix synthétique gourmande et toujours à la limite de l'orgasme qui donne les 
infos. « Suite à une (pause) avarie matricielle (?), le train (pause) 790 987 32 î 879 en 
provenance de Tours et à destination de (inaudible) départ initialement prévu à 
(inaudible) heures 37 circule avec un retard d'environ (inaudible) minutes. Attention au 
départ. » 

On attend tous que quelqu'un se dévoue pour expliquer à la droïde communicante, 
toute à sa joie synthétique, que le voyageur humain s'en fout que le numéro du prochain 
train pour Caen soit 549 879 456 ou un nombre premier remarquable. 

Autre idée du futur qui montre que la SNCF a décidé de prendre le taureau par les 
couilles en matière d'information : les « douches sonores » qui diffusent Radio SNCF. 
Destinées à calmer les usagers (notamment ceux qui se sont fait virer parce qu'ils 
arrivaient trop souvent en retard au boulot), ces bornes bruyantes diffusent gratuitement de 
la musique entrecoupée de pubs. Le passager coincé sur son quai en train de lire ou de 
faire les Sudokus de 20 minutes apprend désormais en temps réel que tout va bien sur le 
réseau et que Céline Dion vient de sortir un disque. 

Une dernière idée d'avance ? Le jeu des fiches horaires. Sachant que LV signifie : 
« circule du lundi au vendredi », que TS veut dire « Toutes gares sauf le samedi et sauf le 
15 août » et que 4 signifie « circule tous les jours sauf les samedi, dimanche (à l'exception 
du 9 juin), hors fête de l'Ascension », à quelle heure partira le TER PIXU (LV4TS) le 
samedi 21 juillet ? La solution est disponible sur ■« Infolignes » au 3635, pour 0,34 € la 
minute. Attention, il s'agit évidemment d'un robot à reconnaissance vocale légèrement dur 
de la feuille, bien articuler. 



On attend tous que 
quelqu'un se de'voue pour 

expliquer à la dxoxde 
communicante, toute a sa 
joie synthe'tique^que le 
voyageur humaines en fout 
que le nume'ro du 
prochain train pour Caen 
soit 549 879 456 
ou un nombre premier 
remarquable. 



Soldes privés 

Hardes discount 

Quand ma copine relookeuse (c'est écrit sur sa carte gratuite Ooprint) m'a proposé de 
l'accompagner à des soldes privés chez un grand couturier anglais, j'ai sauté sur 
l'occasion et dans son Austin tout skaï. Direction, le Faubourg Saint-Honoré. Le grand 
déballage avait lieu au deuxième étage d'un immeuble haussmannien surchauffé, plancher 
qui craque, air saturé de parfums précieux, écrans géants et musique indienne lounge en 
sourdine. 

Ma copine s'était accoutrée de façon à ce qu'on ne voie qu'elle. Quant à moi, j'avais 
opté pour l'élégance froissée d'un type débarquant de Notting Hill dans un Eurostar 
coincé sous la Manche. L'idée était de montrer que je suis dans « l'être » et pas dans « le 
paraître » (ou alors en bleu s'il y a ma taille). Dès notre arrivée, deux bourgeoises à 
tignasse cendrée me dévisagèrent au scanner corporel. Impossible de deviner si c'était par 
méfiance ou par admiration pour mon petit pull Houellebecq à rayures trop court. 

Pour donner un côté « vente de charité à la paroisse », la grande maison londonienne 
avait installé à la bonne franquette des portants surchargés de robes brodées, d'écharpes 
soyeuses, de ceintures brillantes et de manteaux en animaux. Les étiquettes, pudiques, 
indiquaient des baisses vertigineuses (jusqu'à - 70 % sur des blazers à 1 700 €). Sur la 
table « accessoires », des tas d'objets en maroquinerie s'entassaient dans un désordre très 
Foirfouille à Champigny. Derrière l'étal, une dame brune neurasthé-nique surveillait ma 
copine qui venait de craquer pour un sac en poulain rose. Pendant l'interminable 
« essayage » de l'objet?, j'eus le temps de circuler parmi la cinquantaine de femmes 
sophistiquées rodant, avec des moues gourmandes, autour des cintres surchargés. 

- T'as vu ce sublimissime triangle en voile de guipure, gansé de tricot tout pilou ? 
demandait l'une. 

- Tu mets ça avec un petit paréo en lin écru outremer, cintré au niveau du surpiquage 
et coulissé au nombril, tu tombes tout le monde au vernissage de Filippo Lippi, répondait 
l'autre. 

- C'est vrai que c'est hyper Renaissance comme drapé. Tu crois que si je leur fais un 
papier dans *** ils vont me l'offrir ? 

- Évidemment ! 11 suffit de demander à la vieille peau de l'entrée. Mes mules Prada, 
tu crois que je les ai eues comment ? 



1- 

Je simplifie pour le non-manager. 
2- 

Rappelons-leur amicalement que c'est nous qui le finançons et qu'us pourraient y aller moDo avec les visites médicales. 
3- 

Qui nous a coûté dans les 100 000 euros. 
4. 

C'est ce jour-là que j'ai découvert qu'on peut essayer un sac. 



Tabac (arrêt du) 

Tousse pour un 

Ça faisait environ 37 heures, 53 minutes et 18 secondes que j'avais arrêté cette 
saloperie qui pourrit les dents et donne une voix de Pascale Clark lorsque je poussai la 
porte de chez ***. Ma première nuit parisienne d'homme libre et riche^ ! Mon tabacologue 
conseil m' ayant conseillé d'éviter l'alcool pendant le sevrage, j'ai commandé un Perrier 
(fluo pour faire festif) et j'ai commencé sans plus attendre à vider un saladier de 
cacahuètes. C'est là que la copine d'une copine d'un mec qui connaît bien Philippe Lavil 
m'a abordé et que je me suis rendu compte que l'arrêt du tabac développe l'odorat : à vue 
de nez, elle avait pris un bain de Chanel n° 5. Une coupe de Champagne à la main, elle 
considéra mon eau minérale et me demanda : 

- T'es en réhab comme XXX ? (XXX est le roi de la nuit). 

- J'ai arrêté de fumer, alors j'évite l'alcool, m' excusai-je vaguement. 

- Moi, j'ai arrêté il y a deux ans. J'ai pris 7 kilos que je n'ai jamais perdus ! 

Je calculai mentalement qu'elle devait peser dans les 34 kilos du temps de sa tabagie. 

La conversation roula ensuite sur l'acupuncture. La fille connaissait un médecin 
chinois tellement overbooké que même YYY (YYY est l'autre roi de la nuit qui trône par 
intérim quand XXX est en désintox) avait dû attendre deux mois avant d'obtenir un rendez- 
vous. Mais, en sortant de son cabinet, il avait jeté la cartouche qu'il venait d'acheter en 
duty free à Maurice (l'île, pas mon beau-frère) et il avait ouvert un nouveau restaurant. Je 
la regardais d'un air absent tandis qu'une irrépressible envie de fumer me perforait les 
lobes cérébraux. Je pensais à Maurice (mon beauf, pas l'île) qui ne fume que le soir. S'il 
y arrivait, pourquoi pas moi ? Devinant mon désarroi, la fille me glissa : 

- Tu as essayé la méthode Allen Carr ? 

- L'Anglais qui est mort d'un cancer des poumons ? 

- Peut-être, siffla-t-elle, mais avant de mourir, il a découvert que le problème du 
fumeur, c'est sa peur d'arrêter. Il conseille donc de fumer en lisant son livre. 

- Mais si tu continues à ne pas arrêter, tu restes fumeur. 

- Peu à peu, tu réalises que ta vraie nature, c'est non-fumeur et que tu n'as donc 
aucune raison de vouloir continuer à arrêter de fumer. Du coup, tu découvres que c'est très 
facile de cesser de vouloir arrêter puisque c'est déjà fait et que tu ne ressens aucun 
manque. Tu as vaincu ta peur et tu es libre de ne pas cesser de continuer d'arrêter. C'est 
hyper anglo-saxon dans l'approche. 

- Et ça marche ? 

- Bien sûr ! Si, à la fin du bouquin, tu as encore envie d'arrêter, c'est que tu n'es pas 
encore non-fumeur, donc tu recommences. En fait, la méthode est tellement puissante, que 
le plus dur c'est d'en décrocher. Mais tu peux toujours te faire aider... 



Téléramane 

Culture intensive 

Du grec telera (ce qui est beau, bien et bon) et mane (accro à), le téléramane vit dans 
un monde exigeant où l'on va au théâtre assister à des mises à nu poignantes, au ciné voir 
des opus en équilibre au bord du vide et chez son libraire dénicher des romans 
paroxystiques et carnassiers. Dans notre époque si complexe où les repères sont brouillés 
et les matchs de la Ligue 1 cryptés, le téléramane sait toujours quoi penser. Seul domaine 
où le doute l'effleure parfois : F humour. À la sempiternelle question « Peut-on rire de 
tout ? », le téléramane préfère l'interrogation fondamentale « Peut-on rire tout court ? » 

Pour distinguer ce qui est drôle de ce qui fait semblant de l'être, le téléramane 
applique un principe simple : un bon comique est un comique mort, comme De Fîmes 
(devenu subitement génial peu après sa disparition) ou Molière (qui fut pourtant cruel 
envers les précieuses ridicules). Chez les contemporains, Bedos obtient 2T depuis qu'il a 
fêté ses 80 ans de carrière, mais Gad Elmaleh est encore trop vivant et connoté « comité 
d'entreprise » pour être amusant. On a beau aimer les « gens de peu » dans l'œuvre de 
Bourdieu, de là à se les fader par autocars entiers au Palais des Sports... 



Dans notre époque si 

complexe où les repères sont 

brouillés et les matchs de 

la Ligue 1 cryptes, le 

téléramane sait toujours 

quoi penser. 



Terre d'aventurier 

Voyage, voyage 

Dès l'aéroport, je repère mon groupe Terdav au milieu des Frameurs en chemises 
hawaïennes et bermudas qui vérifient dans leurs pochettes en plastique que les boissons 
sont bien comprises dans le forfait ail inclusive. Seul dans mon coin, j'apprends à marcher 
avec mes Quechua neuves tout en potassant mon guide Autrement sur le grand erg 
Mehedjebat. Peu à peu, notre groupe de marcheurs (un prof d'anglais single en post- 



dépression et des abonnés d'un cours de yoga) se réunit autour d'un guide bourru mais 
rassurant, notamment au niveau de la chemise Indiana Jones et des poils qui dépassent 

Dans l'avion, la fameuse « dynamique de groupe » Terdav, que je suis venu chercher 
sans me l'avouer vraiment, s'installe peu à peu. Marie-Victoire distribue des granules de 
\bmica 5CH contre le mal des transports, Jérôme explique des mouvements de taï-chi 
pour faciliter la circulation sanguine, le prof d'anglais, qui a pris un Lexomyl et le guide, 
qui a descendu deux plateaux-repas, font semblant de dormir. Après les inévitables 
tracasseries douanières (vidage de sac à dos et bakchich de bienvenue), l'aventure 
commence enfin. Terdav a pensé à tout : vieux chameaux pelés, gourdes en peau, tente en 
chèvre. En tenue de nomades du désert, les femmes sont protégées du soleil par des draps 
multicolores qui ne laissent voir qu'un œil, duquel elles surveillent la route et leur placide 
monture qui connaît la piste par cœur. Les hommes aussi ont adopté la tenue du désert : 
burnous plissé sous un boubou oversize et barbe Paris-Dakar. Pour parfaire mon look de 
randonneur à la recherche de son chemin intérieur, j'ai pensé à apporter un foulard 
d'aviateur façon Saint-Ex et les Ray-Ban de Top Gun. 

Au fil des jours, sous l'effet du silence total, des paysages sublimes et des oscillations 
de nos chameaux, les faux-semblants fondent comme nos caméscopes, les plis cutanés 
s'enflamment et les rendez-vous avec soi-même se multiplient. Je sacrifie une partie de ma 
ration d'eau pour restituer à l'aquarelle façon Titouan Lamazou la monotonie hypnotique 
des dunes immémoriales que nous franchissons. Chez les filles, Anne-So ne supporte plus 
Marie-Victoire qui ronfle et a dû changer de tente en pleine nuit. Derrière une dune 
ancestrale, Valérie a une révélation : elle ne digère pas le lait de chamelle fermenté. Un 
soir de corvée d'eau, je me demande soudain si je n'ai pas toujours su, secret lové 
quelque part au fond de mon être intime, que j'aurais mieux fait de réserver à Center 
Parcs. 

Au long de notre piste, aussi nombreuses que les ampoules aux pieds, les amibes dans 
les gourdes et les étoiles au firmament, les rencontres inattendues se succèdent : passage 
d'un groupe d'Italiens en quads. Campement de touaregs qui nous offrent un thé à la 
menthe et des prix sacrifiés sur l'artisanat du désert Interception par un hélico de la 
douane volante... Plus tard, à la veillée, Monique réchauffe le ragoût de chèvre 
centenaire, Edouard raccommode sa tente, Sergine chantonne du Barbara en massant le 
prof d'anglais qui corrige ses copies en retard. Dans son coin, taciturne et solitaire, le 
guide bourré mais rassurant consulte ses mails sur son téléphone satellitaire traditionnel. 

Pourtant, au-delà des difficultés du chemin et de « l'être-ensemble », je sais déjà qu'à 
mon retour je rapporterai bien plus que du sable dans les oreilles, des parasites 
intestinaux et un tapis tribal rnade in china. Je saurai aussi, désormais et pour toujours, 
que le chameau donne le mal de terre. 






Pour parfaire mon look 

de randonneur a la 

recherche de son chemin 

intérieur, J ai pense à 

apporter un foulard 

d'aviateur façon Samt-Ex 

et les Ray-Ban de 

Top Gum 



Tests 

Coche ta joie 

Quel(le) abonné(e) à Psychologies Magazine êtes-vous ? Découvrez-le vite grâce à 
notre test. 

Selon vous, pour mieux vivre sa vie et découvrir son moi profond sans faire de 
concessions à ceux de votre entourage qui refusent de vous voir évoluer, il faut 
cocher : 

A — Cette case- ci □ 

♦ -Plutôt celle-là D 
o- Aucune case U 

Si vous deviez partir sur une île déserte en n'ayant le droit d'emporter qu'une 
seule case à cocher, laquelle choisiriez-vous ? 

A-La case o D 

#- La case A D 

o — Aucune case D 

Coincé(e) dans un ascenseur entre David Servan-Schreiber et Elisabeth Badinder, 
vous décidez de faire ensemble les tests de Psychologies Magazine. Estimez, sans 
réfléchir, ce que vous allez obtenir : 



A — Une maj orité de o □ 

♦ — Un équilibre parfait entre À et ♦ n 

o — Aucune idée G 



Résultats 

MAJORITÉ de A 
Mettez-vous à l'écoute de votre oreille interne. 

« Choisir, c'est mourir » disait Lacan. Face aux cases vides, vous n'hésitez pas à en 
cocher trois d'un coup pour vous rassurer (ce qui fait que vous avez du mal à déterminer 
si vous êtes plutôt A, * ou©). Pourquoi ne pas faire le point avec notre test « Êtes-vous 
prét(e) à faire Je point sur les tests ? ». 

MAJORITÉ DE * 
Accouchez de vous-même. 

Selon Freud, tout adulte a d'abord été un enfant. L'enfant libre qui survit en vous 
privilégie la dimension ludico-régressive du test. C'est pourquoi vous lisez la solution 
avant de cocher (ce qui peut fausser les résultats). Il est temps de faire notre test « Quel 
type de parent abusif suis-je pour mon enfant intérieur ? ». 

MAJORITÉ DE o 
Angoisse de castration. 

Il est impossible d'obtenir une majorité de o à ce test sans tricher. Alors interrogez- 
vous grâce à notre test : « Pourquoi ? » 



Théâtreux 

Comédie française 

Un soir où j'avais oublié la phrase de Topor qui dit que faire du théâtre est l'unique 
manière de ne pas s'y ennuyer, je me suis retrouvé à la première d'une pièce 
contemporaine et je n'ai pas pu échapper au dîner d 'aftershow dans un minuscule restau 
indien favorisant la promiscuité. 

A l'apéro, je les ai d'abord trouvés tous super conviviaux. Le metteur en scène passait 
son bras autour de la taille d'une comédienne, en asseyait une autre sur ses genoux, faisait 
un bisou dans le cou à une troisième... Dans leurs coins, d'autres filles se tressaient les 
cheveux en ligne. Même les mecs se palpaient entre eux, s'ébouriffant les cheveux, se 
filant des baffes amicales, se pinçant la joue en riant aux éclats. N'ayant pas connu ça 
depuis le père Philippe chez les scouts, j'ai commencé à me sentir légèrement embarrassé. 
Le metteur en scène a remarqué mon trouble. Il m'a dit de sa belle voix de documentaire 



sur les volcans en posant sa main sur mon avant-bras poilu : 

je me sentais soudain 

aussi bienvenu que si je 

m'étais pointé en string 

à l'anniversaire de 

Balladur. 



- Tu dois nous trouver un peu fusionnels. . . 

- Un peu. . . 

- Tu sais, ce n'est pas pour rien qu'au théâtre on dit qu'on monte une pièce. Nous, ça 
fait trois ans qu'on la tient à bout de bras, celle-là. Forcément, ça crée des liens très forts 
entre nous. Au théâtre, ce n'est pas comme au ciné ou à la télé, tu ne peux pas tricher. Il 
faut tout donner cash. Même ce que eu n'as pas. 

- Ha, ha, ha ! éclatai-je de rire en me disant qu'il n'était pas aussi chiant que prévu, le 
vieux à lunettes, puisqu'il déconnait. 

Mais le rôle féminin principal de la pièce me détrompa sèchement. 

- Je ne vois pas ce que tu trouves de drôle là-dedans. La scène, c'est une école 
d'authenticité et une histoire de générosité. Si tu ne paies pas en liquide avec tes larmes et 
ta sueur, le public le sent et il ne te fait pas de cadeau 

Le metteur en abyme me regardait maintenant avec un air aussi content de lui que s'il 
était Jean-François Copé en personne. Les mecs avaient arrêté de se taper sur les doigts 
avec leurs fourchettes et tout le monde me dévisageait Je me sentais soudain aussi 
bienvenu que si je m'étais pointé en string à l'anniversaire de Balladur. Comme on n'en 
était qu'au cocktail bleu offert par la maison et que la soirée s'annonçait longue, j'ai 
essayé de calmer le jeu : 

- \fous avez un autre boulot en dehors du théâtre ? demandai-je en espérant qu'on 
allait causer intermittents du spectacle, sujet fédérateur où tout le monde peut s'étouffer de 
colère sans vexer personne. 

- Le théâtre, c'est un métier, pas un travail, me renvoya dans les dents le « chef 
décorateur » (j 'ai appris plus tard qu'on dit « scénographe de l'espace du possible »). 

- Nous, on n'a jamais de travail si tu veux, m'expliqua un mec plus cool. On fait des 
rencontres, parfois belles et ça donne ce que tu as vu ce soir. Parfois nases, comme le 
Catigula que Didier a monté en 2005. 

- Dans le Caligula, la scéno était pourrie, siffla une fille qui avait l'air de connaître 
Didier. Moi, je veux bien me mettre en danger mais à condition que la prod assure 
derrière. 

Le metteur en pièce en profita pour rappeler qu'il y a une énorme différence d'essence 



ef de substance entre la mise en scène, la mise en espace et la scénographie. « Même si 
c'est trop compliqué à expliquer au profane », ajoula-t-il à mon intentioa 

Entre l'entrée et le plat principal, le metteur en route sortit un petit livre bleu de sa 
poche et tout le groupe prit un regard humide d'enfant en ouvrant grand la bouche 
d'émerveillement. Je vous passe les détails et les postillons, mais c'est ainsi que j'appris 
qu'on ne doit pas dire « s'emmerder à Avignon », mais « assister à la remise en 
perspective de Phèdre en Avignon ». Que l'acteur est une radio déréglée qui capte fes 
messages de la friture et n'en restitue que des passages transposés. Qu'il faut chercher 
l'Ekklesia d'une solitude par la scénotogie d'un dédoublement. Que [nos] arcs de 
triomphe seront toujours des défaites dans les yeux des sans-combats et qu'il est 
incertain le temps de la rupture d'axe où la lumière s' éteint! 

Ce à quoi j'ajouterais volontiers que l'acteur doit retenir son texte pour l'empêcher de 
tomber. 



Tongs 

Ton pied en string 

Au secours, la tong revient ! On croyait s'en être débarrassé au siècle dernier et voilà 
qu'elles sont à nouveau partout, méduses multicolores (voire translucides à paillettes avec 
marguerite sur le capot), colonisant les plages, les buffets dînatoires, et même les night- 
clubs. Mais quoi de plus laid que des orteils, rabougris et tuméfiés par une année de 
chaussure fermée, qui dépassent fièrement sous une fleur en plastique mauve ? Les mêmes 
orteils, mais avec des poils ou des ongles peints. 

Les gens de goût passent en premier lieu chez la podo-esthéticienne pour une torture 
non remboursée : et que je te repousse la cuticule, et que je te t'applique un durcisseur et 
que je te tire sur la cire... Quant à la démarche en tongs (talons qui dépassent, doigts de 
pied recroquevillés pour ne pas la perdre, frottement du machin en plastique au niveau du 
pouce...), elle a tout de celle du pachyderme arthritique. Sans compter que, sous l'effet de 
la chaleur et de la transpiration, au lieu de produire un petit bruit sec, certes crispant 
pendant la sieste au bord de la piscine mais décent, la tong se met à couiner... Bref, ce 
n'est vraiment pas pour rien que les racailles {cailleras en verlan) s'insultent à grands 
coups de « Ta mère en tongs devant Prisu ». 



Touriste 

Lost in excursion 

Moi, quand je fais du tourisme, je veux tout voir, tout savoir, tout visiter, tout goûter. 
Sinon, ça m'angoisse. Pas la peine d'avoir fait toutes ces heures d'avion si c'est pour 



tremper dans la piscine à débord du resort. D'autant qu'on peut toujours faire ça le soir, à 
la fraîche, quand les chiards sont au buffet folklorique, à l'étranger, tout m'intéresse. 
J'aime chiner sur les marchés traditionnels, marchander un collier en boules de terre ou un 
machin ethnique en bois peint, négocier un tour d'âne ou d'éléphant, photographier les 
trucs à voir, goûter aux plats épicés (bien moins chers que chez Picard) et, surtout, 
m'" enivrer des anecdotes de notre guide (avant, je prenais des notes mais depuis le 
numérique, je filme tout). C'est comme ça que j'ai appris qu'Henri III chaussait du 43 et 
que si Ton empile les unes sur les autres toutes les pyramides du plateau de Gizeh, on 
dépasse la hauteur du Kilimandjaro. 



1 l'étranger, 
tout m'intéresse. J aime 
chiner sur les marches 
traditionnels, marchander un 

collier en boules de_ 
terre ou un machin ethnique 

en bois peint, ■£»£" 
tour d'âne ou d éléphant, 
photographier les trucs 
à voir, goûter aux plats 
épicés (bien moins chers que 
chez Picard) et, surtout, 
m 'enivrer des anecdotes 
de notre guide (avant, 
je prenais des notes mars 
depuis le numérique, 
je iilme tout). 



Souvent, quand on a beau temps, on vit des moments si parfaits qu'on réalise à quel 
point notre monde est typique, pittoresque et dépaysant. Pour peu qu'on profite des 
permissions de sortie pour s'inscrire aux excursions, on découvre par la fenêtre du 4 X 4 
des pays entiers où les potiers sont édentés, les tapis roustonés à la main, les femmes 
hères et souriantes. Et on se prend à rêver d'une autre façon d'habiter la Terre : plus 
fraternelle... Les économiques avec les business class, les Italiens avec les Hollandais, 
les zones B avec les zones C... Un rêve inaccessible ? Nous sommes pourtant déjà plus de 
8G0 millions chaque année à générer ainsi 611 milliards d'échanges de colliers en terre. 



1. 



de machins ethniques en bois et d'euros. 

Quant à moi, cet été, si le volcan islandais nous lâche un peu la grappe, je compte bien 
profiter de la faillite de Teurozone pour partir à la découverte des merveilles grecques à 
prix cassé. 



À 5 £ le paquet, mon abstinence m'avait déjà fait économiser presque 10 € (moins 45 € de gommes Nicorette). 



Les phrases en italiques sont authentiques et urées notamment de Demain le théâire... de Jean Lambert-Wïld, Éditions Les 
Solitaires Intempestifs. 



Vacances communautaires 

Ensemble, tout devient possible 



Ah, les petits marchés de 
Provence ! Ces accents 

chantants comme le *"tral 
qU i rend fou, ces étals 

débordant de savonnettes a 
la lavande, de sirops à 

la lavande, de bougies à la 

lavande, de miel a la 

lavande, de lectrices de 

'tell©" en paréos lavande. 



« Avec la noblesse d'une bastide, ce mas grassois, restauré dans son jus, à fleur de 
pierres brutes, ouvre ses volets aux bonheurs simples d'une bande d'amis ou de plusieurs 
familles », promettait la petite annonce. Comme plan alternatif pour l'été, je n'avais 
qu'une vague velléité de refaire ma salle de bains. J'ai donc beaucoup hésité, mais pas 
trop, avant d'accepter les deux semaines pas chères à partager entre amis et pins 
maritimes. Quand je dis amis, je devrais dire vagues connaissances mais, à vue d'œil, des 
gens droits qui votent bien, libéraux mais vigilants, austères mais qui se marrent Pas de 
grosses engueulades à prévoir donc sauf en cas de discussion sur Ségolène et le MoDem. 

Le premier jour, tout le monde se retrouva à la piscine, rentra son ventre et sortit son 
bouquin. J'étais parti avec Tond/s que j'agonise de Faulkner pour bien signifier que 
j'étais là pour bronzer profond mais une prof de fac désinhibée me prêta quelques Gala. 

En quelques jours, la grande maison devint un lieu d'échanges et de convivialité où 
tout le monde s'avoua égal devant le string qui s'enroule et les érythèmes solaires derrière 
l'oreille. 

Chaque matin, la maison s'éveillait aux sons des cigales, des hurlements d'enfants et 
des sonneries d'iPhone. 

- Allô, t'es où ? Sur la côte ?! Ça doit être l'enfer, non ? Nous on est peinards dans 
l'arrière-pays, à côté de chez Jean-François Kahn. T'entends les cigales ? Takapasser, on 



fera des pâtes. 

Car pour la bouffe aussi, c'était communautaire. Tout le monde s'occupait des 
courses, de la cuisine et de la bonne franquette. Surtout moi. Ah, les petits marchés de 
Provence ! Ces accents chantants comme le mistral qui rend fou, ces étals débordant de 
savonnettes à la lavande, de sirops à la lavande, de bougies à la lavande, de miel à la 
lavande, de lectrices de Elle en paréos lavande. Et les odeurs du Sud : ratatouille, thym 
(prononcer tin), origan, salpêtrière (ou un truc dans ce goût-là), serpolet, batavia en 
mesclun et batave en famille.. . Il y avait même parfois un conteur local à la langue d'oc et 
bien pendue pour animer les longues soirées de chasse aux moustiques sous les platanes. 

Faire la bouffe pour les autres, non seulement ça donne une bonne raison d'échapper à 
la « balade-cueillette » avec le prof de sciences nat, mais ça rend populaire. Au bout de 
quelques jours, j'étais en odeur de sainteté et de barbecue. Je connaissais les habitudes de 
chacun : qui suivait un régime Dukan tout en descendant le Nutella en cachette, qui ne 
tolérait que la mozzarella bio, qui ne buvait jamais d'eau... L'après-midi, après la sieste 
et l'aquagym obligatoires (il y avait aussi une prof d'EPS lesbienne dans la bande), on 
faisait de grands jeux dans l'oliveraie : retrouver le doudou d'un mouflet, le chat d'une 
colocataire, la télécommande du portail... C'était toujours le chien qui gagnait. Mais c'est 
surtout le soir que le mas (prononcer masse) s'animait. Après quelques apéritifs à la 
tapenade, les barrières et les lunettes de soleil tombaient aussi vite que des notebooks 
dans la piscine. Les parents confiaient leurs soucis de parents, les couples leurs 
problèmes de couples, les célibataires leurs problèmes de Meetic... il n'y a que le 
metteur en espace qui ne mettait jamais la table. C'est lors du dernier de ces apéros 
dînatoires qu'une des colocataires qui m'avait ignoré durant tout le séjour se tourna vers 
moi, me dévisageant soudain comme si c'était la première fois qu'elle voyait un nez pelé 
couvert de crème la Roche Posay. 

- Je ne savais pas que tu étais écrivain... 

- Un peu seulement, gloupsai-je en redoutant qu'elle me propose un plan « atelier 
d'écriture bénévole en ZEP ». 

- Ecoute, je vais te confier un truc : en plus d'être DRH dans un centre de tri postal, 
j'écris des chansons, poursuivit-elle. Et j'ai envie de donner sa chance à un jeune auteur. 

- J'adore l'idée d'être jeune... 

- Je cherche un truc à la fois fort et entraînant sur Les femmes de cinquante ans qui 
travaillent À la rentrée, on se bloque un week-end et on bosse ensemble. T'es dac' ? 

Depuis ce soir-là, je me vrille la tête à la recherche de paroles. Pour l'instant, j'en 
suis à : 

« Eve lève-toi et danse avec la vie 
II est temps de penser enfin à toi ». 
Pourvu qu'elle ne connaisse pas Julie Pétri. 



Verres en cristal 

Spam suffit 



L'intitulé du message est quelque chose du genre ; « À méditer » ou « Prends quelques 
secondes pour regarder ceci »... Il sufOt de cliquer sur le fichier joint pour que démarrent 
un diaporama et une musique de parking. Ensuite, rien à faire. Juste « méditer » en 
regardant défiler des sommets enneigés, des soleils mordorés qui se couchent dans l'océan 
irisé au Photoshop, des lionceaux qui jouent dans la savane, une main d'enfant potelée 
dans celle d'un adulte poilu... L'idée générale, c'est que chaque jour est une vie pour peu 
qu'on sache regarder les choses avec les yeux bleus d'un enfant qui joue avec un faon et 
des lionceaux dans le soleil couchant. D'ailleurs, pour les cœurs arides, aveugles et 
sourds, on en arrive à la question qui dérange : « Qui peut dire où tu seras demain ? », 
accompagnée de l'histoire de la dame qui ne mettait jamais ses sous- vêtements de fête, 
radinait sur le Champagne et ne sortait ses verres en cristal que pour les grandes 
occasions. À la fin, la femme meurt brutalement, ses sous-vêtements sont comme neufs, 
son Champagne est éventé et ses verres en cristal tout poussiéreux. Moralité : « Utilise tes 
verres en cristal tous les jours comme si c'était le dernier^ (et prends le temps de faire 
passer ce message à dix personnes que tu aimes vraiment) ». 



Il suffit de cliquer sur 

le flfiHier joint pour que 

démarrent un diaporama et 

une musique de parking. 

Ensuite, rien à faire. **• 

"méditer" en regardant 
défiler des sommets enneiges, 
des soleils mordorés qui 
se couchent dans 1 océan 
irise au Photoshop, des 
lionceaux qui jouent dans 
la savane, une main 
d'eniant potelée dans celle 
d'un adulte poilu... 



Une étude récente montre que l'effet le plus couramment observé après la réception de 
ce genre d'invitation est l'envie compulsive de sortir ses verres en cristal pour les faire 
bouffer à l'expéditeur du message (en le priant de bien vouloir nous lâcher la mailbox). 

Prends bien le temps de relire cette phrase et envoie-la à dix personnes que tu aimes 
vraiment et qui ont des verres en cristal. 



Le dernier jour, pas le dernier verre en cristaL 



1- 



w 



Weltanschauung 



Gui befreit hinter den Ohren^ 

Plus mes cheveux tombent, plus ma weltanschauung s'éclairciL À croire que c'était 
ma frange Jean-Louis David qui m'empêchait de bien voir les trucs importants. 



Bien dégagé derrière les oreilles. 



Zen 

Quand le sage lui montre son doigt, le fou regarde la Lune 
On nous avait prévenus : le xxi e siècle serait spirituel ou ne serait pas. L'idée ne nous 
enchantait pas forcément : fêtes paroissiales sinistres, confessions en latin, ramadans 
interminables, burqas mal coupées, bar-mitsva kitch et grand pardon hypercalorique... 
tout cela sonnait terriblement démodé. Mais soudain, une spiritualité simple, design et 
débarrassée des vieilles superstitions s'est levée sur l'Occident tout empêtré dans ses 
rites compliqués : le zen. 

Un peu de silence... 

... et plein de vide. 

Il faut dire que le zen a tout pour lui. Des maîtres chauves mais charismatiques au 
sourire énigmatique, des mantras faciles à retenir (im, am, om), une iconographie fun façon 
tortues Ninja, un dress code simple mais élégant (lin, soie, sandales...), des accessoires 
décoratifs (bol chantant, éléphant blanc...) et une sobriété alimentaire compatible avec la 
plupart des régimes cranberries et anti-oxydants. Sans compter les peoples et les CSP+ 
qui, toujours plus nombreux, adhèrent à la théorie du renoncement et du détachement, 
convaincus que le moi, comme l'obtention du Goncourt ou d'une HLM de la Ville de Paris 
sur l'île Saint- Louis, est illusoire passé un certain âge. 

À mille lieues des théologies fumeuses, le zen propose quelques notions claires et 
faciles à méditer : Pimpermanence (rien ne dure), le karma (fais le mal aujourd'hui, tu 
régleras plus tard), le samsara (le problème de la dénatalité est une illusion puisqu' après 
la mort il y a la réincarnation), les trois poisons, les quatre vérités, l'octuple chemin... 
Bref, pour faire corps avec l'esprit dès cette vie sans attendre une hypothétique 
réincarnation plus conforme à nos attentes légitimes, il suffit de s'inscrire dans un dojo, de 
s'asseoir en tailleur face au mur et de méditer. En quelques minutes, passées les 
imaginaires douleurs dans les ligaments croisés du genou, le premier éveil (satori) a enfin 
lieu. Sous la molle inconsistance du zafu traditionnel en kapok de yak sur lequel on est 
assis, point, peu à peu, la dure réalité de la réalité du mal au cul. 



À mille lieues des 

théologies fumeuses, le zen 

propose quelques notions 

claires et faciles a 

me'diter : I impermanence 

(rien ne dure), ^f*. 

(fais le mal aujourd hui, tu 

re'gleras plus tard; , 

le samsara (le problème de 

la dénatalité est 
une illusion puisqu après 

la mort il y a la 

réincarnation), les trois 

poisons, les quatre rentes, 

l'octuple chemin... 



Remerciements 



'auteur énervé ne fait ni une ni deux et remercie sans prendre de gants : 

Vincent Haudiquet, pour ses relectures à très très haute valeur ajoutée, 
Guillaume Zorgbibe, pour ses conseils d'ami et ses textes inspirants, 
Marco, sans qui rien. 



Certains des textes contenus dans ce petit dictionnaire ont été publiés dans Fluide Glacial, Le 
Journal du Dimanche, Jalons, Bakchich.